Le Premier ministre Benjamin Netanyahu « déteste » Barack Obama, et son attitude hostile au président américain « constitue un danger pour le bien-être d’Israël », a lancé le chef de l’opposition israélienne, vendredi soir, rendant publique – fait inhabituel – la relation très tendue entre les deux dirigeants.

Dans une série de « petites phrases » contre le Premier ministre, le président du Parti travailliste, Isaac Herzog, a attaqué Netanyahu pour ne pas avoir écouté la communauté internationale, et n’avoir pas présenté de propositions de paix en vue d’un accord avec les Palestiniens, et enfin de ne pas vouloir travailler correctement avec Obama.

Le fait que Netanyahu n’ait pas présenté un plan de paix est « une tragédie », a affirmé Herzog, et le fait qu’on lui « rabâche » sans cesse de faire des propositions.

« La seconde tragédie, qui met en danger la sécurité d’Israël, est sa haine et son hostilité envers Barack Obama », a poursuivi Herzog, décrivant cela comme « un des plus graves échecs de Netanyahu ».

Herzog, qui était ministre de la Protection sociale sous le gouvernement Netanyahu entre 2009 et 2011, était interviewé sur la Deuxième chaîne, suite à la formation cette semaine du nouveau gouvernement palestinien d’union nationale soutenu par le Hamas.

Netanyahu a appelé la communauté internationale à se dresser contre ce qu’il décrit comme un gouvernement soutenu par une organisation terroriste, mais les Etats-Unis ont clairement fait savoir qu’ils travailleraient avec le nouveau gouvernement palestinien.

L’Union européenne, l’ONU et une grande partie du reste de la communauté internationale ont rapidement emboîté le pas.

La perception du lien entre Netanyahu et Obama a souvent été identifiée comme tendue, avec des différences de vues sur la façon de stopper le programme nucléaire iranien, ou d’autres sujets comme celui des implantations.

Obama a donné une interview dans laquelle il critiquait certaines des initiatives de Netanyahu alors que celui-ci venait à sa rencontre à la Maison Blanche au cours du mois de mars. Pour certains, aux Etats-Unis, Netanyahu aurait cherché à soutenir Mitt Romney [le candidat républicain] en 2012 lors des élections présidentielles.

Mais les dirigeants israéliens et américains ont aussi insisté sur le fait que, formellement, les deux chefs d’Etat travaillent ensemble de manière professionnelle. Obama a pris la peine de parler de « mon ami Bibi », en utilisant le surnom du Premier ministre, lors de sa visite en Israël l’an dernier, et Netanyahu réciproquement en l’appelant « mon ami
Barack »…

Mais pour un dirigeant aussi important qu’Herzog, déclarer que le Premier ministre déteste le président des États-Unis, au cours d’un programme très regardé, représente malgré tout un fait sans précédent.

Des sources proches de Netanyahu ont affirmé que le secrétaire d’État John Kerry avait promis au Premier ministre que les États-Unis ne travailleraient pas avec le nouveau gouvernement palestinien, et ont ainsi violé une sorte d’accord non écrit avec Israël.

Herzog a accusé Netanyahu « de ne pas écouter » la communauté internationale, et que du coup celle-ci ne l’écoute pas. Sous Netanyahu, Israël est maintenant « complètement isolé », a-t-il affirmé.

En tant que leader de l’opposition, Herzog reçoit des briefings réguliers sur les questions diplomatiques et de sécurité, de la part de Netanyahu et d’autres personnalités.

Il a exhorté les membres « colombes » de la coalition gouvernementale – notamment les partis Hatnua dirigé par Tzipi Livni et Yesh Atid de Yair Lapid – de quitter le gouvernement et de le soutenir lui et son parti.

Herzog a déclaré qu’Israël devait négocier avec les Palestiniens sur le principe d’une solution à deux Etats sur la base des lignes d’avant 1967, avec des échanges de territoires et des « arrangements » pour résoudre le sort contesté de Jérusalem.

Quand il lui a été suggéré que Netanyahu était prêt à s’aligner sur de telles idées, Herzog a rétorqué que « son erreur, c’est qu’il n’a pas mis une proposition sur la table ».

Israël a fustigé la position américaine, faisant valoir que, en maintenant des liens avec un gouvernement soutenu par un groupe terroriste, les Etats-Unis indiquaient ainsi au président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas qu’il était acceptable de « former un gouvernement avec un mouvement terroriste ».

« Je suis très préoccupé par l’annonce que les États-Unis travailleront avec le gouvernement palestinien soutenu par le Hamas », a déclaré Benjamin Netanyahu mercredi, notant que le groupe islamiste a assassiné « d’innombrables civils innocents ».

Plus tôt mercredi, Kerry a défendu la décision des États-Unis à travailler avec le nouveau gouvernement palestinien d’union nationale, malgré les critiques d’Israël, soulignant que la nouvelle direction palestinienne ne comportait pas de ministres du Hamas.

S’adressant à des journalistes à Beyrouth, Kerry a déclaré qu’Abbas
« s’est engagé à ce que ce nouveau gouvernement technocratique soit attaché aux principes de la non-violence, des négociations, de reconnaissance de l’Etat d’Israël, de l’acceptation des accords précédents et des principes du Quartet ».

En visite imprévue à Beyrouth, Kerry a affirmé : « Je veux que nous le suivions de très près (le gouvernement), comme nous l’avons dit dès le premier jour, pour assurer qu’il respecte chacun de ses engagements, et qu’il ne traverse pas la ligne rouge ».

Le nouveau cabinet palestinien a prêté serment le 2 juin, après un accord de réconciliation surprise mis en place au mois d’avril entre le Hamas et l’OLP.