Vous pouvez imaginer ce qu’il s’est passé lorsque les dirigeants du Hezbollah se sont réunis dans leur cachette de Dahiya à Beyrouth ou dans un autre endroit tenu secret, à la suite de l’attaque de son convoi d’armements lundi.

Le Secrétaire général Hassan Nasrallah a probablement ouvert la session avec quelques remarques avant de laisser la parole aux autres.

Certains ont sans doute pousser à une certaine retenue, rappelant les défis auxquels le groupe fait déjà face en Syrie et au Liban.

« Nous avons des objectifs stratégiques en Syrie, » lui auraient-ils dit. « Ne les compromettons pas maintenant. Deux missiles israéliens qui n’ont causé que très peu de dégâts sans faire beaucoup de pertes humaines, ne valent pas la peine pour qu’on perde tout. »

Mais certains ont dû sans doute être plus agressifs.

« Écoute, Sayyid Hassan, ce chaos ne peut plus continuer, » auraient-ils affirmé. « Ils ont tué Imad (Mughniyah) en 2008, ils ont tué Hassan (al-Laqis) il y a tout juste trois mois, ils bombardent des convois d’armement qui nous sont destinés. Ils pensent qu’ils peuvent faire ce qu’ils veulent. Si nous ne ripostons pas et que nous ne leur faisons pas savoir qu’il y à un prix à payer pour leurs actes, cela ne fera que continuer. »

C’est là tout le dilemme auquel fait face le Hezbollah ces derniers temps : que faire à propos des prétendues interventions militaires d’Israël ? Où le faire ? Quand ?

Au moins l’un des dilemmes – la réaction du Hezbollah au bombardement – a été résolue par l’organisation, un peu plus de 36 heures après les faits. Ici aussi la décision aura été tout sauf aisée. La confirmation du Hezbollah, à savoir que les attaques ont bien eu lieu en territoire libanais, contraint l’organisation à riposter – même si ce ne sera pas pour tout de suite.

Le fait d’ignorer l’attaque israélienne aurait mis en avant la vulnérabilité et la faiblesse du Hezbollah.

Les médias israéliens et libanais – n’ayant pas de liens avec le Hezbollah – ont largement couvert l’événement sur les lieux des faits et ont rapporté que du matériel appartenant au groupe avaient été touché.

Le Hezbollah a donc choisi la première option qui s’est présentée – indiquer ouvertement qu’ils ont souffert cette fois-ci, mais la prochaine fois, ils seront à l’origine de la souffrance.

Ceci semble être une décision logique : Le Hezbollah garde sa crédibilité sans être qualifié de lâche, et se donne par la même occasion un temps indéfini pour riposter.

Et le Hezbollah peut donc continuer à se concentrer sur ce qu’il juge être vraiment important pour lui. Pour le moment, aussi bizarre que cela puisse paraître, une attaque israélienne sur leurs cargaisons de missiles à la frontière syro-libanaise, semble être le cadet de leurs soucis.

Mais il semble que l’organisation, contrairement à ses précédentes réactions, ne se retiendra probablement pas à moyen terme.

Certes, le Hezbollah fait actuellement face à la menace des terroristes sunnites en Syrie et au Liban. Ces conflits font de nombreux dégâts au sein de l’organisation – militaires, économiques, politiques et en ressources humaines.

Presque chaque jour le Hezbollah subit une nouvelle attaque de la part des terroristes sunnites à Beyrouth et ailleurs. Et chaque jour, le Hezbollah perd des hommes en Syrie. Ce sont les raisons pour lesquelles une campagne contre Israël s’avère être moins urgente.

Néanmoins, l’attaque de cette semaine était la première depuis la Seconde Guerre du Liban, la première fois qu’Israël a ouvertement attaqué une cible du Hezbollah. Ce ne sera pas facile pour eux de rester impassibles. La vengeance viendra, semble-t-il, et la question reste à savoir où et quand.

Le choix d’une escalade de la violence mettant l’organisation face à un conflit frontal avec Israël, aurait d’importantes conséquences – non seulement pour le Hezbollah, mais aussi pour l’Iran et la Syrie.

Il est pensable que si Tsahal venait à entrer au Liban, le Hezbollah rappellerait d’urgence ses troupes déployées en Syrie, ou un tiers de ses forces, abandonnant Bachar el-Assad devant l’opposition syrienne. Ce choix ne serait décidément pas une bonne nouvelle pour les régimes syrien et iranien.

Mais le Hezbollah a changé son armement, capable de faire face à un conflit ouvert avec Israël.

Jusqu’à il y a un peu plus d’un an, la plupart des missiles du Hezbollah étaient stockés en Syrie. La guerre civile syrienne l’a incité à rapatrier son arsenal au Liban. Le fait qu’Israël ne puisse accepter un tel développement constitue un élément clé de la discorde, et ce, même si les deux camps ne cherchent pas à s’affronter en ce moment.

C’est pourquoi le Hezbollah pourrait répliquer indirectement.

L’organisation désire se venger d’Israël, mais elle ne prendra pas le risque d’une action dont on pourrait facilement l’accuser. Des tirs massifs de roquettes contre Israël n’est donc de toute évidence pas une bonne idée.

Et d’un autre côté, une attaque contre des touristes ou des ambassades israéliens est une toute autre histoire. Dans un article d’Amos Harel, paru dans le quotidien Haaretz cette semaine, Israël s’attend à ce que le Hezbollah s’en prenne à des responsables israéliens. Si le Hezbollah pouvait cibler un responsable israélien, l’organisation s’en féliciterait. Œil pour œil (Imad Mughniyeh), dent pour dent (Hassan al-Laqis).

L’organisation a une autre option.

L’un des événements les plus significatifs relatifs à la tension existante entre le Hezbollah et Israël, s’est déroulé en juin 2012.

Des trafiquants de drogue du village de Ghajar, situé à la frontière israélo-libanaise, avait fait entrer 21 kg d’explosifs en Israël. Le chargement s’est retrouvé à Nazareth, où les forces de sécurité l’ont intercepté. Une enquête a révélé que le Hezbollah était derrière tout ça.

Des responsables de la Défense israélienne pensent que l’organisation fera appel à des messagers Palestiniens ou des arabes israéliens pour se venger