Voici Salmane Ben Abdel Aziz, le nouveau roi d’Arabie saoudite. Héritier du trône, le souverain de 79 ans était déjà de facto le gouverneur de la nation ces dernières semaines, tandis que l’état de santé de son frère Abdallah s’aggravait, l’empêchant d’exercer ses fonctions royales.

Plus récemment, Salmane occupait la fonction de ministre de la Défense, mais reste surtout connu dans le royaume comme le gouverneur de la province de Riyad, un poste qu’il a occupé pendant 40 ans. Il est l’un des 45 fils du fondateur du royaume, Abdulaziz Ibn Saud, et le sixième à hériter du trône après la mort de ses prédécesseurs.

Son frère, le prince héritier Moqren, le prochain sur la liste, est plus jeune que lui de dix ans.

Salmane a également servi en tant que secrétaire général de la famille royale. Il gérait ses affaires tranquillement et discrètement, loin des médias et du public.

Le roi Salmane ne devrait pas opérer de changements dramatiques dans les politiques étrangères et de défense de l’Arabie saoudite.

C’est un décisionnaire central au sein du royaume depuis qu’il a été nommé héritier du trône en 2012. Il a organisé des réunions de haut niveau avec les dirigeants arabes tels que le président égyptien Abdel Fattah El-Sissi pendant cette période, et était impliqué dans la formation du camp sunnite modéré du Moyen-Orient.

Avec Sissi, le roi Abdallah II de Jordanie et même Mahmoud Abbas de l’Autorité palestinienne, Salmane pourrait tenter de freiner la progression du camp sunnite radical d’une part (l’Etat islamique, al-Qaïda) et du camp chiite, de l’autre.

Aucune de ces tâches ne sera facile. La veille de la mort d’Abdallah, les Houthis au Yémen terminaient leur prise de contrôle de facto sur la majorité du pays. Cette mesure signifie une présence chiite (même si les Houthis sont des chiites zaïdistes, différents des chiites iraniens) à la frontière sud de l’Arabie saoudite, avec un fort soutien économique et militaire de Téhéran.

L’Iran, le plus grand ennemi de l’Arabie saoudite, mettra en place une base de soutien au sud du royaume le jour où le roi Salmane s’installera sur le trône. Il est évident que le nouveau roi devra affronter des défis dans les jours et les semaines à venir. Les Iraniens pourraient faire tout leur possible pour compliquer son règne sur le royaume.

Même si un nouveau régime s’installe au Yémen, qui comprendrait les sunnites et les Houthis, ces derniers sont susceptibles de mener la danse et de permettre aux Gardiens de la révolution iraniens d’opérer dans le pays.

Cela rendra la vie de tous les pays appartenant au camp modéré – et surtout des Emirats arabes unis – beaucoup plus difficile. L’éviction du président yéménite Abd Rabbo Mansour Hadi suscite la peur du chaos dans le sud du Yémen. Quatre provinces du sud ont annoncé qu’elles ne se rendront pas, malgré l’avènement d’un nouveau régime à Sanaa. Même si elles sont éloignés de la frontière saoudienne, cela aura des conséquences pour le trafic de marchandises dans le golfe Persique et la mer Rouge et a d’ores et déjà ouvert la voie à une activité accrue d’Al-Qaïda dans la moitié du pays.

Le président sortant a également permis aux États-Unis d’agir contre Al-Qaïda au Yémen, et rien n’est moins sûr que le nouveau régime dirigé par les Houthis poursuivra cette politique. Ce sont là de très mauvaises nouvelles, en particulier pour l’Arabie saoudite.

Une autre question sur laquelle le roi Salmane devra se pencher est le prix du pétrole. Riyad a refusé d’augmenter les prix au cours des derniers mois. Il les a même fait baisser. Le royaume voulait empêcher la concurrence dans le domaine de l’énergie, venant de sociétés américaines spécialisées dans la séparation de l’huile de gaz.

Le résultat fut un coup porté à l’économie iranienne, même sans sanctions occidentales supplémentaires. La question est de savoir si Salman changera la politique saoudienne sur la production de pétrole. Quelques heures après l’annonce de la mort du roi Abdallah, le prix du pétrole a grimpé.

Et qu’en est-il d’Israël ? Jérusalem ne doit pas retenir son souffle dans la perspective d’une visite royale. Le roi Salmane pourrait continuer de promouvoir la politique qui a prévalu au cours des deux dernières années, selon laquelle la reconnaissance qu’Israël est une partie importante de la guerre contre l’axe sunnite radical et le camp chiite.

De temps en temps, nous entendons parler de réunions secrètes entre responsables israéliens et saoudiens et ceux du Golfe. Il est probable que Salmane maintiendra ce canal ouvert et même le développera peut-être.