BEYROUTH — Le chef du groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah a catégoriquement nié lundi que son groupe aurait envoyé des armes au Yémen et qu’il serait responsable d’un tir de missile balistique envoyé par des rebelles chiites depuis le territoire yéménite et qui a été intercepté à proximité de la capitale saoudienne, Ryad. Il a néanmoins admis avec fierté avoir envoyé des armes dans la bande de Gaza à destination du groupe terroriste palestinien du Hamas.

Dans un discours télévisé diffusé depuis Beyrouth, il a par ailleurs salué la « mission accomplie » par les combattants du Hezbollah face aux djihadistes du groupe Etat islamique (EI), mis en déroute en Irak comme en Syrie par différentes forces.

Nasrallah a déclaré que les allégations liées au Yémen étaient « stupides » et « complètement sans fondement ».

« Je nie catégoriquement le fait qu’un membre du Hezbollah ait tenu un rôle dans le lancement de ce missile », a déclaré Nasrallah, évoquant le tir de roquette vers Riyadh.

Les responsables saoudiens ont accusé le Hezbollah et l’Iran d’avoir armé les rebelles chiites au Yémen, connus sous le nom de Houthis. L’Arabie saoudite s’est trouvée à la tête d’une coalition arabe qui combat les Houtis – avec le soutien du gouvernement yéménite en exil et reconnu à l’international, depuis 2015 – dans une guerre dorénavant dans l’impasse et qui s’est exacerbée sous le coup d’une crise humanitaire croissante.

Il a par ailleurs démenti avoir envoyé des armes à des pays arabes quels qu’ils soient, hormis en « Palestine occupée » – une livraison dont, a-t-il dit, son groupe est fier.

« Nous avons seulement envoyé des missiles Kornet dans la bande de Gaza », a dit Nasrallah, se référant aux missiles anti-chars qui sont utilisés contre l’armée israélienne, « tandis qu’en Syrie, nous luttons avec nos propres armes ».

Nasrallah a, de plus, critiqué un communiqué de la Ligue arabe émis par les ministres arabes des Affaires étrangères qui se sont réunis dimanche au Caire et qui qualifiait le Hezbollah d’organisation terroriste, reprochant au groupe chiite son soutien apporté aux « groupes terroristes » de toute la région auxquels il livrerait des armes.

Sans user de sa verve habituelle contre le pouvoir saoudien, Hassan Nasrallah a dénoncé lundi des accusations « ridicules ».

« Nous n’avons jamais envoyé d’armes au Yémen, à Bahreïn ou au Koweït », a-t-il dit – les pays où le groupe terroriste est accusé de soutenir les détracteurs des pouvoirs en place. « Nous n’avons envoyé des armes vers aucun pays arabe. Ni des missiles balistiques, ni des armes sophistiquées ».

Nasrallah a dénoncé la réunion ministérielle arabe qui n’est pas parvenue à condamner ou à réclamer la fin de la guerre au Yémen et a précisé que les chefs arabes devraient soutenir le Hezbollah qui défend le Liban contre Israël.

Evoquant la grave crise politique au Liban, M. Nasrallah a une nouvelle fois réclamé lundi le retour de M. Hariri, qui se trouve à Paris et est attendu mardi en Égypte et mercredi au Liban.

Ce dernier a laissé entendre qu’il serait prêt à revenir sur sa démission si le Hezbollah revenait ses engagements dans des conflits régionaux.

« Nous sommes ouvert à tout dialogue, toute discussion dans le pays », a affirmé lundi M. Nasrallah.

« Le facteur de plus important pour la sécurité du Liban, ce sont la résistance et les armes du Hezbollah. Si vous voulez la sécurité, n’intervenez pas dans les affaires du Liban, comme ces ingérences flagrantes que nous avons vu ces deux dernières semaines. N’incitez pas Israël à frapper le Liban », a-t-il averti, s’adressant à l’Arabie saoudite, selon le site d’information libanais Naharnet.

Il a également fait savoir que le Hezbollah est prêt à retirer ses experts d’Irak une fois que le gouvernement de Bagdad déclarera la victoire là-bas face à l’Etat islamique.

« La mission du Hezbollah en Irak a été accomplie avec la défaite de l’Etat islamique », a-t-il noté.

Selon des experts, le Hezbollah, engagé militairement en Syrie aux côtés du régime de Bachar al-Assad, notamment dans la lutte contre l’EI, a entraîné d’influentes milices chiites irakiennes qui ont combattu contre les jihadistes dans ce pays.

« Nous considérons que la mission a été accomplie, mais nous attendons l’annonce irakienne de la victoire finale », a souligné M. Nasrallah, alors que Bagdad a annoncé vendredi avoir repris à l’EI son dernier bastion urbain en Irak, Rawa.

L’EI, qui a vu son « califat » autoproclamé en 2014 sur de larges pans de l’Irak et de la Syrie s’écrouler quasiment totalement, ne contrôle plus que quelques poches dans les territoires désertiques à la frontière entre ces deux pays.

Le Hezbollah a envoyé des conseillers et des commandants en Irak, qui ont aidé les milices chiites au cours de leur guerre contre l’EI. Le groupe a également envoyé des milliers de ses combattants dans la Syrie voisine pour assister les forces du président Bashar Assad.

« Si on n’a plus besoin d’eux en Irak, nous les retirerons et nous les enverrons là où c’est nécessaire », a-t-il dit. Nasrallah n’a pas mentionné les soldats de son groupe en Syrie.

La présence du Hezbollah en Syrie est une inquiétude pour Israël qui estime que cette milice, mandatée par l’Iran, est susceptible d’utiliser le territoire syrien pour ouvrir un autre front contre l’Etat juif aux côtés du Liban, le pays où le groupe est apparu.

Dans la matinée de lundi, le président libanais Michel Aoun a expliqué que son pays a subi depuis des décennies « les agressions » israéliennes et qu’il a le droit de se protéger.

« Les Libanais ont le droit de lutter et de déjouer les tentatives d’Israël avec tous les moyens dont ils disposent », a dit Aoun, défendant la puissance militaire du Hezbollah.

La semaine dernière, le ministre de la Défense Avigdor Liberman a expliqué qu’Israël ne tolérera pas la présence iranienne en Syrie dans le cadre du cessez le feu négocié entre les Etats-Unis et les Russes qui permettrait aux milices liées à l’Iran de rester dans le pays.

« Nous ne permettrons tout simplement pas aux chiites et aux Iraniens de s’enraciner en Syrie. Et nous ne permettrons pas à toute la Syrie de devenir une base-avant d’opération contre l’Etat d’Israël. Ceux qui ne comprennent pas cela – doivent le comprendre », a dit Liberman.

Le ministre de la Défense Avigdor Liberman utilise les jumelles durant une visite sur la frontière nord d’Israël, le 17 novembre 2017 (Crédit : Ariel Hermoni/Ministère de la Défense)

Le jour précédent, le ministre russe des Affaires étrangères Sergey Lavrov avait expliqué aux journalistes que les termes du cessez le feu ne comprenaient pas un engagement russe garantissant que les milices liées à l’Iran seraient expulsées de Syrie.

L’équipe du Times of Israel a contribué à cet article.