Le Musée d’Israël fête ses 50 ans, et pour la célèbre institution, c’est l’occasion de lancer le coup d’envoi d’une année de célébrations, avec des expositions pour tous les publics.

« Ce que nous entrepris est assez unique” affirme le directeur du musée James Snyder, évoquant les grandes collections du musée d’art et d’archéologie. « Et pourtant, ça marche”.

Ce musée qui étale ses bâtiments bas et plats, construit sur une colline aride de Jérusalem en 1965, a été conçu par l’architecte Alfred Mansfeld et souhaitait évoquer l’image d’un village arabe sur une colline. Comme le rappelle Snyder, Mansfeld a reçu le Prix Israël pour son design innovant.

Le cœur du musée, a dit Snyder, ressemble à ce qu’il était 50 ans auparavant, lorsque Teddy Kollek, le maire de Jérusalem qui dirigeait avec coeur le projet du musée, avait rassemblé les dirigeants du pays pour inaugurer l’institution culturelle.

Bien sûr, Il y a eu des changements. Une rénovation à 100 000 000 $ achevée il y a cinq ans avait élargi le nombre de galeries et donné un coup de jeune. Ainsi, le nombre de visites annuelles était passé de 750 000 à un million, selon Snyder, qui fut l’ancien directeur adjoint du MoMa de New York et travaille au Musée d’Israël depuis 1997.

Cette année, les célébrations du musée comprennent quelque 14 nouvelles expositions, qui vont des expositions solos d’artistes israéliens contemporains comme « 6 Artistes / 6 Projets » jusqu’à à la collection de diaporama comme des éléments de conception de maison et des œuvres du début des années soixante dans “1965 Today”.

Notons également l’annonce d’autre expositions au cours de cette année anniversaire comme « Une brève histoire de l’humanité » qui sera une exposition de 12 objets choisis parmi tout le patrimoine du musée et illustrant l’histoire de la civilisation humaine ; ou encore « Twilight Over Berlin » avec 50 chefs-d’œuvre emblématiques de la période d’avant-garde en Allemagne dans la première moitié du 20e siècle.

Le point d’orgue de ces célébrations d’anniversaire sera l’exposition de « Sacré-Cœur » de Jeff Koons, une sculpture qui sera située à l’entrée du musée. (Lors de l’événement d’anniversaire du musée, le 11 mai, l’entrée au musée sera gratuite, et toute personne fêtant ses 50 ans le même jour se verra remettre un abonnement à vie au musée.)

Pour le moment, le musée sonne le coup d’envoi de ces festivités avec l’exposition « 6 Artistes / 6 projets “.

Les conservateurs ont passé des mois à rechercher et visualiser le travail de différents artistes israéliens contemporains afin de choisir les six vedette dans l’exposition, comme le raconte la conservateur en chef Mira Lapidot.

Trois des artistes sont photographes et vidéastes, et le travail de trois d’entre eux n’est pas lié à Israël.

Mais, comme l’affirme le conservateur Amitai Mendelsohn, c’est un signe des temps que des artistes israéliens se déplacent en dehors des limites qu’ils connaissent et osent explorer le monde extérieur.

Ainsi, on peut retrouver dans « 6 Artistes / 6 projets » les photographies panoramiques et éthérées de « Dream Gaza » par Roi Kuper.

Ses images capturent des champs cultivés, le ciel bleu et au loin, l’horizon brumeux de la bande de Gaza. Kuper, qui est né dans l’une des communautés agricoles situées à la frontière avec la bande de Gaza, raconte qu’il a commencé à photographier la série avant la guerre de l’été dernier et, est toujours aussi fasciné par le fait que la ville palestinienne paraisse si loin, alors qu’elle est juste de l’autre côté des champs.

Autre point de vue, celui de Gilad Ratman dans « cinq groupes de Roumanie ».

Son oeuvre comprend une installation audio-visuelle de cinq groupes de heavy-métal roumains jouant dans un champ, leurs amplificateurs enterrés dans une fosse creusée dans le sol.

Le concert, qui a duré deux jours, a été mis en place par Ratman. Ce dernier dit avoir été inspiré par la façon dont le heavy-métal est devenu populaire après la chute du rideau de fer, symbolisant ainsi la fin de l’ère soviétique en Europe de l’Est.

De même, « The Blue Hour » de Uri Gershuni explore la vie en dehors d’Israël, cette fois à travers le travail de l’inventeur britannique de la photographie, Sir William Henry Fox Talbot qui vécut au 19e siècle.

Gershuni a voyagé jusqu’à Lacock Abbey, où se trouve l’ancienne maison de Talbot, afin de photographier son environnement.

Puisqu’il ne pouvait pas s’offrir un second voyage, il s’est tourné vers Google Street View, pour manipuler les photos des rues du village et des habitants, et en utilisant les premières techniques photographiques. C’est pourquoi ses photos baignent dans un ton bleu brumeux, offrant un angle tout à fait unique sur la photographie et sujets.

Il y a également Dana Levy et sa « Littérature des Tempêtes ». Il s’agit d’une installation vidéo qui projette des images de l’ouragan Sandy en superposition sur des photos des années 1920 de salons Art déco, récupérées à partir d’un magazine de décoration.

L’effet est à la fois romantique et fantasmagorique, similaire à celui de son autre travail dans l’exposition : une installation art-vidéo avec pour sujet le parc national des Everglades, recouvert de lumières néon clignotantes.

Dans « Package Deal, » l’artiste Tamir Lichtenberg a examiné l’économie du monde de l’art, et ouvre son exposition atypique après une année passée à créer des vidéos, des dessins, des poèmes et des objets.

Pour son exposition, il a vendu la valeur d’un mois de travail à des collectionneurs, mécènes et institutions pour le prix d’un salaire mensuel Israélien moyen.

"Package Deal," l'artiste Tamir Lichtenberg (Crédit : autorisation)

« Package Deal, » l’artiste Tamir Lichtenberg (Crédit : autorisation)

En retour, chaque acheteur a reçu une boîte – de la taille d’un plateau de jeu – contenant les produits d’art créés par Lichtenberg au cours de ce mois. Cette année entière de travail peut être vue dans l’exposition « 6 artistes ».

Enfin, et il s’agit peut-être de la partie la plus appropriée dans l’exposition de six volets qui célèbre la place du musée comme la plus grande institution culturelle d’Israël : « le tapis de la Banque Hapoalim » de Ido Michaeli.

Il s’agit d’un tapis tissé à la main (fait à Kaboul, en Afghanistan, où les tisserands n’avaient aucune idée de la destination finale du tapis), représentant la société, l’histoire et l’art israélien, avec des images de l’art primitif israélien, des artefacts archéologiques, des emblèmes socialistes (d’où le titre de la Banque Hapoalim, se référant à la banque d’anciens travailleurs qui est aujourd’hui l’une des trois plus grandes banques du pays) ainsi que d’autres références historiques.

6 Artistes/6 Projets, du 11 février au 29 août.