Le vendredi à Amman en Jordanie, le samedi quelques heures à Bethléem dans « l’Etat de Palestine » que le Saint-Siège a reconnu, puis à Jérusalem…

Vingt étapes, quinze discours, un marathon dans un dédale politique et religieux, au milieu de mesures de sécurité maximales pour empêcher tout risque d’attentat contre un pape qui aime le contact avec les foules.

C’est entouré d’un rabbin et d’un professeur musulman, Abraham Skorka et Omar Abboud, vieux amis de Buenos Aires, que le pape — le quatrième à se rendre en Terre sainte — va dans le berceau du christianisme: un symbole de l’importance du dialogue religieux pour ce pape qui espère que la compréhension entre les trois religions monothéistes peut rapprocher les politiques.

Le Vatican a déjà indiqué que le moment le plus fort devait être dimanche sur le lieu du tombeau du Christ à Jérusalem : une prière entre le pape et les patriarches des Eglises catholiques et orthodoxes d’Orient.

Alors que des Eglises de Jérusalem lui auraient conseillé de différer son voyage, François a choisi l’année 2014 pour relancer l’élan oecuménique insufflé il y a cinquante ans par Paul VI et le patriarche de Constantinople Athénagoras qui s’étaient rendus ensemble à Jérusalem. Il devrait être accompagné par le successeur d’Athénagoras, le patriarche Bartholomée.

Mais que représente parmi les orthodoxes le prestigieux patriarcat de Constantinople avec ses quelques milliers de fidèles, face aux Eglises orthodoxes plus puissantes, à commencer par l’Eglise russe ?

La crise ukrainienne a contribué à rendre encore plus difficiles les relations entre orthodoxes et catholiques, le Vatican étant soupçonné par les pro-Russes d’être trop favorable à Kiev.

Sur le terrain, l’échec prévisible des négociations israélo-palestiniennes parrainées par les Etats-Unis laisse peu d’espoir à un règlement prochain. Le pape ne peut qu’appeler à leur reprise.

Les Palestiniens, y compris chrétiens, seront aussi attentifs à ce que ce pape très social dira sur le mur de séparation, les implantations ou le sort des réfugiés.

Côté israélien, on est déçu par la brièveté du séjour. La visite se déroulera sous haute sécurité dans la Vieille ville de Jérusalem, où le pape circulera à l’écart des foules : un format qu’il n’aime pas.

Peut-être qu’Israël ne verra pas d’un bon oeil que François arrive d’Amman à Bethléem en hélicoptère sans passer par l’aéroport de Tel Aviv, ou que sa principale messe ait lieu à Bethléem, en zone autonome palestinienne.

Le temps dévolu à Jérusalem — 28 heures — est relativement important, mais en grande partie consacré à des rencontres religieuses et aux lieux saints, chrétiens mais aussi musulmans.

Une étape au Mur Occidental est prévue, et une visite au mémorial de l’Holocauste au Yad Vashem a été rajoutée. Le pape rencontrera brièvement le Premier ministre Benjamin Netanyahu et le président Shimon Peres, comme auparavant le roi Abdallah de Jordanie et le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas.

Des actes de vandalisme anti-chrétiens et anti-musulmans attribués à des juifs extrémistes inquiètent les Eglises locales et entretiennent la tension.

Significativement, François, attentif aux plus marginalisés, rencontrera deux fois en trois jours des réfugiés: syriens en Jordanie, et palestiniens, à côté de Bethléem.

Au bord du Jourdain, le premier soir en Jordanie, il devrait lancer un appel pour les victimes de la guerre en Syrie.

La venue du patriarche maronite libanais Bechara Raï à Jérusalem fait aussi des vagues au Liban, suscitant le mécontentement du mouvement chiite Hezbollah. C’est la première fois qu’un patriarche maronite met les pieds en Israël, pays encore officiellement en guerre avec le Liban depuis 1948.

La première étape en Jordanie permettra au pape de mettre l’accent sur la dimension régionale et interreligieuse. Les souverains hachémites sont de solides défenseurs des chrétiens en difficulté dans la région, se félicite-t-on au Vatican.

Le roi Abdallah était venu le mois dernier prendre le thé avec ce pape qu’il admire. Selon des sources informées, cette visite avait pour but d’apaiser un certain mécontentement de la Maison royale, déçue que François n’ait pas le temps d’un déjeuner avec les souverains.

Un voyage trop rapide

Chacun le déplore, à commencer par les Arabes chrétiens de Nazareth, ville de l’enfance du Christ en Galilée que François ne visitera pas, au contraire de ses prédécesseurs.

Pourquoi François semble-t-il si pressé ?

« Au Vatican, ils ont pris le parti de mécontenter tout le monde, pour éviter toute récupération », estime sous le couvert de l’anonymat une source proche du dossier.