NEW YORK (JTA) — Même si Poopa Dweck n’est jamais allée à Alep, sa maison, dans le New Jersey, évoque les parfums qui sont ceux d’une cuisine de cette ville, aujourd’hui ravagée.

Dweck est née après que ses parents ont quitté cette métropole autrefois affairée en 1947 mais elle l’appelle toujours son “pays d’origine”. Elle s’est vouée à conserver et à enseigner les recettes de la communauté juive syrienne et a écrit le livre de cuisine “Aromas of Aleppo.”

Et elle a un conseil à donner aux dizaines de milliers de réfugiés qui ont fui Alep alors que le gouvernement syrien et ses alliés ont bombardé frénétiquement la ville ces dernières semaines, créant de terribles scènes de destruction : Conservez vos traditions et ne perdez pas espoir.

“La communauté juive qui est dispersée partout dans le monde est un bon exemple pour tous ses descendants aujourd’hui… Ils doivent comprendre leur histoire, s’en tenir à leurs traditions, à leurs rituels, à leurs systèmes de croyance”, dit-elle, évoquant les habitants d’Alep qui ont été déplacés. “Et s’ils doivent finalement quitter leur patrie, cela ne signifie pas que leur identité sera compromise”.

Depuis des décennies, la diaspora juive syrienne a su conserver ses traditions. A New York, en Israël et dans quelques autres lieux, les juifs syriens ont gagné la réputation de s’accrocher à leur gastronomie, à leurs rituels et à leurs prières, à vivre les uns à côtés des autres et à encourager leurs enfants à s’unir avec un membre de la même communauté.

La présence juive à Alep, selon la tradition, remonte à l’époque du roi David qui avait conquis la région. Les Juifs syriens ont commencé à émigrer en Amérique au tournant du 20e siècle. En 1948, lorsque la Syrie a déclaré la guerre à l’Etat d’Israël naissant, il y avait environ 40 000 Juifs dans le pays, dont la majorité est partie au fil des années.

Jusqu’au début de la guerre civile actuelle, en 2011, la Syrie avait laissé de petites vagues de Juifs émigrer, tandis que d’autres quittaient clandestinement le territoire. Une opération de secours secrète a permis à une famille juive de rejoindre Israël depuis Alep l’année dernière et seulement quelques Juifs restent aujourd’hui dans le pays.

Tandis qu’une grande partie de la communauté juive syrienne américaine – on en compte 75 000 – sont partis de Syrie il y a des décennies, Dweck explique qu’assister à sa destruction lui fait mal.

“Cela brise le coeur de voir ce qui arrive aux hommes, aux femmes et aux enfants dans cette partie du monde”, dit-elle. « Je suis complètement dévastée. C’est un bel endroit du monde qui est détruit.”

Aujourd’hui, le coeur de la communauté juive syrienne se trouve en Israël, à Brooklyn et dans le New Jersey. Dweck vit à Deal, dans un hameau situé sur la zone côtière largement peuplée de Juifs syriens.

Dans le quartier de Gravesend, à Brooklyn, une immense synagogue syrienne appellée Shaare Zion accueille une douzaine de services de prières le matin, sept jours sur sept.

La communauté est restée unie en raison, en partie, d’un décret vieux de 80 ans édicté par l’un de ses rabbins et interdisant aux Juifs syriens d’épouser des convertis au judaïsme.

Les parents de Dweck ont quitté la Syrie lors de leur lune de miel en 1947, juste avant l’approbation par les Nations unies du plan de partition de la Palestine en un état juif et en un état palestinien, attisant l’instabilité et les agressions contre les Juifs dans le monde arabe.

Le couple n’est jamais retourné dans son pays. Il s’est installé en Italie pendant trois ans avant de partir aux Etats-Unis.

“Nous sommes tous dispersés mais nous venons tous d’une seule famille”, explique Dweck en évoquant ses cousins en Amérique Latine et en Europe.

« Les enfants voient quelles sont nos valeurs et comment nous vivons, quelles sont nos priorités et comment nous continuons à faire vivre notre héritage. »

Pour Dweck, la continuité communautaire s’exprime à travers la gastronomie.

Jeudi, elle a énuméré une liste de produits alimentaires associés au calendrier juif, depuis l’atayef – galette frite fourrée à la ricotta et servi pendant Hanoukka — jusqu’à l’helou hindi de la Pâque, ou noix de coco confite.

Lorsqu’un bébé a sa première dent, comme cela a été récemment le cas de l’un des petits-enfants de Dweck, les Juifs syriens ont offert à l’enfant de la sliha, dessert constitué de grains de blés entier et de noix.

Dweck explique que lorsque sa mère évoquait Alep, elle se souvenait des marchés de la ville où s’empilaient de riches produits, ainsi que de solides volailles et des oeufs.

“Nous n’avons pas vraiment dévié”, dit-elle. « Partout dans le monde, qu’il s’agisse de Genève, du Panama, du Brésil ou de Londres, rendez-vous chez n’importe quel membre de la communauté syrienne. Vous prendrez place à la table pour le Shabbat et vous servira exactement la même chose ».

Dweck espère que les réfugiés qui fuient Alep aujourd’hui sauront aussi préserver leurs propres recettes et leurs traditions populaires.

Malgré presque 70 ans d’hostilité entre la Syrie et Israël, Dweck indique que ses parents n’avaient que des souvenirs affectueux de ses voisins, qui apportaient des douceurs aux familles juives pour fêter la fin de Pâque.

Des décennies après, Dweck explique ressentir encore un lien avec les habitants assiégés d’Alep.

“Nous vivions dans la tolérance”, dit-elle. « Nous sommes dévastés pour cette patrie elle-même parce que c’est d’elle que nous venons. Nous ne voulons pas la voir détruite ».