L’attaque terroriste de Paris, aussi infâme soit-elle, n’est malheureusement pas surprenante lorsque l’on observe les mouvements des terroristes islamistes entre l’Europe et le Moyen-Orient.

Selon les estimations des renseignements israéliens, il y aurait environ près de 30 000 d’activistes de l’EI. La CIA établit un nombre entre 20 000 à 31 500 combattants. A peu près la moitié d’entre eux sont des volontaires étrangers qui viennent du monde arabe ou de l’Occident.

De manière surprenante, un bon nombre de ses combattants sont issus des pays maghrébins, notamment de Tunisie, un pays à prédominance chiite, d’où 5 000 à 6 000 combattants sont originaires.

Des milliers de combattants qui ont rejoint l’EI en Irak viennent d’Europe, d’Australie et des Etats-Unis. En Europe, la Belgique est à la tête de la liste des pays dont sont issus ces ‘volontaires’.

Le problème de l’Europe, et cela pourrait être le cas pour le massacre de Paris, est la facilité relative avec laquelle ces jeunes musulmans peuvent quitter les pays occidentaux, et partir rejoindre les rangs de l’EI en Syrie et en Irak, et revenir tranquillement dans leur pays d’origine et mener des attaques ciblées chez eux.

Cela représente presque une mission impossible pour les agences des renseignements européennes – traquer ces jeunes musulmans qui partent au Moyen-Orient et qui ensuite reviennent chez eux ou dans un pays avoisinants dans le but de tuer les « infidèles ».

Outre le suivi de ce flux, les agences de renseignement occidentales ont un autre défi, non moins complexe. L’Etat islamique est une source d’inspiration pour de nombreux jeunes qui les poussent à mener des attaques sans se rendre au Moyen-Orient au préalable.

Ces attaquants potentiels n’ont pas combattu avec l’EI ou passé du temps dans un autre Etat musulman, mais se contentent de s’emparer des armes dans leurs pays d’origine pour commettre des attentats. Contrecarrer ces types d’attaques doit être un cauchemar pour les services de renseignement.

Et pourtant, on ne peut voir aucun effort de la part des autorités turques pour mettre un terme à ce flux de volontaires. De plus, la moitié des revenus de l’EI proviennent de la vente de pétrole, et l’un des pays où ils exportent principalement leur pétrole est la Turquie.

Mais la connexion entre l’Europe et le Moyen-Orient ne s’arrête pas là. Il est raisonnable de supposer qu’au regard du ralentissement de la progression de l’EI en Irak et en Syrie – leur conquête du territoire a été freinée – l’EI essaiera d’envoyer ses ‘produits’ dans des pays comme la Libye ou l’Egypte pour qu’ils puissent orchestrer d’autres attaques sur le territoire européens.

En d’autres termes, si l’EI prend un coup au Moyen-Orient, il essaiera de répliquer en Europe.

On décrit souvent la Turquie comme étant la porte d’entrée de l’Europe, et dans le cas de l’EI, ce fait est avéré. Des milliers de volontaires qui souhaitent rejoindre les rangs de l’EI le font principalement en passant par la Turquie. Et ils rentrent chez eux en passant aussi par la Turquie.

Et pourtant, on ne peut voir aucun effort de la part des autorités turques pour mettre un terme à ce flux de volontaires.

Et cela, malgré le fait que mardi dernier, la Turquie a été victime d’une attaque terroriste lorsqu’une femme kamikaze a tué un policier en déclenchant un bombe qu’elle portait sur elle. (On ne sait pas si cette attaque est le fruit des extrémistes islamistes, des radicaux de gauche ou une autre organisation.)

De plus, la moitié des revenus de l’EI proviennent de la vente de pétrole, et l’un des pays où ils exportent principalement leur pétrole est la Turquie. (L’autre moitié provient des impôts et de la corruption.)

Jusqu’à la contre-attaque occidentale et arabe contre l’EI, le groupe terroriste gagnait plus de 2 millions de dollars par jour grâce aux ventes de pétrole. Depuis le début des attaques aériennes, qui ont causé d’énormes dégâts aux raffineries contrôlées par l’EI, leurs revenus ont chuté de plusieurs centaines de milliers de dollars par jour.

L’EI s’est adapté en conséquence. Il a déménagé son quartier général de Mossoul (dans ce qui était autrefois l’Irak) à Raqqa (dans ce qui était autrefois la Syrie).

Et il a réalisé que ses convois de camions citernes étaient une cible facile pour les attaques aériennes et envoie maintenant ses camions citernes seuls ou en groupe composé de trois camions au maximum. Il vend son pétrole à des courtiers locaux grâce à des intermédiaires, ou l’exporte vers la Turquie, où il utilise également des intermédiaires pour la vendre, bien que tout le monde en connaisse la source.

Tant que le prix reste bas, le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan ne semble pas se soucier de la source du pétrole.

Bien sûr, Ankara est considéré maintenant comme le principal protecteur de l’organisation terroriste sunnite. Le Hamas a établi son quartier général militaire là-bas. Le chef du bureau politique du Hamas, Khaled Meshaal, devrait aussi s’y installer rapidement lorsqu’il quittera le Qatar.

Le groupe Khorasan, mentionné dans le cadre de la première attaque américaine sur le territoire syrien, opère aussi de la Turquie. Et puis, bien sûr, il y a le fait que la Turquie ferme les yeux sur le flux de combattants de l’EI et ses relations d’affaires troubles.

Les relatives bonnes nouvelles, autant qu’ils puissent en avoir au sujet de la bataille contre l’EI, viennent du Moyen-Orient. Dernièrement, l’EI a pris quelques coups et sa progression a été ralentie.

Mais cela ne signifie pas que leur progression soit arrêtée. Cela dit, leur tentative de conquérir les territoires dans la région de Homs et Kobane n’avancent plus. Les combattants kurdes, par exemple, ont repris le contrôle de 80 % de Kobane ces derniers jours, obligeant l’EI à se retirer du territoire qu’il détenait.

Cependant, l’EI modernise ses équipements militaires et son arsenal croît. Il possède maintenant des centaines de poids lourds – dont des véhicules blindés, qui font de bonnes cibles pour les attaques aériennes –, des armes antichars avancés (Cornet) ; des missiles anti-aériens (Strella) ; des roquettes Katioucha ; et même trois avions de formation. Leur arme la plus puissante de son arsenal, cependant, sont les armes chimiques – qui incluent le chlorure. Ces armes auraient été utilisées à Mosoul et Kobane.

Les combattants de l’EI se déploient comme une véritable armée. Avant de tenter de conquérir une cible, ils recueillent des informations, ils affaiblissent la cible avec des tirs d’artillerie, puis ils attaquent, avec un tir de couverture et utilisent des drones primitifs qui leurs fournissent des renseignements en temps réel alors que la bataille progresse.

S’ils se heurtent à une porte ou un autre obstacle insurmontable, ils envoient un véhicule de suicide pour faire exploser l’obstacle ou foncer à travers. Ils peuvent même ralentir leur progrès dans une zone pour se concentrer plutôt sur les avancées dans une autre. Et pourtant, malgré tout cela, ils ne constituent pas une menace importante pour une armée permanente bien huilée avec une force aérienne puissante.

L’EI a aussi commis de nombreuses erreurs en gérant les locaux dans les zones qu’ils ont conquises. Dans une ville de l’est de la Syrie, Mayadeen, ils ont essayé d’imposer une interdiction de fumer. La réponse ne s’est pas fait attendre. L’adjoint du chef de la police de l’EI placé sur place a été enlevé et égorgé.

L’un des rapports affirme que l’on a retrouvé sa tête, avec une cigarette coincée au coin de la bouche, et une note placée à côté de la tête sur laquelle on pouvait lire : « interdiction de fumer. »