WASHINGTON — Le mouvement réformé juif américain a signalé avoir des “inquiétudes significatives” à la perspective de voir accéder le sénateur Jeff Sessions au poste de ministre de la Justice alors que le Sénat commence ses auditions de confirmation.

“En tant qu’éminent représentant de l’application du droit au sein de la nation, le Sénateur Sessions aurait la responsabilité de mettre en oeuvre des lois sur les mêmes droits civils déterminants auxquels il s’est montré hostile au cours de plus de trente années de vie publique”, lit-on dans un communiqué émis par le rabbin Jonah Pesner, directeur du Centre d’Action religieuse, qui a indiqué s’exprimer au nom de toutes les sections du mouvement.

“Sur des questions d’importance vitale pour le mouvement réformé – le droit de vote, le droit des femmes, l’égalité des droits de la communauté LGBT et l’immigration – le Sénateur Jeff Sessions s’est livré à « des votes antérieurs et à un grand nombre de déclarations qui tirent la sonnette d’alarme », a-t-il poursuivi.

Le communiqué a cité spécifiquement les objections répétées de Session au ‘Voting Rights Act’, loi qui avait été adoptée en 1965 avec le soutien significatif du mouvement réformé.

Cette loi exigeait des états et des régions qui avaient auparavant systématiquement réprimé le vote des communautés afro-américaines de demander un réexamen du Département de la Justice avant de faire un changement substantiel, quel qu’il soit.

Le rabbin Jonah Pesner, directeur du Centre d'action religieuse du mouvement réformé. (Crédit : capture d'écran YouTube)

Le rabbin Jonah Pesner, directeur du Centre d’action religieuse du mouvement réformé. (Crédit : capture d’écran YouTube)

En 2013, dans une décision saluée par Sessions et à laquelle s’était opposé le mouvement réformé, la Cour suprême avait supprimé les restrictions exigeant un réexamen préalable, disant que cette mesure était obsolète.

Le gouvernement fédéral peut encore, par la loi, poursuivre les états pour pratiques discriminatoires mais doit dorénavant attendre la survenue des faits disciminants.

Le mouvement réformé s’est intéressé ces dernières années à une campagne qui viserait à réintroduire un mécanisme autorisant un réexamen préalable.

Le communiqué du mouvement réformé fait état d’autres inquiétudes, dont les allégations faisant état de propos racistes de la part de Sessions contre un procureur américain au début de sa carrière.

L’homme est par ailleurs connu pour son opposition au droit à l’avortement, à la remise en vigueur de la loi consacrée aux violences faites aux femmes et aux lois visant à augmenter les peines qui sanctionnent les crimes causes par la bigoterie. Il note également son soutien au raidissement des lois qui restreignent l’immigration.

Dans son témoignage lors des audiences du Sénat, qui ont commencé mardi, Sessions, qui a été le premier sénateur à soutenir le président élu Donald Trump durant les Primaires, a évoqué une partie de ces inquiétudes.

Il a expliqué qu’il avait considéré le jugement de la Cour Suprême protégeant le droit à l’avortement comme ayant force de loi, ainsi que d’autres jugements, notamment ceux qui protègent le mariage homosexuel. Il a également démenti tous les commentaires racistes qui lui étaient attribués.

Un certain nombre d’autres groupes libéraux, dont Bend the Arc, le Conseil National des Femmes Juives et Jewish Women International, avaient précédemment fait part de leur opposition à la nomination de Sessions.

Les trois groupes et un certain nombre de sections du NCJW ont écrit une lettre, lundi, aux membres du Comité Judiciaire du Sénat, recommandant vivement aux membres de ne pas confirmer Sessions à ce poste.

La lettre, initiée par la coalition de la Leadership Conference on Civil and Human Rights, a obtenu les signatures de 650 groupes nationaux et locaux.