Le Liban est sous le « contrôle total » du groupe terroriste chiite libanais du Hezbollah pro-iranien, a accusé dimanche le chef de la diplomatie de Bahreïn, pays allié de l’Arabie saoudite, lors d’une réunion extraordinaire de la Ligue arabe au Caire.

Cheikh Khaled ben Ahmad Al-Khalifa a également accusé le Hezbollah d’être une organisation terroriste, dans son discours à la réunion organisée à la demande de l’Arabie saoudite pour discuter des « atteintes » du rival iranien à la sécurité régionale.

Le ministre saoudien des Affaires étrangères a accusé vendredi à Madrid le Hezbollah de prendre le Liban en otage, utilisant ses ports pour le trafic de drogue et ses banques pour blanchir l’argent.

« Il n’est pas possible qu’une milice armée opère en dehors du contrôle du gouvernement », a déclaré le ministre saoudien Adel al-Jubeir après une rencontre avec son homologue espagnol Alfonso Dastis.

« Nous voyons le Hezbollah utiliser le système bancaire libanais pour blanchir de l’argent, les ports du pays pour le trafic de drogue, nous le voyons mener des activités terroristes et s’ingérer en Syrie, à Bahreïn et au Yémen », a-t-il affirmé.

« Si le Hezbollah ne désarme pas et ne devient pas un parti (purement) politique, le Liban sera l’otage du Hezbollah et par extension de l’Iran. Ce n’est pas acceptable pour nous ni pour les Libanais », a ajouté le chef de la diplomatie saoudienne.

Le Premier ministre libanais Saad Hariri a annoncé sa démission surprise le 4 novembre dernier à la télévision saoudienne, dénonçant la mainmise de cette milice, qui fait partie du gouvernement, sur la vie politique au Liban.

Ryad ne restera pas « les bras croisés » face aux « agressions » de l’Iran

Le chef de la diplomatie saoudienne Adel al-Jubeir a affirmé que son pays ne resterait pas « les bras croisés » face à la politique « agressive » de l’Iran, lors d’une réunion extraordinaire dimanche de la Ligue arabe au Caire.

« Garder le silence face aux agressions iraniennes à travers ses agents dans la région ne rendra aucune capitale arabe à l’abri des missiles balistiques », a dit M. Jubeir.

Les tensions se sont exacerbées ces derniers mois entre l’Arabie saoudite sunnite et l’Iran chiite, les deux poids lourds rivaux du Moyen-Orient qui s’opposent sur plusieurs conflits dans la région, dont les guerres au Yémen et en Syrie, ainsi que sur le dossier libanais.

Le ministre des Affaires étrangères saoudien, Adel al-Jubeir, intervenant lors d’une conférence de presse à Djeddah, en Arabie Saoudite, le 23 juillet 2015. (Crédit : AFP)

Dans un communiqué final au terme de la réunion, la Ligue arabe a condamné le « tir de missile balistique de fabrication iranienne depuis le Yémen », et dénoncé une « agression flagrante ».

La Ligue arabe rejoint ainsi la position de Ryad, comme l’avait dit plus tôt son secrétaire général Ahmed Aboul Gheit: « les capitales arabes sont dans la ligne de mire des missiles balistiques de Téhéran ».

Le communiqué final affirme aussi le droit de Ryad et de Manama à la « légitime défense » de leurs territoires.

Il accuse en outre « le Hezbollah et les Gardiens de la révolution iraniens de financer et d’entraîner des groupes terroristes à Bahreïn » et « fait assumer au Hezbollah, un partenaire dans le gouvernement libanais, la responsabilité de fournir aux groupes terroristes dans les pays arabes des armes sophistiquées et des missiles balistiques ».

Le dirigeant du Hezbollah Hassan Nasrallah donne un discours depuis Beyrouth au Liban, le 12 mai 2016 (Crédit : capture d’écran Press TV)

Le chef du Hezbollah, Hassan Nasrallah, doit prononcer lundi un discours sur la crise politique libanaise et les tensions irano-saoudiennes.

Le 4 novembre, l’armée saoudienne a intercepté au-dessus de l’aéroport de Ryad un missile tiré par les rebelles du Yémen. Les autorités saoudiennes affirment que ce missile est de fabrication iranienne, ce que Téhéran a démenti.

Après le tir du missile le 4 novembre, le prince héritier saoudien, Mohammed ben Salmane, a accusé Téhéran d’être derrière cette « agression militaire directe », qui « pourrait être considérée comme un acte de guerre contre le royaume ». L’Iran a ensuite appelé Ryad à ne pas jouer avec le feu.

De leur côté, les autorités de Bahreïn ont accusé l’Iran d’être responsable de l’incendie qui a interrompu momentanément le 11 novembre l’approvisionnement de ce royaume du Golfe en pétrole saoudien. Là aussi, Téhéran a démenti toute implication.

Bahreïn, dirigé par une dynastie sunnite, accuse régulièrement l’Iran de liens avec des Bahreïnis chiites poursuivis par les autorités pour des « violences ». Ce petit royaume est secoué par des troubles depuis 2011, la majorité chiite réclamant des réformes.

Outre les dossiers yéménite et syrien, les deux rivaux se sont livrés à de vifs échanges doublés d’une dispute sur le Liban où Ryad accuse l’Iran de visées hégémoniques. La démission surprise du Premier ministre Saad Hariri le 4 novembre et son séjour prolongé à Ryad ont plongé le Liban dans la crise.

La classe politique libanaise est divisée entre le Hezbollah et ses alliés d’une part, et une coalition appuyée par les Saoudiens, dirigée par M. Hariri d’autre part. Le chef de la diplomatie libanaise, Gebrane Bassil, n’a pas participé à la réunion du Caire.

Le Liban n’a pas endossé les points du communiqué de la ligue arabe concernant le Hezbollah.