Plus de trois millions de Syriens ont fui la guerre civile qui ravage leur pays et sont devenus des réfugiés, dont un million au cours de la seule année 2013, a annoncé vendredi l’ONU.

« La crise des réfugiés syriens s’aggrave. Elle franchit aujourd’hui un nouveau cap avec le chiffre record de trois millions de personnes » déplacées, a annoncé le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (UNHCR) dans un communiqué en ajoutant que cette donnée n’incluait pas les centaines de milliers d’autres Syriens qui ont fui le pays mais ne se sont pas fait enregistrer comme réfugiés.

Il y a moins d’un an, le nombre de réfugiés syriens enregistrés s’élevait à deux millions, selon le UNHCR qui a fait état de rapports « sur les conditions de plus en plus épouvantables à l’intérieur du pays » pour expliquer cette hausse spectaculaire.

Il dépeint « des villes où la population est encerclée, les gens sont affamés et les civils pris pour cibles ou tués sans discrimination ».

Le conflit de plus en plus complexe, qui fait rage en Syrie, s’est soldé par la mort de plus de 191 000 personnes depuis son déclenchement en mars 2011.

Outre les réfugiés, la violence s’est également traduite par 6,5 millions de déplacés à l’intérieur du pays, ce qui signifie que près de 50 % de tous les Syriens ont été contraints de quitter leurs domiciles, indique le UNHCR.

Plus de la moitié de ceux qui ont été déracinés sont des enfants, regrette le UNHCR.

La plupart des réfugiés syriens ont trouvé refuge dans les pays voisins, le Liban accueillant 1,14 million d’entre eux, la Jordanie 608 000 et la Turquie 815 000.

La pression sur les économies, les infrastructures et les ressources des pays hôtes est « énorme », souligne le UNHCR, ajoutant que près de 40 % des réfugiés vivent dans des abris de qualité médiocre.

Il s’agit de la plus large opération menée par l’agence en 64 ans d’existence.

« La crise syrienne est devenue la plus grande urgence humanitaire de notre époque. Pourtant le monde ne parvient pas à répondre aux besoins des réfugiés et des pays qui les accueillent », a déclaré dans un communiqué Antonio Guterres, directeur de l’UNHCR.

« La réponse à la crise syrienne a été généreuse mais la triste vérité est que nous sommes encore loin de pouvoir répondre à la demande », a-t-il ajouté.

Des donateurs ont réuni 4,1 milliards de dollars pour aider ceux qui étaient affectés par ce conflit. Selon l’UNHCR, il manquerait 2 autres milliards d’ici la fin de l’année pour répondre aux besoins urgents des réfugiés.

David Miliband, ancien chef de la diplomatie britannique et qui dirige l’International Rescue Committee (IRC), a été prompt à réagir à ce nouveau décompte de réfugiés.

« Les trois millions de réfugiés du conflit syrien sont autant de chefs d’accusation de la brutalité du pouvoir, de la violence de l’opposition et de l’échec international », a-t-il dit dans un communiqué.

« Ce record épouvantable doit autant générer une action que de la colère », a-t-il ajouté en appelant à déployer « des efforts accrus » pour réduire la souffrance des civils en Syrie.

L’UNHCR a en outre dénoncé « le nombre croissant de familles qui arrivent (dans les pays limitrophes) dans un état de choc, d’épuisement, de peur et de dénuement ».

« La plupart sont en fuite depuis une an ou plus, allant de village en village avant de se résoudre à la décision ultime de quitter » leur pays, poursuit l’UNHCR en précisant que pour un réfugié syrien sur huit, cette décision reste celle de la dernière chance.

La moitié de ceux qui sont partis au Liban ont fui leur lieu de résidence au moins une fois avant de franchir la frontière. Dans un cas sur dix, ce scénario s’est répété trois fois. Une femme a même raconté avoir pris la fuite vingt fois avant d’arriver au Liban.

Plusieurs signes préoccupants montrent qu’il est de plus en plus périlleux de quitter la Syrie, selon l’agence.

Beaucoup sont contraints de soudoyer des hommes armés à des points de passage le long de la frontière. Ceux qui traversent le désert pour se rendre en Jordanie sont obligés de payer des sommes démesurées à des passeurs afin d’assurer leur sécurité.

L’agence exprime aussi son inquiétude face aux centaines de Syriens coincés dans le camp isolé d’al-Obaidi, en Irak. Les représentants de l’ONU et d’autres organisations ont en effet été contraints de quitter ce secteur désormais sous le contrôle des djihadistes de l’Etat islamique.

« Des partenaires nationaux continuent de fournir des vivres et des produits de première nécessité, mais la situation est instable », met en garde l’UNHCR.