Le jeûne de Yom Kippour pendant une grossesse peut déclencher une naissance précoce, selon une nouvelle étude israélienne – fournissant la première preuve claire qu’une femme enceinte doit s’abstenir de jeûner.

Selon une étude rétrospective sur 725 naissances en Israël le jour de Yom Kippour, qui a duré plus de 23 ans, les femmes juives étaient deux fois plus susceptibles que les autres d’accoucher avant l’heure. Les bébés prématurés présentent des risques élevés de divers problèmes médicaux ou risquent la mort.

Selon la religion, les Juifs sont obligés de jeûner à Yom Kippour, qui tombe cette année le vendredi soir et le samedi. Ce jour de Grand pardon est considéré comme le jour le plus saint du calendrier juif. Les femmes enceintes ne font pas exception, mais si un médecin leur donne une permission, elles peuvent manger et boire en petites quantités.

Pourtant, de nombreuses femmes juives enceintes s’abstiennent au moins partiellement de manger ou de boire pendant 25 heures, en fonction de leurs croyances religieuses.

Bien que les médecins conseillent souvent à leurs patientes de ne pas jeûner pendant la grossesse, la recommandation n’est pas étayée par des preuves claires ou par des directives médicales officielles.

La grande étude transversale, publiée dans The Journal of Maternal-Fetal & Neonatal Medicine ce mois-ci, ajoute un poids empirique à une certaine clémence sur la question.

« Nous avons constaté que pendant le Jour du pardon, les Juives accouchaient prématurément deux fois plus. Et je ne parle pas d’une annnée, mais de toute la durée de l’étude », déclare le Pr Eyal Sheiner, un obstétricien et gynécologue à l’université Ben-Gurion du Néguev et au centre médical Soroka de Beer Sheva, qui dirige l’étude. « C’est la première étude fondée sur des preuves qui appuient notre recommandation (aux femmes enceintes) de ne pas jeûner à Yom Kippour. »

Les élèves post-doctorants de Sheiner, Dr Natalie Shalit et Dr Roy Shalit, sont co-auteurs de l’étude.
Le centre médical Soroka est le plus grand hôpital du sud d’Israël.

Environ la moitié des patientes qui accouchent à l’hôpital sont juives, et les autres sont des Bédouines. Sheiner a remarqué une hausse des naissances chaque année le jour de Yom Kippour dans le département obstétrique et gynécologique qu’il dirige.

Pour en étudier la raison, il a fait correspondre les données des naissances à l’hôpital de 1988 à 2012 avec le calendrier juif. Parmi les mères, 388 étaient juives et 357 étaient des Bédouines.

Quarante-sept, ou 6,3 % des naissances étaient prématurées, soit elles avaient lieu moins de 37 semaines après la conception. L’analyse des données a révélé que les mères juives étaient deux fois plus susceptibles que leurs homologues bédouines de donner naissance prématurément à Yom Kippour.

La différence restait significative après examen d’autres facteurs pouvant expliquer une naissance avant terme – l’âge de la mère, un accouchement prématuré précédent, ou des problèmes de développement du fœtus. De manière significative, en contrôlant la journée, une semaine exactement avant Yom Kippour, chaque année, Sheiner n’a trouvé aucune différence significative dans les naissances précoces entre les deux groupes de mères.

Selon Sheiner, étant donné que de nombreuses femmes juives enceintes ne jeûnent pas complètement ou même pas du tout le jour Yom Kippour, le risque d’un jeûne de 25 heures peut être encore plus grand que celui reflété dans l’étude.

Les bébés nés prématurément connaissent un risque accru de complications à la naissance, qui augmentent selon la précocité de la naissance du bébé. 65 à 80 % des bébés morts-nés sont prématurés.

Ils sont également plus susceptibles de développer une paralysie cérébrale, des troubles cognitifs, sensoriels, dentaires, psychologiques et comportementaux, et des problèmes médicaux chroniques plus tard dans la vie.

« Le meilleur incubateur pour les 37 premières semaines est l’utérus », pointe Sheiner.

La relation entre un accouchement prématuré et le jeûne n’est pas bien comprise. La théorie est que le jeûne augmente l’épaisseur du sang, ce qui favorise la sécrétion d’une hormone qui est à l’origine des contractions de l’utérus.

Selon Sheiner, la déshydratation et le stress sont des facteurs de risque de naissance prématurée. La première chose que font les médecins quand une femme arrive à l’hôpital avec des contractions prématurées est de l’hydrater.

Il continuera de conseiller aux femmes enceintes de s’abstenir de jeûner, surtout à présent qu’il dispose de chiffres à l’appui.