Les restrictions imposées par les autorités kurdes irakiennes sur la circulation des biens freinent la remise sur pied de la minorité kurdophone yézidie, victime d’une tentative de génocide par le groupe Etat islamique (EI), déplore dimanche Human Rights Watch (HRW).

Ces restrictions « disproportionnées », mises en place pour des motifs sécuritaires par le gouvernement de la région autonome du Kurdistan irakien, « entravent inutilement l’accès des populations à la nourriture, à l’eau, aux moyens de subsistance et autres droits fondamentaux », fait valoir HRW dans un communiqué.

Selon l’ONG, l’import-export est limité depuis la ville de Sinjar (nord-ouest), où est concentrée la minorité yézidie, adepte d’une religion pré-islamique et considérée comme hérétique par les jihadistes de l’EI.

Cette zone, théoriquement sous l’autorité du gouvernement central de Bagdad, est dans les faits largement contrôlée par les forces de la région autonome kurde irakienne.

« Le gouvernement régional devrait faciliter l’accès à Sinjar aux centaines de civils yézidis qui souhaitent retourner chez eux, au lieu d’entraver leur remise sur pied », souligne Lama Fakih, directrice adjoint de la division Moyen-Orient de HRW, citée dans un communiqué.

D’après l’ONG, pas un seul des paysans qu’elle a rencontrés n’a obtenu de permis pour aller vendre ses produits dans cette zone.

Le gouvernement kurde irakien s’explique en disant s’inquiéter des activités du Parti des travailleurs kurdes (PKK) dans la région de Sinjar, rapporte HRW.

Ce groupe séparatiste rebelle, également implanté dans la Turquie voisine, possède depuis longtemps des bases dans le nord de l’Irak mais y a renforcé sa présence depuis les conquêtes fulgurantes de l’EI dans la région en 2014.

Le PKK est classé organisation « terroriste » par Ankara, qui est le plus proche allié du gouvernement kurde irakien.

Selon HRW, quelque 360 000 Yézidis vivaient dans la région de Sinjar avant 2014, et 90 % d’entre eux ont été déplacés par les combats. Les forces kurdes irakiennes ont repris la ville de Sinjar en novembre 2015, mais peu de Yézidis ont regagné leur foyer depuis.

L’EI a fait subir aux Yézidis des traitements particulièrement cruels, exécutant des hommes et faisant des femmes des esclaves sexuelles.

En mars 2015, l’ONU a qualifié ces violences de « tentative de génocide » et réclamé la saisie de la Cour pénale internationale (CPI).

Selon les leaders de la communauté, jusqu’à 3 000 femmes yézidies seraient toujours entre les mains des jihadistes.