Isolé sur la scène régionale et confronté à une crise économique à Gaza, le Hamas a tout intérêt, malgré les difficultés, à jouer la carte de la réconciliation et à s’intégrer dans le système politique palestinien, selon des analystes.

Le mouvement islamiste a rendu, formellement du moins, les clefs du pouvoir exécutif qu’il détenait seul depuis sept ans dans la bande de Gaza après la prestation de serment du gouvernement d’union palestinien lundi devant le président Mahmoud Abbas à Ramallah.

« Le gouvernement de consensus national est le gouvernement d’un seul peuple et d’un seul système politique », s’est félicité le Premier ministre de facto du Hamas à Gaza, Ismael Haniyeh, en remettant sa démission. « Nous quittons le gouvernement mais pas la nation », a-t-il promis.

« Le Hamas a renoncé soit en raison d’un désir sincère de réconciliation soit parce qu’il n’avait pas d’autres options. Il a besoin de temps pour réparer les dégâts dus à l’exercice du pouvoir », explique à l’AFP Adnane Abou Amer, professeur de science politique à l’Université Oummah de Gaza.

La situation économique s’est fortement dégradée à Gaza, avec une remontée du chômage à 40%, surtout depuis la fermeture par l’Egypte des tunnels de contrebande qui atténuaient l’impact du blocus israélien.

Exsangue financièrement, le Hamas est incapable de payer régulièrement les salaires de ses fonctionnaires depuis plusieurs mois.

« L’initiative du Hamas va restaurer sa popularité qui s’érodait à Gaza. C’est en partie la raison pour laquelle il se retire de la scène politique: pour essayer de sauver la face », analyse le professeur Abou Amer.

« Le Hamas se cache sous l’ombrelle de ce gouvernement afin d’échapper à ses problèmes financiers et à la retraite de l’islam politique dans la région », renchérit Abdel Majid Sweilam, politologue à l’Université Al-Quds (Cisjordanie), en faisant allusion à la chute l’été dernier des Frères musulmans en Egypte, alliés du mouvement islamiste palestinien.

Le nouvel exécutif palestinien est le fruit de l’accord de réconciliation signé le 23 avril entre le Hamas et l’Organisation de libération de la Palestine (OLP), dominée par le mouvement nationaliste Fatah de Mahmoud Abbas, afin de mettre fin à la division politique depuis 2007 entre la Cisjordanie, dont l’Autorité palestinienne administre les zones autonomes, et la bande de Gaza dirigée par le Hamas et sous blocus israélien.

Ce gouvernement, constitué de personnalités indépendantes et de technocrates, sans mandat politique, a pour tâche prioritaire de préparer des élections présidentielle et législatives d’ici la fin de l’année.

 

 Retour aux sources

 

Toutefois, les difficultés abondent. Des tensions sont d’ailleurs apparues entre le Hamas et le Fatah, dès avant l’annonce du nouveau cabinet, notamment sur l’attribution du ministère des Prisonniers, un dossier sensible.

« Les désaccords dont nous avons été témoins laissent à penser qu’il pourrait y avoir des obstacles dans la mise en oeuvre de la politique gouvernementale », relève le politologue Jihad Harb.

En outre, le Hamas ne fait toujours pas partie de l’OLP qui chapeaute l’Autorité palestinienne de M. Abbas.

Ce dernier a d’ores et déjà promis que le nouveau gouvernement rejetterait la violence, reconnaîtrait Israël et respecterait les engagements internationaux –conformément au programme de l’OLP– afin de rassurer la communauté internationale sur sa volonté de paix avec Israël.

Toujours listé comme une « organisation terroriste » par Washington et Bruxelles, le Hamas, lui, qui refuse de reconnaître Israël, n’est pas tenu pour le moment par ces engagements.

Pour Hassan Abdo, un analyste politique basé à Gaza, le mouvement islamiste « aura du mal à intégrer le système régional et international ».

« En revanche, il va rester actif et influent sur le terrain », grâce à son puissant réseau caritatif, ses oeuvres sociales et sa branche militaire, les brigades Ezzedine al-Qassam, souligne M. Abdo.

Après le fardeau du pouvoir, un Hamas « revigoré » par un retour à ses sources est « en voie de devenir l’opposition au sein du système politique palestinien, tout en réitérant son adhésion à la résistance » contre Israël, prédit Walid al-Moudallal professeur de science politique à l’Université islamique de Gaza.