Depuis près de 70 ans, la famille de Raoul Wallenberg, ce diplomate suédois qui a sauvé des dizaines de milliers de Juifs de Hongrie, cherche désespérèment à obtenir la vérité sur sa mort dans une prison soviétique.

« Il n’y a jamais eu d’explication », répète une nouvelle fois sa belle soeur, Matilda Von Dardel, montrant à la journaliste de l’AFP les derniers courriers échangés avec Moscou.

A 91 ans, elle s’apprête à quitter la résidence suisse des bords du lac Léman de sa fille pour Washington, afin de participer mercredi avec ses deux filles à la cérémonie d’attribution de la Médaille d’or du Congrès à Raoul Wallenberg. Elle ne le rencontra en fait qu’une seule fois, avant d’épouser en 1949 son demi-frère, le physicien Guy von Dardel, décédé il y a cinq ans.

Raoul Wallenberg fut un de ces Justes qui s’est employé à sauver des Juifs de la Shoah en distribuant en 1944-1945 à Budapest des passeports de protection qui identifiaient les porteurs comme des citoyens suédois en instance de rapatriement.

Le 17 janvier 1945, le lendemain de l’entrée de l’Armée Rouge à Budapest, il est convoqué à son quartier général et disparaît. Il est vu à la sinistre prison de la Loubianka à Moscou puis les versions divergent, les témoignages non étayés se multiplient sans répondre aux questions, où, quand et comment est-il mort?

Plus les années passent moins le mystère s’éclaircit, même si la fin de l’URSS permet l’accès à des documents d’archives tronqués et si la justice russe le réhabilite à titre posthume en 2000.

Le cri de désespoir de sa famille

Dans une nouvelle lettre adressée en janvier au président Vladimir Poutine, Matilda lance un cri de désespoir: « c’est de votre ressort de mettre fin à la détresse de notre famille qui dure maintenant depuis sept décennies ».

Ces dernières lettres ne sont qu’une infime part des courriers adressés toutes ces années aussi bien au gouvernement à Moscou, mais aussi à Stockholm, Washington et à bien d’autres capitales.

Louise von Dardel, 63 ans, et sa soeur Marie Dupuy, 61 ans, les nièces du diplomate, accompagneront leur mère aux Etats Unis. Elle se souvient avec émotion d’avoir souvent vu sa grand mère Maj Wising à Stockholm dans les années 70 pleurant devant l’absence de réponses à ces lettres concernant son fils.

Les Soviétiques, puis par la suite les Russes, ont admis en 1957 sa mort en prison parlant d’une crise cardiaque survenue le 17 juillet 1947, à l’âge de 34 ans. « Comme nous n’avions pas le moindre acte officiel prouvant sa mort, nous avons continué nos recherches pour le ramener à la maison », explique Louise.

Obtenir un accés aux archives

Les quelques rares documents qui ont pu être consultés par son père à Moscou au début des années 90 puis par les chercheurs ont permis de penser que Walleberg étaient interrogé dans la Loubianka six jours après sa mort supposée.

« Nous savons que des documents existent », insiste Louise réclamant un accès aux archives pour des chercheurs qui pourraient enfin résoudre le mystère en une année.

La famille est face à un autre obstacle, l’argent. « Nous avons tout dépensé » dans cette recherche, confie Matilda.

Leur amertume vise aussi l’absence de soutien de tous ces pays qui ont salué Wallenberg comme un héros. En premier lieu la Suède qui n’a pas fait grand chose pour essayer de libérer son diplomate quand il en était encore temps et qui aujourd’hui met si longtemps à répondre aux demandes de la famille, quand elle y répond.

Même Israël n’est pas épargné par leurs reproches. Marie Dupuy se souvient d’une visite à l’époque où Ariel Sharon était Premier ministre. ‘ »Le tapis rouge a été déroulé, puis nous sommes parties, il a été enroulé et plus rien, le silence ».

Wallenberg a été fait citoyen d’honneur des Etats Unis en 1981. Le président Barak Obama avait promis en septembre dernier à sa demi soeur Nina Lagergren, qui sera aussi à Washington mercredi, d’en parler avec Poutine. La famille ne sait pas s’il l’a fait.

« Il est honoré mais en même temps personne ne s’en préoccupe », affirme Louise.

« Nous demandons que l’Humanité se mobilise pour un homme qui s’est mobilisé pour elle ».