Israël s’apprête à adopter un plan de 17 millions de shekels ($ 4,4 millions de dollars) pour réhabiliter les zones dans le sud du pays dévastées il y a quelques semaines par une immense fuite de pétrole, considérée comme le pire désastre écologique dans l’histoire du pays.

Le plan viserait à réparer les dommages causés au désert de la Arava et à la réserve naturelle Evrona, où quelques cinq millions de litres se sont déversés le 4 décembre dernier d’un oléoduc endommagé.

Le vice-ministre de la Protection de l’environnement Ofir Akunis a déclaré jeudi que le plan sera présenté dimanche au cabinet pour approbation. .

Il a dit que l’Eilat Ashkelon Pipeline Company (EAPC), propriétaire de l’oléoduc endommagé qui a causé le déversement, devra aussi payer pour les efforts de réstauration, en plus de la contribution de l’Etat aux efforts de nettoyage.

Selon le plan, la high-tech sera utilisée pour réhabiliter le sol pollué et traiter la faune en voie de disparition touchée par la fuite, y compris la construction de ponts pour les animaux sur la Route 90. Des études environnementales examineront les conséquences de la nappe petrolière dans le désert de la Arava et dans le Golfe d’Eilat.

Le ministère de la Protection de l’environnement devra également acheter des nouveaux équipements destinés à mieux répondre aux situations d’urgence.

La proposition comprend également la création d’une équipe d’experts qui sera chargée de surveiller les progrès des efforts de réhabilitation.

En outre, une équipe spécialisée sera créée pour enquêter sur les aspects environnementaux des activités terrestres et maritimes de l’EAPC, et examinera la possibilité d’ouvrir au grand public la plage privée de l’EAPC à Eilat dans laquelle il se trouverait une faune marine rare.

« Il s’agit d’une réponse initiale et immédiate pour le préjudice causé à l’ensemble du public ainsi qu’à la faune et à la flore dans la région de la Arava. Nous allons appliquer envers l’EAPC le principe « les pollueurs seront les payeurs », a déclaré Akunis dans un communiqué.

La loi pollueurs-payeurs permet une incarcération des pollueurs jusqu’à 3 ans et l’imposition d’amendes pouvant aller jusqu’à 2,4 millions de shekels.

Mais Akunis n’a pas été précis sur les mesures qui seraient prises à l’encontre de l’EAPC.

L’Union Israélienne pour la Défense de l’Fnvironnement, une organation de défense de l’environnement, a attaqué la proposition d’Akunis, affirmant que le gouvernement avait cédé à l’EAPC au lieu de les tenir pour responsables.

Amit Bracha, le directeur de l’organisation, a déclaré jeudi aux informations de Deuxième chaîne que « Le plan est le résultat de manoeuvres en coulisses de l’EAPC, qui a réussi à contraindre le gouvernement à approuver une proposition imprudente en réponse à la plus grande catastrophe écologique qu’Israël n’ait jamais connue ».

« Plutôt que d’exiger que l’EAPC paye pour la réhabilitation de la zone, l’argent proviendra de la poche du contribuable», a déclaré Bracha, ajoutant que l’absence de mesures punitives conduira à une « catastrophe similaire ou même plus grave. »

Un porte-parole de l’EAPC a déclaré que l’oléoduc Trans-Israël, qui facilite le transport de pétrole brut entre l’Europe et l’Asie, a éclaté en raison d’une « erreur technique ».

Les données envoyées par l’EAPC au ministère de Protection de l’environnement peu de temps après la fuite ont montré que près de 5 millions de litres de pétrole brut ont été déversés.

Plus de 80 personnes ont été traitées pour des problèmes médicaux des deux côtés de la frontière israélo-jordanienne, le pétrole brut ayant inondé la route 90 menant à Eilat. La grande majorité de ceux qui furent initialement touchés sont en Jordanie.

L’Eilat Ashkelon Pipeline Company a été créée en 1968 comme une entreprise commune israélo-iranienne devant conduire le pétrole asiatique de Eilat vers l’Europe via un réseau de pipelines qui relient Eilat et Ashkelon jusqu’à Haïfa tout le long d’Israël. Selon le site internet de la société, l’EAPC exploite 750 kilomètres d’oleoducs en Israël.

Lorsque les relations entre Israël et l’Iran se sont détériorées, ce dernier partenaire a abandonné l’accord et l’entreprise est aujourd’hui dirigée uniqueement par Israël.

Selon le quotidien Yedioth Ahronoth, les pipelines de la société pétrolière ont subi une série de fuites contaminantes au cours des huit dernières années.

En 2007, quelque 40 tonnes de pétrole se sont échappés d’un tuyau à proximité de Tirat HaCarmel dans le nord du pays. En 2011, un tracteur travaillant sur un projet l’EAPC a frappé l’un des pipelines de la société libérant 1,5 million de litres de kérosène dans le fleuve Nahal Zin dans le sud du pays.

Quelques semaines plus tard, un autre tracteur de la société a frappé le même tuyau à peine un demi-kilomètre plus loin provoquant une autre fuite.

En 2012 la fuite d’une canalisation de l’EAPC près du Carrefour Givati dans la région d’Ashkelon a nécessité la suppression de quelque 2 000 tonnes de sols contaminés.

On peut aussi citer la rupture d’une canalisation près de Poleg en 2008, et les fuites de pétrole dans la mer en 1998 et en1999 et celle de 2002 pour laquelle la société a enfin été condamnée à payer une amende de 100 000 shekels

Il y a huit mois il y eut une autre fuite dans une installation à Eilat.

Yedioth Ahronoth a rapporté que jusqu’à présent, aucun individu n’avait été traduit en justice pour cette série de fuites.