JTA – Le maire de Berlin pourrait faire davantage pour contrer le bruyant mouvement BDS [le mouvement de boycott, désinvestissements et sanctions contre Israël] de la ville, indiquent de nombreux dirigeants juifs.

Cela le rend-il pour autant antisémite ?

Un rapport publié par le Centre Simon Wiesenthal, basé en Californie, inclut le maire, Michael Müller, sur sa liste annuelle des 10 affaires d’activité antisémite les plus graves dans le monde, et cela rend perplexe de nombreux partisans d’Israël en Allemagne.

Dans un entretien accordé lundi dernier au Jerusalem Post, le rabbin Abraham Cooper, doyen associé du Centre Simon Wiesenthal, a affirmé qu’en refusant de s’opposer publiquement aux récents importants évènements anti-Israël dans sa ville, Müller « banalise le mouvement BDS, qui n’a jamais rien apporté à la vie quotidienne des Palestiniens. Le BDS est largement reconnu comme étant antisémite. »

Les dirigeants juifs d’Allemagne soulignent que d’autres villes ont fait plus pour bloquer les activités du mouvement BDS, mais indiquent qu’il n’y a pas de raison pour mettre Müller aux oubliettes à cause de cela, ce qui pourrait se révéler contreproductif.

Des touristes israéliens devant un stand du BDS avec des photos et des drapeaux palestiniens, appelant à la "Palestine libre", à  sur la place de Dam, au centre d'Amsterdam, en Hollande, le 24 juin 2016. Illustration. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Des touristes israéliens devant un stand du BDS avec des photos et des drapeaux palestiniens, appelant à la « Palestine libre », à sur la place de Dam, au centre d’Amsterdam, en Hollande, le 24 juin 2016. Illustration. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Même s’il est « embarrassant pour la ville de Berlin que son maire n’ait pas pris une position claire et sans équivoque contre le BDS », il est « grotesque de l’associer à l’ancien président iranien Mahmoud Ahmadinejad et aux pires antisémites du monde », a déclaré jeudi Joseph Schuster, président du Conseil central des Juifs d’Allemagne.

Même si une position claire serait appréciée, Müller n’a « clairement pas sa place sur cette liste », a déclaré jeudi Sigmount Königsberg, commissaire en charge de l’antisémitisme de la communauté juive de Berlin. Il a affirmé que le BDS n’était « rien de moins que la poursuite des boycotts anti-juifs » des années 1930 en Allemagne.

Cooper a confirmé à JTA que Müller resterait sur la liste tant qu’il n’agirait pas pour freiner les activités du BDS dans la capitale allemande. Il a accusé Müller de soutenir le mouvement par son inaction.

Le BDS « a besoin de joueurs légitimes pour gagner de la légitimité », a dit Cooper.

« Nous n’avons pas consulté les dirigeants juifs de Berlin, et ils sont les bienvenus pour s’exprimer et signaler ce qu’ils pensent être appropriés », a ajouté Cooper. Müller, en tant que maire de la ville d’importance mondiale, a un « impact sur le projet mondial [du BDS] qui vise à diaboliser et à se débarrasser de l’Etat juif. »

Le rabbin Abraham Cooper, dirigeant du Centre Simon Wiesenthal, en juin 2014. (Crédit : Centre Simon Wiesenthal)

Le rabbin Abraham Cooper, dirigeant du Centre Simon Wiesenthal, en juin 2014. (Crédit : Centre Simon Wiesenthal)

Initialement réticent à s’exprimer, Müller a depuis déclaré que ces accusations étaient « absurdes » et a suggéré qu’il répondrait de manière plus complète ultérieurement.

L’insinuation d’antisémitisme touche tout le gouvernement allemand, a dit Müller au Berliner Zeitung.

« Particulièrement dans une ville comme Berlin, nous sommes conscients de la responsabilité particulière » des Allemands étant donné leur histoire, a-t-il dit.

D’autres ont défendu Müller, comme le député Volker Beck, ancien président du groupe d’amitié parlementaire israélo-allemand, Elio Adler, fondateur d’une initiative politique juive non partisane à Berlin, et Sergey Lagodinsky, membre de l’assemblée des représentants de la communauté juive de Berlin.

« Inclure le maire sur la liste sans aucune raison évidente discrédite tout le travail critique que nous faisons pour maintenir ce sujet au premier plan. C’est irresponsable, a dit Lagodinsky à JTA. L’on peut et l’on doit critiquer les actions trop légères de Müller au sujet de l’islam politique ou conservateur, mais lui attribuer des motivations antisémites est faux et injuste. »

Lagodinsky a ajouté que tout jugement sur Müller devrait provenir de Berlin, et non de Los Angeles.

« L’ajouter affaiblit la pertinence de cette liste », a-t-il dit.

Manifestation pro-palestinienne de partisans du mouvement BDS à Cape Town, en Afrique du Sud, le 21 septembre 2015. (Crédit : Michelly Rall/Getty Images)

Manifestation pro-palestinienne de partisans du mouvement BDS à Cape Town, en Afrique du Sud, le 21 septembre 2015. (Crédit : Michelly Rall/Getty Images)

Cela risque aussi de dévaluer le terme « antisémitisme », ont indiqué les dirigeants d’une importante organisation allemande de lutte contre l’antisémitisme chez les jeunes musulmans. Dans un communiqué publié mercredi, Reinhold Robbe et Dervis Hizarci de l’Initiative berlinoise Kreuzberg contre l’antisémitisme ont appelé Cooper à abandonner l’idée « farfelue », « immédiatement et sans équivoque ».

Ils ont souligné que Müller avait tenu des propos clairement pro-Israël en tant que dirigeant dans l’état du Parti social démocrate, et que Klaus Lederer, sénateur de l’état et membre de son parti, avait jugé le mouvement BDS « écœurant ».

De plus, pendant toute sa carrière politique et particulièrement en tant que maire, Müller « a prouvé à plusieurs reprises sont amitié et sa connexion profonde avec la communauté juive et avec Israël, ont dit Robbe et Hizarci. Il est donc totalement incompréhensible que cette accusation soit portée contre lui. »

Le mouvement BDS de Berlin a récemment appelé au boycott d’un festival pop international dans la ville, quand il a appris que l’ambassade israélienne y avait contribué à hauteur de 500 euros pour payer les frais de certains artistes. Plusieurs groupes venus de pays arabes ont annulé leur participation à l’évènement.

En juin, quand des militants du BDS ont perturbé un évènement avec un député israélien et un survivant israélien de la Shoah à l’université Humboldt de Berlin, Yair Lapid, le président du parti israélien Yesh Atid, avait fustigé le maire, qui donnait aux militants anti-Israël « la liberté de la ville ».

Le Tagesspiegel a rapporté que le Centre Wiesenthal voulait que Müller interdise la manifestation annuelle anti-Israël et pro-Iran Al-Quds, qui a eu lieu début août.

Des manifestantes avec des photographies de Hassan Nasrallah,le chef du Hezbollah, pendant la manifestation Al-Quds à Berlin, le 25 juillet 2014. (Crédit : Micki Weinberg)

Des manifestantes avec des photographies de Hassan Nasrallah,le chef du Hezbollah, pendant la manifestation Al-Quds à Berlin, le 25 juillet 2014. (Crédit : Micki Weinberg)

Les autorités locales autorisent les manifestations politiques, tout en les limitant sur ce qui peut être dit ou présenté par les participants, des limites qui ne sont pas toujours facilement appliquées.

En réponse à un article publié en juin par le Jerusalem Post, l’ambassade israélienne avait précisé qu’elle critiquait les évènements anti-sionistes à Berlin, et « pas le maire ».

Cooper reconnaît qu’il y a, ne serait-ce qu’aux Etats-Unis, suffisamment d’antisémites pour « remplir la moitié du Top 10 de cette année », et que « nous ne sommes pas vraiment en rupture de stock », mais une ville d’importance mondiale doit service d’exemple, a-t-il ajouté.

« Dans d’autres villes, il y a eu une volonté de combattre [le BDS], a dit Cooper à JTA. Le maire devrait le savoir et faire quelque chose à ce sujet. Ce n’est pas trop tard. Va-t-il faciliter la vie des militants du BDS ou la compliquer ? »

La liste annuelle du Centre n’est ni scientifique, ni définitive, et tend à se lire comme une étude annuelle sur les tendances des activités antisémites et anti-israéliennes. Les observateurs en tiennent cependant compte.

En 2013, le Centre Simon Wiesenthal a été critiqué pour avoir inclus des propos du journaliste allemand Jakob Augstein sur sa liste annuelle. Dieter Graumann, qui dirigeait alors le Conseil central des Juifs d’Allemagne, avait reconnu qu’Augstein avait écrit des articles « horribles, atroces » sur Israël, mais que sa présence banalisait tous les autres faits recensés par la liste.