Le maire de Jérusalem, Nir Barkat, a conclu un accord avec les dirigeants ultra-orthodoxes visant à diviser les quartiers de la ville selon des lignes religieuses, une initiative dont les critiques estiment qu’elle vise à lui assurer le soutien des ultra-orthodoxes lors des prochaines élections municipales, prévues en 2018.

Cet accord a été conclu avec une commission composée de rabbins, a rapporté mercredi le quotidien Haaretz. Il établit la ligne directive dans les quartiers mixtes — ultra-orthodoxes et non orthodoxes – les endroits où des quartiers ultra-orthodoxes seront construits à l’avenir et où les centres culturels – qui sont en premier lieu fréquentés par les habitants laïcs et non orthodoxes – seront créés.

Avraham Kreuzer, conseiller de Barkat aux affaires ultra-orthodoxes et Amnon Merhav, le directeur général de la ville, ont passé 10 mois à négocier avec une commission établie par le dirigeant du parti Degel HaTorah de Jérusalem, le rabbin Aharon Leib Shteinman.

L’accord spécifie que le conseil offrira des services éducatifs et communautaires entiers dans les quartiers qui ont déjà traversé le processus dit de « haredisation », a expliqué Haaretz. Dans ces quartiers, la ville encouragera davantage les ultra-orthodoxes à emménager.

Là où la « haredisation » est balbutiante, les services fondamentaux pour la communauté, comme les structures pré-scolaires, seront assurés, mais les résidents devront se rendre dans des quartiers ultra-orthodoxes ou dans des zones jouxtant leurs lieux de vie pour des services plus avancés.

Des Juives ultra-orthodoxe poussant leurs poussettes dans le quartier ultra-orthodoxe de Mea Shearim à Jérusalem, le 4 juillet 2013 (Crédit : Shohat Nati / Flash90)

Des Juives ultra-orthodoxe poussant leurs poussettes dans le quartier ultra-orthodoxe de Mea Shearim à Jérusalem, le 4 juillet 2013 (Crédit : Shohat Nati / Flash90)

L’accord précise que de nouveaux projets de logements seront entrepris dans le quartier de Ramot, dans le nord de Jérusalem, déjà majoritairement peuplé par les ultra-orthodoxes. Une partie du quartier, Ramot Bet, restera toutefois plus laïque et les familles ultra-orthodoxes ne seront pas encouragées à s’y installer.

Ramat Eshkol, également dans le nord de la ville, accueillera un important campus éducatif ultra-orthodoxe qui viendra consolider son statut religieux. Mais la Colline française voisine, où il y a eu dernièrement un afflux de résidents ultra-orthodoxes, sera exempte d’institutions ultra-orthodoxes pour préserver davantage son caractère laïc.

A Kiryat Hayovel, dans le sud de Jérusalem, où les ultra-orthodoxes n’ont cessé de s’installer depuis des années, la communauté ne bénéficiera que de structures préscolaires. Et pour les autres habitants, l’école élémentaire expérimentale existante s’élargira pour accueillir un collège.

Les tensions entre les deux communautés présentes dans le quartier Kiryat Yovel avaient explosé au mois de février lorsque Yehiel Levy, chef du centre communautaire Yovelim, avait décrit un plan visant à « étouffer » les ultra-orthodoxes du quartier en programmant des événements culturels, et notamment des projections de film, pour les citoyens laïcs, spécifiquement dans les zones où la population ultra-orthodoxe est concentrée.

« Quand vous les étouffez, ils partent […]. C’est ça qui fonctionne aujourd’hui », avait indiqué Levy à la radio militaire à ce moment-là.

Vertement critiqué, Levy avait présenté ses excuses plus tard, disant que ses mots avaient été sortis de leur contexte.

Au mois de décembre 2015, Barkat a annoncé qu’il rejoignait le parti du Likud, alimentant les rumeurs qui affirmaient qu’il prévoyait de défier le Premier ministre Benjamin Netanyahu à la tête du parti.

Il n’a pas encore fait savoir publiquement s’il se présenterait pour un troisième mandat de maire.

Ofer Berkovitch, maire-adjoint et chef de la faction de l'éveil ("Hitorerut"), photographié le 18 juillet 2013 (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

Ofer Berkovitch, maire-adjoint et chef de la faction de l’éveil (« Hitorerut »), photographié le 18 juillet 2013 (Crédit : Miriam Alster/FLASH90)

Ofer Berkovitch, adjoint au maire et chef du parti Hitorerut (« Eveil »), la plus importante faction non-religieuse du conseil municipal, a estimé que l’accord était « non-éthique, illégal et illégitime » et qu’il avait pour objectif vértiable d’assurer l’avenir politique de Barkat. Il a indiqué que la convention venait signifier un nouveau « partenariat stratégique » dans lequel les ultra-orthodoxes ashkénazes venaient remplacer le bloc religieux national du conseil en tant qu’alliés électoraux.

Kreuzer a indiqué qu’il ne s’agissait pas d’une convention politique mais plutôt d’une série d’accords qui aideraient la commission de planification et de construction de la région de Jérusalem a décider mardi des plans d’un nouveau complexe d’éducation ultra-orthodoxe à Ramat Eshkol, et qui viendrait également aider à sécuriser le soutien apporté par les ultra-orthodoxes à l’approbation du plan d’un complexe culturel et de loisirs laïc à Kiryat Hayovel.

Barkat a qualifié de « non sens » les affirmations selon lesquelles il aurait conclu un accord politique. « Tous ceux qui savent comment fonctionne le secteur ultra-orthodoxe savent qu’ils décident [de qui ils soutiennent] à la dernière minute », a-t-il dit à Haaretz.

Tout en soulignant qu’il avait rencontré tous les responsables des conseils de quartiers, il a convenu que la majorité des discussions avait eu lieu avec le comité rabbinique seulement.

« Au moment où vous ouvrez toutes les discussions à tout le monde, les extrémistes surgissent toujours », aurait-il dit, selon Haaretz.

Les tensions sont élevées entre la population ultra-orthodoxe de la capitale, qui constitue un tiers des habitants de la ville, et les communautés non-orthodoxes, en particulier en ce qui concerne l’observation religieuse du Shabbat.

A Jérusalem, le Shabbat est respecté de manière bien plus stricte qu’à Tel Aviv. Peu de restaurants et de structures culturelles sont ouverts le samedi.

Les forces de sécurité israéliennes montent la garde pendant une manifestation de Juifs ultra-orthodoxes contre les commerces ouverts le samedi et le recrutement des ultra-orthodoxes dans l'armée, aux abords du quartier de Mea Shearim à Jérusalem, le 3 juin 2017 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Les forces de sécurité israéliennes montent la garde pendant une manifestation de Juifs ultra-orthodoxes contre les commerces ouverts le samedi et le recrutement des ultra-orthodoxes dans l’armée, aux abords du quartier de Mea Shearim à Jérusalem, le 3 juin 2017 (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Chaque ouverture d’un nouveau commerce ou service de proximité le jour du Shabbat provoque des protestations de la part des ultra-orthodoxes et les plaintes des laïcs qui déplorent que les religieux tentent d’imposer leurs croyances à la ville entière.

Les habitants laïcs qui circulent dans des quartiers ultra-orthodoxes le jour du Shabbat prennent le risque de voir leurs voitures caillassées.

Les dissensions sont exacerbées par le fait que les Juifs ultra-orthodoxes de tout le pays ne font pas leur service militaire.