WASHINGTON (JTA) — Carmel Shama HaCohen, ambassadeur israélien à l’UNESCO, est sans égal lorsqu’il s’agit d’admirer l’envoyée de l’administration Trump aux Nation-unies, Nikki Haley. En fait, il aimerait pouvoir en créer un clone.

Shama HaCohen a apprécié les efforts menés par Haley pour tenter de détourner le vote, la semaine dernière, de la Commission du patrimoine de l’UNESCO désignant la Vieille ville de Hébron comme site du patrimoine en péril. Et il estime que la tentative menée conjointement par Israël et les Etats-Unis de faire disparaître une résolution considérée comme partiale par l’état juif aurait pu réussir si seulement un responsable américain du calibre de Haley s’était trouvé sur place à Cracovie, là où s’est déroulé le vote (Haley travaillait, elle, depuis New York).

« Nous n’avons pas eu une détermination assez forte », estime Shama HaCohen dans une interview.

Crystal Nix-Hines, l’envoyée à l’UNESCO de l’administration Obama, a quitté ses fonctions de 20 janvier. L’échec de l’administration Trump à la remplacer entre dans le cadre d’un ralentissement plus large des nominations à de hautes fonctions au sein du département d’Etat. Selon des informations, moins de 10 postes, sur approximativement 200, au département d’Etat – qui exigeaient des nominations et des confirmations – ont été pourvus à ce jour.

L'ambassadeur israélien auprès de l'UNESCO, Carmel Shama-Hacohen, prend une copie de la résolution tout juste votée à l'UNESCO, et la met à la poubelle de "l'histoire", le 26 octobre 2016. (Crédit : autorisation)

L’ambassadeur israélien auprès de l’UNESCO, Carmel Shama-Hacohen, prend une copie de la résolution tout juste votée à l’UNESCO, et la met à la poubelle de « l’histoire », le 26 octobre 2016. (Crédit : autorisation)

Shama HaCohen, ancien membre de la Knesset connu pour son franc-parler, explique que l’absence de l’allié le plus important d’Israël à l’UNESCO a des effets d’une portée considérable sur la défense du pays.

« Aussitôt que vous avez un ambassadeur, vous avez la capacité de créer une relation avec Washington, de faire avancer un agenda », dit-il. « L’absence d’envoyé « nuit aux efforts » de défense d’Israël, estime-t-il. « Les Etats-Unis sont loin de pouvoir accorder [à Haley] les moyens lui permettant de défendre Israël ».

Shama Hacohen n’est pas le seul responsable en première ligne de la défense d’Israël inquiet des sous-effectifs au sein du corps diplomatique américain.

« La question de la dotation en personnel au Département d’état est cruciale – à l’UNESCO et dans une myriade d’autres domaines où le leadership américain est absolument déterminant », a expliqué à JTA Jonathan Greenblatt, directeur-général de l’ADL (Anti-Defamation League).

« Tandis qu’il y avait des efforts menés de bonne foi de la part de l’ambassadrice Nikki Haley et d’autres membres de l’administration à l’UNESCO la semaine dernière, le fait qu’il n’y ait pas d’ambassadeur sur le terrain a eu un impact ».

Pendant des mois, de nombreux groupes juifs et législateurs des deux parties ont dénoncé l’incapacité de l’administration à pourvoir un autre poste : celui de contrôleur de l’antisémitisme au département d’Etat.

« Nous sommes également préoccupés par l’apparente réticence affichée par le secrétaire d’Etat de nommer un envoyé spécial chargé de contrôler et de lutter contre l’antisémitisme, qui joue un rôle d’importance dans la sensibilisation et les actions contre l’antisémitisme et les actes anti-israéliens dans le monde », a déclaré Greenblatt. « Ces postes devraient être pourvus aussi vite que possible. »

Les sous-effectifs et la manière dont ils affectent la diplomatie israélo-américaine a également retenu l’attention des Républicains au Congrès.

Nous avons besoin de « plus de personnes nommées en place », a estimé Kevin Bishop, porte-parole du sénateur républicain Lindsey Graham (Caroline du nord), l’un des plus ardents défenseurs de l’état Juif au Sénat, répondant à une question sur la diplomatie en liaison avec Israël.

Il a souligné les propos tenus dimanche par Graham à l’émission ‘Meet The Press’ diffusée sur NBC : « Le secrétaire (Rex) Tillerson doit affecter des personnels au Département d’Etat et le faire de manière avisée », avait-il commenté, se référant à un certain nombre de fonctions qui, selon lui, ont disparu dans la nature. « Je m’inquiète vraiment au sujet du département d’Etat ».

Le sénateur républicain américain Lindsey Graham s'adresse aux journalistes après une séance d'information à huit-clos du chef d'état-major , le général Joseph Dunford, au Capitole le 7 avril 2017 (Crédit :/Nicholas Kamm/AFP PHOTO)

Le sénateur républicain américain Lindsey Graham s’adresse aux journalistes après une séance d’information à huit-clos du chef d’état-major , le général Joseph Dunford, au Capitole le 7 avril 2017 (Crédit :/Nicholas Kamm/AFP PHOTO)

Un responsable du département d’Etat a expliqué à JTA que l’administration Trump reste déterminée à défendre Israël dans tous les forums internationaux.

« Nous avons clairement établi que les Etats-Unis s’opposeront à tous les efforts visant à ôter sa légitimité ou à isoler Israël, à chaque fois que cela devra se produire. Nous continuerons à le faire », dit le responsable. « En ce qui concerne la dotation en personnel, nous continuons à avoir un profond noyau de professionnels expérimentés qui servent à des postes clés et qui sont hautement capables et en mesure d’aider le secrétaire à diriger le département. Nous continuerons le processus d’exploration et d’évaluation des moyens d’amélioration de l’efficacité et de l’effectivité, notamment en optimisant l’impact des ressources disponibles ».

La Maison Blanche a reproché aux Démocrates du Sénat d’entraver les nominations, notant dans un communiqué paru cette semaine que les désignations par Trump prennent, en moyenne, plus de temps pour être adoptées par le Sénat que ce n’était le cas pour celles proposées par ses prédécesseurs. Mais Trump a mis également du temps à procéder à des nominations : Un décompte fait le 29 juin par le Washington Post a montré que sur plus de 200 postes au département d’Etat pourvus par nomination, Trump n’en a officiellement désigné que vingt, sur lesquelles huit ont été confirmées par le Sénat.

Dan Shapiro, envoyé en Israël de l’administration d’Obama jusqu’au mois de février, a indiqué que les professionnels de carrière ne pouvaient pas remplacer des diplomates ayant la confiance de l’administration.

« Quand, dans le passé, sous l’administration Obama, nous luttions contre une résolution anti-israélienne pour reconnaître un état palestinien, tout le monde était sur le pont », commente-t-il. « Nous avions des ambassadeurs dans les capitales pour soulever la question, nous avions de hauts-responsables, des secrétaires et des sous-secrétaires qui pesaient sur leurs homologues ».

Sans les relations personnelles cultivées par les diplomates avec leurs homologues dans les autres pays, ajoute Shapiro, « vous n’avez pas les outils disponibles, vous ne pouvez pas faire en sorte que les plus hauts responsables des autres gouvernements s’engagent à rallier les autres pays à votre cause ».

Daniel Shapiro, alors ambassadeur des Etats-Unis en Israël, le 9 décembre 2014. (Crédit : Matty Stern/Ambassade américaine)

Daniel Shapiro, alors ambassadeur des Etats-Unis en Israël, le 9 décembre 2014. (Crédit : Matty Stern/Ambassade américaine)

Shapiro dit que le manque de nominations entrave un autre problème considéré comme critique en Israël : Faire pression sur les Palestiniens pour qu’ils cessent de payer les familles de personnes emprisonnées ou tuées en menant des attentats contre les Israéliens.

« Nous devrions avoir un grand nombre d’autres nominations à des niveaux importants pour qu’ils fassent savoir aux Palestiniens que nous pensons que ce qu’ils font est inacceptable », dit-il.

Le gouvernement du Premier ministre Benjamin Netanyahu est généralement content des priorités déterminées par l’administration Trump et apprécie que Trump lui-même ait soulevé la question des paiements attribués aux prisonniers lors de ses rencontres avec le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas. Et en effet, Shama HaCohen déclare qu’une partie de ses frustrations réside dans le fait que certains des diplomates de carrière, dans les bureaux de l’UNESCO, mènent encore des politiques de l’ère d’Obama – considérées comme plus amicales envers l’UNESCO – non parce qu’ils tentent de saper Trump mais parce que ce sont les seules orientations qu’ils ont actuellement en main.

Malcolm Hoenlein, vice-président exécutif de la Conférence des présidents des organisations juives américaines majeures, explique que le vote de l’UNESCO aurait pu être une exception : l’administration Obama a cessé de payer ses droits en 2011 parce que l’UNESCO avait reconnu, cette année-là, la « Palestine » en tant qu’état. En résultat, les Etats-Unis ont perdu leur capacité à voter, ce qui a diminué l’influence du pays au sein de l’instance.

« Nous prenons la question de l’UNESCO très au sérieux et nous accueillons avec satisfaction les déclarations fortes faites par l’ambassadrice Haley », a indiqué Hoenlein à JTA.

Daniel Mariaschin, vice-directeur exécutif de Bnai Brith International, estime pour sa part que le manque de personnel est un problème mais que l’obstacle le plus important pour Israël à l’ONU et dans ses instances affiliées reste la partialité institutionnelle.

« C’est indubitable, avoir des ambassadeurs qui partagent le point de vue sur le monde de Nikki Haley, construire des relations, c’est important », commente-t-il. « Mais les majorités automatiques, bloquer les votes qui sont construits au sein de l’infrastructure des Nations-unies, c’est vraiment là que sont les problèmes ».