Le pape François adhère à une politique d’« équilibre total » en ce qui concerne le conflit israélo-palestinien, a déclaré mercredi à Jérusalem, son ami le rabbin Abraham Skorka, mais il a noté que le dépôt prévu d’une couronne de fleurs par François sur la tombe de Theodor Herzl va être « un acte significatif ».

Quatre jours avant l’arrivée du pontife dans la région, Skorka rejette les comptes-rendus selon lesquels le pape utilisera ses discours en Israël, en Jordanie et dans les territoires palestiniens pour reconnaître « la Palestine» et appeler à la fin de « l’occupation » de la Cisjordanie.

Le Pape François lui-même a qualifié mercredi son prochain voyage comme étant « strictement religieux » et visant à prier pour la paix dans la région.

« Il va essayer de rester équilibré », a déclaré Skorka, le recteur du Seminario Rabinico latinoamericano de Buenos Aires, qui s’est lié d’amitié avec le pape il y a des années quand il était encore le cardinal Jorge Bergoglio.

Mgr Giuseppe Lazzarotto, envoyé en chef diplomatique du Saint-Siège en Israël, a également rejeté l’idée que le pape pourrait faire des déclarations politiques controversées au cours de ses deux jours en Israël et dans les territoires palestiniens.

« La visite n’est absolument pas politique», le nonce apostolique a déclaré au Times of Israel lors d’une visite au Mont Herzl, où, avec le personnel du ministère des Affaires étrangères, il a inspecté le site avant la visite prévue du pape lundi.

François déposera une gerbe sur la tombe de visionnaire sioniste de Herzl.

Le site officiel du Vatican de la visite en Terre Sainte liste une « visite de courtoisie au Président de l’Etat de la Palestine » pour dimanche, et selon l’AP les artisans de la Cisjordanie « sont en train de façonner une croix avec des morceaux de ciment de la barrière [de sécurité] d’Israël pour que le président palestinien puisse le donner au pape ».

Un site web israélien cite des sources qui disent que le pape lui-même se considère comme « le Che Guevara des Palestiniens » et qu’il cherchera à soutenir leur «lutte et leurs droits» lors de sa visite. «Il prend un hélicoptère directement à partir de la Jordanie pour aller en Palestine – à Bethléem. C’est une sorte de signe de reconnaissance de la Palestine », cite-t-on le Père Jamal Khader du patriarcat latin de Jérusalem.

Skorka a été invité, avec l’imam Omar Abboud, un chef de file de la communauté musulmane d’Argentine, à rejoindre le pape pendant son voyage. « Ce sera la première fois que des non-chrétiens voyagent dans l’avion du pape » raconte Skorka en espagnol, par la voie de son interprète.

S’exprimant lors d’un événement organisé par le Jerusalem Press Club, Skorka a noté que la visite de François sur la tombe Herzl et du Mont Herzl pourrait être interprétée comme une salutation au sionisme.
« C’est un acte significatif », a déclaré Skorka.

« Il comprend l’importance de la terre d’Israël et l’Etat d’Israël pour le peuple juif». Les deux derniers papes qui ont visité Israël – Jean-Paul II en 2000 et Benoît XVI en 2009 – n’ont pas visité la tombe de Herzl. (Le premier pape à visiter [ce site], Paul VI en 1964, a résolument refusé de reconnaître qu’il était en Israël.)

Le pape vient pour envoyer un message de paix et de compréhension entre les religions, explique Skorka, ajoutant que le fait qu’il ait demandé à un rabbin et un imam de se joindre à lui souligne sa conviction que l’unité et la paix peuvent être atteints.

Le pape sera rejoint par les deux ecclésiastiques pour une prière commune au Mur occidental, lundi, a noté le rabbin.

Les liens étroits de François avec les Juifs d’Argentine sont assez bien connus.

En septembre 2013, Skorka a passé une semaine à la Maison Sainte-Marthe, une résidence papale au Vatican.

Les deux sont également co-auteurs d’un livre, Le Ciel et la Terre, et ont prié sur les chaires de l’un et de l’autre.

Skorka explique qu’il ne se souvenait pas exactement comment ses conversations avec Bergoglio ont commencé, mais les deux ont appris à se connaître à travers les événements religieux de la ville.

Skorka a écrit des articles sur les questions interreligieuses pour un journal que lisait le cardinal.

Face à face, ils se taquinaient l’un et l’autre sur les équipes de football dont ils étaient fans.

Mais plus que cela, Skorka raconte qu’ils étaient unis dans leur tentative d’atteindre les personnes qui étaient tombées loin de leurs propres religions et à la place adoraient ce que le rabbin appelle les « idoles » de l’argent, le pouvoir et le sexe.

Le sécularisme croissant a frappé à la fois l’Église catholique et la communauté juive d’Amérique latine.

L’église a également perdu beaucoup de paroissiens au profit des mouvements pentecôtistes populaires.