Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a présenté mardi devant le Conseil de sécurité sa vision pour l’organisation internationale : revitaliser son rôle en menant une diplomatie plus affirmée et orientée vers la prévention des conflits.

« Nous avons besoin d’une toute nouvelle approche », a estimé l’ancien Premier ministre portugais et ex-Haut commissaire de l’ONU aux réfugiés (HCR), s’exprimant pour la première fois devant le Conseil depuis son entrée en fonctions le 1er janvier.

Selon lui, trop de temps et de ressources sont consacrés au sein de l’ONU à gérer les crises plutôt qu’à les prévenir. « Les populations payent un prix trop élevé », a-t-il regretté.

Il a fait part de son intention de lancer une initiative pour favoriser la médiation dans le cadre de son engagement à « doper la diplomatie pour la paix », sans toutefois fournir de détails.

Dans un message diffusé à l’occasion du Nouvel An et de son entrée en fonctions, Guterres avait dit vouloir faire de 2017 « une année pour la paix ».

Antonio Guterres, alors Haut Commissaire aux réfugiés des Nations unies pendant une conférence de presse à Genève, le 3 août 2012. (Crédit : U.S. Mission Photo by Eric Bridiers — Flickr/Domaine public/Wikimedia Commons)

Antonio Guterres, alors Haut Commissaire aux réfugiés des Nations unies pendant une conférence de presse à Genève, le 3 août 2012. (Crédit : U.S. Mission Photo by Eric Bridiers — Flickr/Domaine public/Wikimedia Commons)

Mais il va devoir œuvrer avec un Conseil de sécurité profondément divisé, incapable de s’accorder notamment pour mettre fin aux six années de guerre civile en Syrie qui ont fait plus de 310 000 morts.

Selon lui, l’ordre international « est sous une menace sérieuse » et la gestion onusienne des crises mondiales est « fragmentée ».

Son implication dans les grands dossiers devrait être plus directe que son prédécesseur Ban Ki-moon, qui laissait une grande partie de ce travail à ses envoyés spéciaux.

Opportunités perdues

« Beaucoup trop d’opportunités de prévention [des conflits, NDLR] ont été perdues parce que les états membres doutaient des motivations des uns et des autres, et à cause d’inquiétudes concernant la souveraineté nationale », a poursuivi Guterres lors d’un débat sur la prévention des conflits mené par la ministre suédoise des Affaires étrangères, dont le pays assume ce mois-ci la présidence du Conseil.

« Aujourd’hui, nous devons faire preuve de leadership et renforcer la crédibilité et l’autorité des Nations unies en mettant la paix au premier plan », a-t-il affirmé.

Le président élu américain Donald Trump réponds au journaliste le 28 décembre à Mar-a-Lago, à Palm Beach en Floride, le 28 décembre 2016. (Crédit : AFP/Don Emmert)

Le président élu américain Donald Trump réponds au journaliste le 28 décembre à Mar-a-Lago, à Palm Beach en Floride, le 28 décembre 2016. (Crédit : AFP/Don Emmert)

Ses plans pour redynamiser l’ONU pourraient être compliqués par le futur président américain Donald Trump, dont les intentions en matière de politique étrangère sont encore très floues.

Les deux hommes ont eu la semaine dernière une conversation téléphonique qualifiée de « très positive » par un porte-parole de l’ONU. Trump avait qualifié les Nations unies de « club de gens qui se rencontrent et passent du bon temps ».

Donald Trump a également promis que « les choses changeront à l’ONU après le 20 janvier », date de sa prise de fonctions, en réaction au vote par le Conseil de sécurité d’une résolution demandant l’arrêt de la colonisation israélienne dans les Territoires palestiniens.

Mais le discours de Guterres sur une nécessaire réforme des Nations unies peut aussi séduire le nouvel occupant de la Maison Blanche.

‘Faire mieux’

Parmi ses premières décisions, le nouveau secrétaire général a annoncé la création d’un comité pour prendre à bras-le-corps le problème des abus sexuels par des Casques bleus. De quoi séduire les républicains, toujours très réticents au financement des opérations de maintien de la paix de l’ONU.

Antonio Guterres doit participer jeudi à Genève à une Conférence sur Chypre à laquelle assisteront des représentants des trois pays « garants » de la sécurité de l’île : la Grèce, la Turquie et le Royaume-Uni, ex-puissance coloniale.

Il prévoit aussi de rencontrer la semaine prochaine le président chinois Xi Jinping. La Chine fait partie des contributeurs les plus généreux pour le maintien de la paix et son engagement auprès de l’ONU ne cesse de se renforcer.

L'ambassadrice des Etats-Unis aux Nations unies, Samantha Power devant le Conseil de sécurité après s'être abstenu sur une résolution anti-implantations, le 23 décembre 2016. (Crédit : capture d'écran Nations unies)

L’ambassadrice des Etats-Unis aux Nations unies, Samantha Power devant le Conseil de sécurité après s’être abstenu sur une résolution anti-implantations, le 23 décembre 2016. (Crédit : capture d’écran Nations unies)

L’ambassadrice des Etats-Unis Samantha Power a fait mardi la liste des nombreux conflits déchirant la planète (Syrie, Soudan du Sud, Yémen, Libye, République démocratique du Congo, Burundi, Nigeria, Mali).

« Il est évident qu’en tant que Conseil, nous pouvons faire mieux », a dit celle qui doit quitter son poste le 20 janvier, en décochant des piques à la Russie accusée de « piétiner » la souveraineté de l’Ukraine et de soutenir le président syrien Bashar el-Assad.

L’ambassadeur russe Vitali Tchourkine a répliqué en affirmant que les Américains avaient provoqué le chaos au Proche Orient avec leur intervention en Irak, leur campagne contre le groupe Etat islamique et la « destruction » de l’état en Libye.

Le secrétaire d’Etat français au Commerce extérieur Matthias Fekl a rappelé que Paris souhaitait limiter le droit de veto des pays impliqués dans des conflits présentant un risque d’atrocités de masse.

« Ce Conseil doit être en mesure d’agir quand c’est nécessaire », a-t-il dit.