Alors que les Israéliens attendent avec impatience la réaction de leur gouvernement pour le meurtre des trois adolescents, l’assassinat du jeune Palestinien de 16 ans pourrait réduire de manière significative la marge de manœuvre de Jérusalem.

Mardi soir, Benjamin Netanyahu a juré de venger le meurtre des trois adolescents israéliens. Depuis lors, l’opinion publique israélienne n’a pas entendu un mot du premier ministre sur les mesures concrètes qui il a réellement l’intention de prendre.

Son cabinet de sécurité s’est réuni trois fois depuis que les corps d’Eyal Yifrach, Gil-ad Shaar et Naftali Fraenkel ont été retrouvés lundi, pour discuter longuement de savoir comment Israël doit répondre à leur assassinat.

De nombreuses mesures fort différentes ont été soulevées : continuer la construction d’implantations ou expulser les terroristes du Hamas de Cisjordanie à Gaza. Certains ministres ont appelé à une vaste campagne militaire, y compris des assassinats ciblés de terroristes voire le renversement du régime du Hamas à Gaza. Mais aucune décision n’a été annoncée.

Dans son communiqué mardi, M. Netanyahu a fait allusion à une réponse relativement modérée, tandis que de nombreux Israéliens – dont les principaux ministres de son cabinet de sécurité – ont appelé à des mesures plus sévères.

Mais quelque chose s’est passé qui a peut-être changé la feuille de route d’Israël, ou ce qu’elle aurait pu être. (Cela dit, après qu’un désaccord féroce entre les ministres sur la façon de répondre à ces meurtres ait fuité, Netanyahou leur a demandé de maintenir le silence radio absolu sur le débat. C’est rare que rien ne s’échappe d’une réunion du cabinet, mais jusqu’à présent, les ministres ont gardé leurs bouches fermées).

Tôt mercredi matin, Mohammad Abu Khdeir, un adolescent de 16 ans, de Jérusalem Est, a été enlevé et tué. Même si la police israélienne n’a pas encore terminé son enquête, beaucoup en Israël et à l’étranger soupçonnent les tueurs d’être des juifs qui ont voulu venger les adolescents israéliens. Les condamnations internationales ont commencé à affluer presque immédiatement après que la nouvelle de la mort d’Abou Khdeir ait éclaté.

Les nombreuses déclarations – de la Maison Blanche et du Département d’Etat, de l’Organisation des Nations unies et de l’Union européenne – ont été envoyées mêlant les appels à la retenue aux expressions de condoléances, un avertissement plus ou moins explicite visant Jérusalem. Donc, une situation assez tendue avec des dirigeants du monde priant Netanyahu de ne pas jeter d’huile sur le feu.

« Ceux qui entreprennent des actes de vengeance ne font que déstabiliser une situation déjà explosive », a déclaré le secrétaire d’Etat américain John Kerry. « Le monde a trop souvent appris que la violence ne conduit qu’à plus de violence et en ce moment tendu et dangereux, toutes les parties doivent tout faire en leur pouvoir pour protéger les innocents et agir avec raison et modération, sans récrimination ni vengeance ».

Israël, bien sûr, n’aime pas qu’on lui dise ce qu’il faut faire, que ce soit Ban Ki-moon, Catherine Ashton ou encore d’autres voix appelant à la modération. Mais une réponse aussi rapide est un message clair que Jérusalem ne peut se permettre d’ignorer. Pour être sûr, le cabinet devra encore répondre, d’une manière ou d’une autre, à l’enlèvement et à l’assassinat de trois jeunes.

Il y a peu de chances que l’armée, dans les jours ou les semaines à venir, ne prenne pas des mesures en vue d’affaiblir le Hamas en Cisjordanie et à Gaza.

Mais étant donné que les Israéliens sont soupçonnés d’avoir tué un Palestinien de 16 ans, dans un acte horrible de vengeance – et que les enquêteurs israéliens sont de plus en plus convaincus qu’il s’agissait bien d’un crime haineux commis par un Juif – Netanyahu devra probablement faire preuve de retenue.

Dans les conversations privées, les personnes proches de Netanyahu ne nient pas que l’assassinat d’Abou Khdeir – que le Premier ministre a condamné – diminue quelque peu le désir de vengeance qui existait alors.

« Nous avons la capacité de frapper le Hamas fortement », a déclaré le vice-ministre de la Défense Danny Danon jeudi. Le peuple israélien est prêt à subir les conséquences à court terme d’une vaste opération israélienne contre le Hamas (c’est-à-dire des tirs de roquettes sur le sud) pour avoir le calme pendant longtemps, a-t-il affirmé.

« Le Premier ministre doit comprendre que ce qui ressort des discussions du cabinet conduit à une érosion de la dissuasion israélienne ».

En effet, plus Israël attend avant de livrer une réponse, moins elle aura la légitimité internationale de lancer une opération militaire de grande envergure. Et si l’enquête de police confirme que la mise à mort de l’adolescent palestinien était bien une initiative de vengeance, le cabinet aura du mal à lancer une réponse trop sévère.

Au lieu de cela, il semble plus probable que le gouvernement essaie d’apaiser la colère dans les rues de Jérusalem, et d’empêcher les terroristes de Gaza de tirer des roquettes sur le sud d’Israël.