La famille moyenne de quatre personnes faisait partie des 161 immigrants ukrainiens qui ont débarqué à l’aéroport Ben Gurion, lundi soir.

Comme beaucoup à bord du vol, le chauffeur de camion Alex Krugolov (41 ans), son épouse Anna (35 ans) et leurs deux fils, Daniel (12 ans) et Michael (5 ans) fuyaient l’est de l’Ukraine, où, depuis le printemps de 2014, ils subissaient les affrontements entre les forces séparatistes nationalistes ukrainiennes et russes qui ont fait plus de 6 400 morts.

Et les affrontements se poursuivent.

Plus tôt cette semaine, le service des gardes-frontières ukrainien a affirmé détenir un officier russe qui conduisait un camion de rebelles à Dontesk, contenant des armes dont des grenades, selon des rapports de l’Associated Press.

Comme beaucoup, la famille élargie de Krugolov a essuyé à Kharkov des tirs de roquettes en première ligne, quand un missile est tombé sur la maison de ses parents tandis que sa sœur et son bébé se trouvaient à l’intérieur. Sa sœur, qui a protégé son l’enfant de son corps, a subi des blessures graves.

Professionnellement, les difficultés ont gagné Krugolov, chauffeur de camion à Lugansk depuis 1994, et tandis que sa région de l’est de l’Ukraine est devenue de plus en plus instable, son entreprise s’est retrouvée en train de transporter de l’aide humanitaire – et, dans un cas, des humains.

La nécessité d’une aide humanitaire dans l’est de l’Ukraine est maintenant urgente.

Selon l’Associated Press, Rinat Akmetov, le plus grand fournisseur d’aide à l’est de l’Ukraine, contrôlée par des rebelles, a déclaré que sa mission pourrait se terminer mercredi si le blocus de ses convois de la part des rebelles, qui dure depuis deux semaines, se poursuivait.

Au début de la guerre, l’entreprise de camionnage de Krugolov a continué, malgré les conditions de route presque impossibles, d’aider les citoyens dans les moments difficiles, dit-il au Times of Israel. Après le bombardement d’une zone, les chauffeurs ont aidé à transporter les survivants et leurs affaires, et distribué de l’aide humanitaire.

Après une pluie intense de tirs de roquettes, Lugansk était sans électricité pendant plusieurs jours et les véhicules de la morgue de la ville étaient hors de service. Les morts, dans de nombreux cas sensiblement mutilés, commençaient à s’amonceler. C’était le tour de garde de Krugolov lorsque l’appel à l’aide est arrivé.

Il dit qu’il a vu beaucoup de morts par les tirs de roquettes. « Etant chauffeur, je voyais beaucoup de gens morts, de nombreux blessés. Il y avait du sang dans les rues. Je ne peux vous dire combien de fois je venais de quitter un certain endroit et quelques secondes après, une bombe explosait là-bas », dit-il.

Mais la vue de 137 cadavres, couverts de sacs à ordures, avant d’être emmenés pour un enterrement de masse, est maintenant indélébile dans son esprit.

« Ils étaient sans visage, sans nom, et nous les avons enterrés dans d’immenses fosses communes. J’ai perdu 15 kg simplement du stress de voir de telles choses. Ma sœur [de toutes les brûlures dont elle souffre] est devenue un demi-être humain. Voilà à quoi ressemble la vie dans l’est de l’Ukraine et personne ne peut vous raconter autre chose », dit-il.

Krugolov et sa famille sont aujourd’hui à Ashdod, où, avec l’aide du International Fellowship of Christian and Jews (IFCJ), qui a également organisé leur fuite, ils séjournent dans un centre d’absorption et préparent les enfants au début de l’année scolaire en septembre.

Le IFCJ, largement financé par des micro-dons de chrétiens évangéliques américains, donne à chaque immigrant adulte une subvention de 1 000 dollars, et de 500 dollars pour les enfants. L’organisation indique qu’elle a récemment créé un « Fonds Klitah » spécial pour aider les immigrants ayant des besoins émergents.

Krugolov confie au Times of Israel que lui et sa famille, membres actifs de la communauté juive, n’ont jamais ressenti d’antisémitisme en Ukraine. Son immigration a été motivée par l’instabilité économique croissante – comme beaucoup d’autres, y compris les retraités, il n’a pas reçu de salaire pendant plusieurs mois.

« La situation en Ukraine, et en particulier à Lugansk, est très complexe, d’un point de vue moral et un point de vue financier, » dit-il.