Ne vous fiez pas au battage médiatique. Malgré tout le tintamarre, la campagne électorale n’en est encore qu’à ses premiers balbutiements.

Nous sommes à un mois du 29 janvier, la date limite pour déposer les listes à la commission électorale centrale d’Israël. D’ici là, les partis peuvent encore fusionner ou se scinder.

Des grands partis – le Likud, le parti travailliste, Meretz, HaBayit HaYehudi – ont encore des primaires devant eux.

Personne ne peut dire avec certitude s’il y aura une seule liste arabe ou bien trois, si la nouvelle popularité du parti travailliste après sa fusion avec Hatnua tiendra la route ou s’évaporera, si le Shas survivra en tant que parti viable jusqu’au jour de l’élection, ou si Yisrael Beitenu sera en mesure de mener une campagne cohérente avec tant de ses responsables qui font l’objet d’une enquête pour corruption.

C’est dans ce bouillonnement chaotique que les deux principaux camps de l’échiquier politique, l’un mené par le Likud de Benjamin Netanyahu et l’autre par le parti travailliste d’Isaac Herzog, tentent de définir les contours de la bataille qui se trouve devant eux.

Il est trop tôt, et le caractère et l’identité de leurs adversaires sont encore trop flous, pour lancer des campagnes systématiques auxquelles nous pouvons nous attendre pour plus tard. Les partis se battent pour quelque chose de plus basique, et sans doute plus politiquement important : le contexte.

Chaque campagne veut que l’élection devienne un référendum sur les questions sur lesquelles son camp est le plus fort.

Le Likud a essayé de garder le débat axé sur la sécurité, où le parti travailliste a un « déficit de confiance » auprès de l’électorat, tout en insistant sur le fait qu’il n’y a pas de différences significatives entre la politique économique des travaillistes et la sienne.

Le parti travailliste, quant à lui, a essayé de déplacer le débat sur l’économie, où le Likud au pouvoir est plus faible, tout en affirmant qu’il n’y a pas de différences significatives entre la politique de sécurité du Likud et la sienne.

Donc, ce lundi, lorsque le gouvernement a convoqué une session plénière de la Knesset spécialement pour approuver les nominations de deux vice-ministres pour gérer les ministères abandonnés par les ministres de Yesh Atid qui avaient démissionné il y a quelques semaines, des députés travaillistes, sous l’impulsion de Shelly Yachimovich, ont rassemblé les 25 signatures nécessaires pour ajouter à l’ordre du jour des questions économiques.

Le débat de parlementaires n’a pas été vraiment un débat, mais un entraînement pour la campagne électorale. Le vice-ministre Ofir Akunis a noté avec colère qu’aucun des orateurs n’était resté dans l’hémicycle pour écouter les réponses des collègues.

« Nous devons vérifier combien de députés ont demandé un débat spécial, combien sont venus assister au débat et combien sont restés pour entendre les réponses », a dit Akunis lors de la séance.

Les discours, ont eux aussi, donné le ton de la campagne électorale qui commence.

« Nous avons un gouvernement qui sert les puissants plutôt que les faibles », a déclaré la députée Michal Rozin du Meretz, qui a accusé le gouvernement Netanyahu de « dilapider les fonds publics à des intérêts particuliers, aux colons, aux magnats et aux corrompus ».

Les commentaires faisaient écho à ceux du parti travailliste ces derniers jours, comme un communiqué de presse de jeudi accusant le gouvernement Netanyahu de se concentrer sur les questions de sécurité, et d’avoir « totalement échoué » dans la lutte contre la pauvreté.

« Alors que le Premier ministre est occupé avec d’imaginaires blindés transporteurs de troupes, une avalanche sociale se déroule sous son nez, a accusé le parti d’opposition. Nous avons besoin d’un plan sérieux de plusieurs années avec un financement approprié et des objectifs clairs pour réduire la pauvreté et pour s’assurer que les enfants israéliens n’aillent pas se coucher affamés. Ce sera l’un de nos principaux objectifs lorsque nous formerons le prochain gouvernement. »

Et le président du groupe parlementaire travailliste, Eitan Cabel, a été encore plus explicite la semaine dernière en déclarant : « Chaque jour, de nouvelles statistiques sont publiées qui témoignent de l’effondrement social causé toutes ces années pendant lesquelles Netanyahu était au pouvoir. Le nouveau gouvernement que nous mettrons en place après les élections, sous la direction d’Isaac Herzog, sera un gouvernement véritablement social, qui redonnera espoir à des millions de pauvres et à la classe moyenne qui s’effondre. »

C’est un argumentaire puissant pour un électorat inquiet quant à ses perspectives économiques, et la droite a rétorqué avec ses propres initiatives empruntées à la gauche économique.

« Nous avons mené l’économie israélienne de façon responsable, et augmenté le salaire minimum de 3700 [à 4300] shekels par mois, et nous le ferons à nouveau en avril », a déclaré Akunis, lundi, lors la séance plénière.

La hausse du salaire minimum promise le mois dernier par le Premier ministre – quelques jours après l’annonce de nouvelles élections – a mis du temps à venir, et a le soutien de beaucoup de députés du Likud, du parti travailliste et de tout le spectre politique. Ce n’est pas le soudain soutien du gouvernement pour cette mesure qui a suscité des commentaires cyniques, mais son timing.

Pourtant les travaillistes et le Likud se sont associés pour faire voter la loi à la Knesset (lien TOI) malgré le contexte pré-électoral, et le ministère des Finances (maintenant dirigé par Netanyahu) a annoncé lundi avoir conclu un accord avec Avi Nissenkorn, le dirigeant de la confédération syndicale Histadrout, pour mettre en œuvre une augmentation progressive dans les prochains mois qui irait jusqu’à 5.000 shekels par mois.

Mais la majeure partie de la rhétorique politique du Likud vise à changer le sujet vers les questions de sécurité, comme en témoigne le virage rapide qu’a pris Akunis dans son discours lundi à la Knesset.

« Je tiens à aborder la situation diplomatique et les actions unilatérales des Palestiniens », a-t-il poursuivi à la tribune. « Je tiens à dire au nom du gouvernement qu’Israël se réserve la possibilité de prendre ses propres mesures unilatérales dans le vaste arsenal de réponses qui s’offrent à nous. »

La veille, un communiqué de presse du bureau du Premier ministre a également porté sur ces questions.

« Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a tenu une réunion dans l’après-midi pour faire suite à la mise en œuvre d’un plan pour renforcer la sécurité à Jérusalem », lit-on dans le communiqué de dimanche.

Et de détailler : « L’opération ‘Gardiens des Murs’, a ajouté 400 policiers présents dans la capitale et a conduit à une diminution des incidents [terroristes]. »

Quand le parti travailliste attaque sur l’économie, le Likud le fait sur la sécurité. Alors que le Likud défend avec succès le pays, la gauche a une réputation historique d’ « irresponsable » au sujet de la sécurité nationale, se plaisent à dire les responsables du Likud en toute occasion.

Et tout comme le Likud cherche à se défendre sur l’économie, les travaillistes consacrent leurs efforts à faire de même sur la sécurité.

« Quand il s’agit de défendre Israël et ses citoyens ou de lutter contre le terrorisme, il n’y a pas d’opposition ou de coalition », a insisté Herzog en rendant une visite cette semaine à l’archevêque de Haïfa George Bacouni.

La course peut encore être modelée et remodelée par les événements – la guerre, la récession économique, les scandales politiques.

Mais sa première structure, la plus fondamentale, se présente déjà comme une double course : non seulement entre la gauche et la droite, mais entre deux priorités concurrentes, l’insatisfaction de l’électorat face à la gestion de l’économie par la droite, d’une part, et sa méfiance à l’égard de la gestion par la gauche de la défense et de la diplomatie, d’autre part.

La victoire dépendra donc non seulement des positions de tel ou tel parti dans la campagne, mais des questions qui vont dominer le débat politique.