Parmi tous les conseils prodigués cette semaine par les experts israéliens en aéronautique et en terrorisme, le plus concis et le plus pertinent a été celui du pilote d’Arkia et analyste militaire Reuven Pedatzur. « Plus vous vous y connaissez en aviation, moins vous devriez vous prononcer à ce stade », a-t-il suggéré au sujet du vol 370 de Malaysia Airlines, disparu depuis 11 jours.

Les pilotes ont recours à des instruments, des faits et des données. Soit l’avion sera retrouvé dans un hangar isolé quelque part dans la monde, soit les débris parleront d’eux-mêmes.

La distance entre la queue et le moteur, le degré auquel les débris se sont éparpillés, la façon dont l’avion s’est désintégré : tous ces détails révéleront ce qui est arrivé au MH 370.

Mais alors que les jours défilent, que l’on ne sait rien des passagers du vol de Malaysia Airlines, et que le Boeing 777 reste introuvable, un cas étrange, remontant au 31 octobre 1999, vient s’ajouter à l’horizon des possibilités.

Ce jour-là, un Boeing 767 en provenance de New York et à destination du Caire, avec 217 personnes à bord, a atteint une altitude de croisière de 10 000 mètres, puis a volé normalement pendant plusieurs minutes avant de chuter à vive allure pour finir sa course dans l’océan Atlantique, à quelques dizaines de kilomètres au sud de la côte de l’île de Nantucket.

De nombreuses personnes se souviennent du crash du bimoteur d’Egypt Air comme d’un accident tragique. C’est en grande partie à cause du refus obstiné de l’Égypte de regarder les faits en face.

Le National Transportation Safety Board (NTSB), une organisation américaine sérieuse et hautement qualifiée regroupant des ingénieurs et des enquêteurs professionnels, a publié son rapport final sur le crash en mars 2002.

Image illustrant un avion de la compagnie Malaysia Airlines (Crédit : CC BY Channelsking/Wikimedia Commons)

Image illustrant un avion de la compagnie Malaysia Airlines (Crédit : CC BY Channelsking/Wikimedia Commons)

Celui-ci mentionne clairement ce que les enquêteurs savaient depuis le début : le copilote, Gameel al-Batouti, avait conduit l’avion dans la mer.

« Le National Transportation Safety Board a déterminé que la cause probable de l’accident du vol 990 d’Egypt Air est la déviation de l’avion de sa croisière normale d’altitude et l’impact qui s’en est suivi dans l’océan Atlantique, en raison de la manipulation des commandes par le copilote. La raison des actions du copilote n’a pas été déterminée », pouvait-on lire dans ce rapport.

Le pilote et écrivain William Langewiesche, qui a publié le récit fulgurant et détaillé de ce meurtre de masse supposé, fait remarquer dans The Atlantic que « l’une des plus importantes divisions au monde se situe entre les nations qui réagissent bien aux accidents et celles qui réagissent mal. »

Certains pays cherchent à connaître la vérité, malgré la douleur qu’elle peut provoquer, tandis que d’autres veulent éviter cette douleur en contournant la vérité.

C’est ce qui s’est passé lors de l’accident de 1999, lorsque l’Égypte a refusé d’accepter le fait que Batouti – qui se trouvait seul dans le cockpit et a fait piquer l’avion du nez vers la mer, en répétant les mots « Je compte sur Dieu » – avait commis un acte terroriste atroce.

Dans le cas du vol 990 d’Egypt Air, les faits, d’abord précisés dans l’article de Langwiesch, puis dans le rapport de la NTSB, ont été glanés grâce à la découverte de la boîte noire et au faisceau de preuves laissées par les débris.

« Il est difficile d’imaginer que vous puissiez cacher des centaines de passagers et un avion aussi longtemps. Ce n’est pas un Cessna. »

Hillel Avihai

Le vol 370 de Malaysia Airlines reste un mystère. Aucun débris n’a été retrouvé. L’avion, un Boeing 777 de taille importante, n’a pas été aperçu et personne n’a de nouvelles de ses passagers.

Pour Hillel Avihai, chercheur au Centre interdisciplinaire de Herzliya (IDC) et titulaire d’un doctorat en terrorisme aérien, le silence prolongé permet de privilégier une piste : celle d’un crash, probablement intentionnel et probablement en mer.

« Il est difficile d’imaginer que vous puissiez cacher des centaines de passagers et un avion aussi longtemps », explique-t-il. « Ce n’est pas un Cessna » [petit avion monomoteur].

L’avion de ligne aurait à coup sûr été repéré, estime t-il, « à moins qu’un État soit derrière l’opération », auquel cas une piste d’atterrissage isolée aurait pu être préparée à l’avance. Mais quel État se donnerait autant de mal pour un avion malaisien ?

L’idée d’un acte de piraterie aérienne, ajoute Avihai, est « très sexy » et inspirerait un foisonnement de films d’action, « mais elle est très improbable. » Il semble plus plausible que des pilotes expérimentés, pour une raison ou une autre, aient fait s’écraser l’avion.

Moti Francis, qui a passé 25 ans au Shin Bet, où il a dirigé l’unité de protection du Moyen Orient, est tout sauf flatteur lorsqu’il évoque la sécurité aérienne de la Malaisie.

« Elle ne fait pas partie du gratin », explique Francis, aujourd’hui directeur du groupe de conseil en sécurité DFGM, qui doute que les pilotes aient été suivis de manière régulière ou pointilleuse.

Un ancien officier des renseignements, qui a travaillé en Asie du Sud-Est, étaye cette affirmation. Il décrit la sécurité malaisienne comme « très laxiste » et raconte avoir déjà voyagé à l’intérieur du pays sans la moindre pièce d’identité.

Il décrit la sécurité malaisienne comme « très laxiste » et raconte avoir déjà voyagé à l’intérieur du pays sans la moindre pièce d’identité

Moti Francis

Il explique que les faux passeports des deux jeunes Iraniens étaient terriblement mal faits, les passagers ayant plusieurs années de moins que l’âge indiqué sur leurs documents.

Et malgré tout, les deux hommes ont pu monter à bord.

L’ancien officier, qui s’est exprimé sous réserve d’anonymat, estime que si le terrorisme a bel et bien joué un rôle dans la disparition de l’avion, il serait intéressant de remarquer que les « musulmans de la région font un complexe d’infériorité concernant leur honorabilité islamique. »

Ce fait pourrait, selon lui, conduire un pilote désespéré à un acte de folie afin de « prouver la puissance et l’ingéniosité de l’islam local. »

Ceci étant, l’ancien officier a refusé d’évacuer l’option de pirates de l’air. « Il y a de très nombreuses pistes isolées dans la région », indique-t-il.

Une telle opération aurait pu être menée. « Le problème n’est pas que ça ne peut pas être réalisé. Mais juste que c’est incroyable si jamais c’était le cas. »