En rencontrant publiquement le Premier ministre Benjamin Netanyahu, le président égyptien Abdel-Fattah el-Sissi a une fois encore prouvé qu’il est le leader arabe le plus courageux de la région.

Sissi a osé faire ce que d’autres dirigeants arabes ne font que lorsqu’ils ont l’assurance de ne pas être détectés – s’asseoir aux côtés de responsables israéliens, parmi eux Netanyahu et le ministre de la Défense Avigdor Liberman.

La rencontre entre Netanyahu et Sissi dans la soirée de lundi en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, offre un message clair, à savoir que Sissi a actuellement suffisamment confiance dans son influence en Egypte et dans le monde arabe pour révéler clairement la tenue d’un tel événement.

Un communiqué émis par le bureau de Sissi a fait savoir que les entretiens se sont concentrés sur la « reprise des négociations entre les Israéliens et les Palestiniens pour trouver une solution globale ».

Les deux leaders ont débattu des « moyens de relancer le processus de paix et d’établir un état palestinien », a ajouté le communiqué.

Mais il est hautement probable que cette réunion qui a duré 90 minutes a permis d’aborder bien plus de sujets que le seul processus de paix, depuis longtemps dans l’impasse. Sans aucun doute, les deux hommes ont évoqué les relations diplomatiques entre leurs pays et, bien entendu, la coopération sécuritaire profonde entre Israël et l’Egypte dans la région agitée de la péninsule du Sinaï.

Il y a également une grande probabilité que l’un des sujets centraux ayant été abordés ait été l’effort égyptien, ces dernières semaines, d’aider à une réconciliation interne entre les rivaux palestiniens du Fatah et du Hamas afin de rendre la gouvernance dans la bande de Gaza à l’Autorité palestinienne d’une manière ou d’une autre.

Les agents des services de renseignement égyptiens de Sissi ont actuellement des discussions intenses avec les responsables du Fatah et du Hamas afin de rendre le pouvoir – au moins au niveau bureaucratique – au gouvernement de l’AP de Rami Hamdallah à Gaza. Ils veulent également convaincre Abbas de supprimer les sanctions imposées au Hamas pour obliger les islamistes à abandonner leur contrôle sur l’enclave côtière dont ils s’étaient saisis en 2007.

Un camion chargé d'aide humanitaire turque entre dans la bande de Gaza par le poste-frontière de Kerem Shalom, le 4 juillet 2016. (Crédit : ministère de la Défense)

Un camion chargé d’aide humanitaire turque entre dans la bande de Gaza par le poste-frontière de Kerem Shalom, le 4 juillet 2016. (Crédit : ministère de la Défense)

Selon diverses informations, les mesures actuellement débattues incluent l’entrée de responsables du Hamas au sein des mécanismes de gouvernance de l’AP, dominée par le Fatah, et le déploiement de la garde présidentielle de Mahmoud Abbas, le chef de l’Autorité palestinienne, aux passages frontaliers avec Israël et l’Egypte, notamment à ceux d’Erez et de Kerem Shalom.

Sissi a conscience des graves inquiétudes nourries par les Israéliens portant sur les implications d’un tel développement et il est probable qu’au cours de son entretien avec Netanyahu, il aura tenté de les apaiser.

Netanyahu, pour sa part, peut considérer comme une réussite incontestable le fait que cette rencontre a été rendue publique dans la mesure où cette démarche vient indubitablement confirmer ses affirmations que les liens d’Israël avec le monde arabe n’ont jamais été aussi bons.

Le haut-responsable israélien le plus proche de Netanyahu qui se trouvait à cette réunion était le chef du Conseil de sécurité national israélien Meir Ben-Shabbat. De par ses activités à son précédent poste – il était à la tête des services de sécurité générale au Shin Bet en charge des régions du sud – Ben-Shabbat sait mieux que personne la manière dont le Hamas trafique des matériels à travers les points de passage frontaliers égyptiens et israéliens pour renforcer ses infrastructures militaires à Gaza. Le Shin Bet a découvert des douzaines de cas semblables.

Un employé du ministère de la Défense découvre des placages pare-balles dans une cargaison de pièces détachées automobile destinée à la bande de Gaza au point de passage frontalier de Kerem Shalom le 29 décembre 2015 (Crédit : ministère de la Défense)

Un employé du ministère de la Défense découvre des placages pare-balles dans une cargaison de pièces détachées automobile destinée à la bande de Gaza au point de passage frontalier de Kerem Shalom le 29 décembre 2015 (Crédit : ministère de la Défense)

A plus d’une occasion, les services du Shin Bet, dans les régions du sud, ont offert des preuves concrètes de coopération entre le Hamas et la branche de l’Etat islamique au Sinaï, une collaboration qui parfois se déroulait sous le nez des services de renseignements égyptiens.

Actuellement, la coopération entre le Hamas et les membres de l’Etat islamique au Sinaï est en déclin, et c’est l’un des résultats des initiatives qui ont été entreprises entre le Caire et l’organisation de Gaza.

Et pourtant, on peut encore supposer que cette collaboration continue dans une certaine mesure, et qu’elle a lieu occasionnellement encore maintenant. L’Egypte a probablement assuré à Israël que même si le point de passage frontalier de Rafah avec Gaza ouvre plus fréquemment et de façon prévisible, Le Caire prendra en compte les intérêts sécuritaires israéliens et agira pour empêcher les trafics vers Gaza – même s’il n’est pas encore clairement établi que de telles actions seront effectivement mises en oeuvre.

L’entretien entre les leaders israélien et égyptien crée quelque chose de l’ordre du paradoxe. D’un côté, le régime de Sissi s’est récemment beaucoup rapproché du Hamas et les dirigeants de l’organisation terroriste sont dorénavant les bienvenus au Caire. D’un autre côté, la conversation entre Sissi et Netanyahu pourrait bien ouvrir la voie à une situation sécuritaire plus stable entre Israël et le Hamas.

Mais ce qu’on ne peut ignorer, c’est que Abbas, qui se trouve également à New York, n’était pas présent lors de cet entretien. Et sa position pourrait s’éroder davantage si Israël, le Hamas et l’Egypte devaient trouver quelques arrangements sérieux concernant la bande de Gaza.