En 10 ans, rappelle BFM, 40 000 juifs ont quitté la France pour Israël.

Le journaliste, écrivain, documentariste et réalisateur Serge Moati, raconte comment, alors qu’il prenait part à la grande manifestation républicaine suite aux attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Casher, il a pris conscience du mal-être juif :

« J’étais dans la foule de cette immense manifestation d’un million de personnes, raconte-t-il au micro d’Eric Brunet. Je suis là… des gens me reconnaissent vaguement, c’étaient des juifs, » explique-t-il.

« Ils étaient bouleversés. Ils me disaient pourquoi ils ne se sentaient plus en sécurité : on a bousculé mon gosse de 8 ans parce qu’il portait la kippa, vous savez ce petit truc sur la tête ; mon mari s’appelle Cohen, il faut enlever son nom sur la boîte aux lettres sinon elle est rayée. C’est une espèce d’angoisse qui monte. A la fin, je me suis retrouvé au milieu d’une foule qui me parlait de son insécurité ».

« Il faut la comprendre, il faut la sentir bon sang de bonsoir ! » ajoute le célèbre documentariste.

Cet ouvrage est également l’occasion pour Serge Moati de revenir sur son histoire personnelle avec Israël. Son rapport à Israël a commencé dès l’âge de 11 ans. Même si cela n’a pas été suivi d’une alyah, les allers-retours furent nombreux.

« Israël : allers-retours », c’est justement le titre de son ouvrage, retrace ainsi les motivations de tous ces Français qui font le choix de l’expérience israélienne. Il permet de mettre en lumière les rapports de la communauté juive française avec la Terre promise.

« Avec Israël, il y a un mouvement constant de va-et-vient qui ne se traduit pas seulement en terme d’alyah. Je ne connais pas une seule famille qui n’a pas un rapport compliqué, riche, alternatif avec Israël, » confiait Serge Moati au Times of Israël en décembre 2015.

Serge Moati : « Si Israël avait mal, je ne le supporterais pas »

A la question de savoir quel lien il entretient avec Israël, Moati répond qu’il s’agit d’un rapport « ancien et compliqué ».

« Pendant la Seconde Guerre mondiale, mon père a été déporté de Tunisie en tant que prisonnier politique en Allemagne près de Berlin. Il a participé à la libération de Paris en tant que militant socialiste. Je suis né en 1946 en Tunisie, et j’ai grandi avec un discours passionné sur Israël.

L’Israël d’après la Shoah est un pays d’espérance, c’est la construction d’un pays socialiste, où le Juif serait un homme nouveau.

C’est un pays fascinant, c’est un pays que j’adore. Je n’ai pas réglé mon histoire avec Israël. C’est une histoire compliquée parce qu’elle parle de soi. Israël nous renvoie à nous-même au plus profond. Il y a une partie de moi ici.

Avec Israël c’est un rapport qui est constamment fait de désir, de recul, d’adhésion, de frustration, et tous ces mouvements alternés et successifs, composent la longue symphonie du rapport d’un individu juif dans le monde avec Israël.