Un peu plus tôt cette année, Benjamin Netanyahu s’est rendu compte avec surprise qu’il avait perdu le contrôle de la machine du parti Likud.

Le député Danny Danon, qui préside la Comité Central du Likud, avait mené un soulèvement dramatique contre le contrôle de Netanyahu des institutions du parti et avait essayé de faire passer des changements dans la constitution du Likud qui auraient affaibili le contrôle de Netanyahu sur le parti, limitant sérieusement sa capacité à définir une politique nationale.

L’histoire de la « prise de contrôle » du parti au pouvoir d’Israël par son aile la plus à droite, de l’influence croissante des personnalités, comme les députés Moshe Feiglin et Danon, en faveur de l’annexion de la Cisjordanie, le « virage » à droite du parti est devenu un thème récurrent du troisième gouvernement de Netanyahu qui s’est effondré le mois dernier avec les élections anticipées.

Et il y avait un fond de vérité dans cette histoire. Comme il participait aux négociations de paix menées avec les Palestiniens par les Etats-Unis, Netanyahu a été confronté à un flot continu d’initiatives au sein du Comité Central pour l’affaiblir, y compris une proposition visant à limiter sa capacité à se présenter pour un troisième mandat consécutif en tant que chef de parti et une autre proposition qui aurait permis au comité de le destituer s’il allait contre la ligne du parti sur les négociations de paix. Netanyahu a réussi à se débarasser de ces initiatives, mais non sans lutte.

Avec la publication mercredi des résultats des primaires du Likud, le Premier ministre a visiblement et fortement repris le contrôle de son parti, pas seulement à travers la liste de la Knesset dans laquelle ses alliés et les modérés du parti ont gagné du terrain, mais dans les défaites écrasantes que les votants au primaire du Likud ont infligé aux groupes de pression qui se sont opposés à lui au cours des années récentes.

Le nouvelle liste n’a pas effacé la séparation idéologique au sein du Likud entre ceux qui soutiennent l’annexion de la Cisjordanie et ceux qui soutiennent une solution à deux Etats, plusieurs opposants influents à un Etat palestinien en Cisjordanie, comme le président de la Knesset Yuli Edelstein, la députée Miri Regev, le ministre des Transports Yisrael Katz, et le président de la coalition Zeev Elkin, ont atteint les dix premières places sur la liste.

La primaire n’a pas vu de bouleversement idéologique dramatique à gauche ou à droite, mais cela ne signifiait pas l’absence d’un autre type de contrariété.

Deux personnalités importantes ont fortement chuté dans la liste. Le député Haim Katz a chuté de la 12ème place au primaires de 2012 à la 17ème place mercredi. Quant au député Moshe Feiglin, qui dirige la faction « Direction juive » dans l’aile la plus à droite du parti, il est tombé encore plus bas, au-delà des 27 places publiées par le parti jeudi, et bien loin des 22 à 24 sièges que le Likud devrait obtenir selon les récents sondages.

Ce qui rend ces résultats remarquables, c’est l’unique facteur qui unit ces deux hommes. Chacun des deux dirige un groupe de pression organisé de votants aux primaires qui a bénéficié d’une influence excessive sur les institutions du Likud au cours des années récentes.

Katz représente le syndicat des industries aérospatiales israéliennes, qui a rejoint le parti et voté en masse pour lui garantir une place sur le haut de la liste, lui donnant un maximum de chances pour obtenir la présidence de la puissante commission parlementaire du Travail, du bien-être et de la santé.

Feiglin, quant à lui, qui a déjà rivalisé avec Netanyahu pour la direction du Likud et avait envisagé de le faire à nouveau mercredi, a œuvré pendant des années pour former son propre groupe de votes aux primaires, basé sur l’aile idéologique du mouvement des habitants des implantations, afin d’influencer les décisions des leaders du Likud.

Cette stratégie, qu’elle soit mise en œuvre par des syndicats ou par des défenseurs des implantations de Cisjordanie, a été surnommée « votes des entrepreneurs » par les politiciens et les journalistes, et est le fléau des chefs de partis depuis des années.

Et le phénomène n’a montré aucun signe de ralentissement. Tout au long de 2014, tandis que le populaire ministre des Transports Katz (n° 4 aux primaires de mercredi) se battait pour ouvrir deux nouveaux ports méditerranéens afin de concurrencer les ports existants contrôlés par les syndicaux à Haïfa et Ashdod, le syndicat des ouvriers portuaires d’Ashdod a lancé une campagne pour inscrire ses membres au Likud – dans le seul but de menacer l’avenir politique du ministre qui voulait contourner leur emprise sur le plus important point d’entrée des marchandises importées dans le pays.

De même, le ministre de la Défense Moshe Yaalon a irrité certains groupes d’habitants des implantations suite à des décisions de Tsahal de démanteler des implantations illégales de Cisjordanie. Yaalon est devenu la cible des groupes de résidents d’implantations désirant le punir en le propulsant au bas de la liste parlementaire.

Des sondages, des analystes politiques et une longue liste de ministres à la retraite du cabinet du Likud accusent tous ces groupes d’être une force électorale nuisible, qui assigne les dirigeants des partis à des postes clés, mus par des intérêts organisés et étroits.

Mais mercredi, ces groupes de pression ont bel et bien perdu. Yaalon a légèrement grimpé dans les sondages, malgré l’opposition des habitants des implantations.

La vice-ministre des Transports, Tzipi Hotovely, une autre favorite de ces groupes, est tombée au milieu des vingtaines de la liste, et il est peu probable qu’elle revienne à la Knesset. Yisrael Katz a remporté la 4ème place, malgré la colère d’un syndicat, tandis que le dirigeant syndical Haim Katz a perdu du terrain.

Netanyahu ressent un certain dégoût pour le vote des entrepreneurs, du fait qu’il est connu que ces électeurs des primaires ne soutiendront pas le Likud le jour du scrutin.

En deux semaines campagne d’adhésion, HaBayit Hayehudi a vu quelque 20 000 nouveaux membres rejoindre ses rangs, le propulsant à 77 000 encartés, et juste derrière le Likud.

Dans l’intervalle, les plus grands gagnants de mercredi, des ministres férus comme Erdan et Yisrael Katz, aux relatifs modérés comme Yaalon et Steinitz, en passant par les virulents droitistes tels que Elkin et Levin, partagent tous une caractéristique : ils sont tous des alliés et des partisans de Netanyahu.

Si le vote de mercredi n’a émis au jour aucun message idéologique clair, son message politique était néanmoins puissant. Les figures du Likud, droitistes comme centristes, se sont rassemblées autour de leur leader.

Netanyahu se dirige à présent vers des élections incertaines, face à une résurgence des travaillistes et à une concurrence croissante de HaBayit HaYehudi à sa droite, avec une seule certitude : son propre parti, au moins, le soutient inexorablement.