Le pape François a reçu samedi en audience privée au Vatican le président de l’Autorité palestinienne (AP) Mahmoud Abbas, qui a ensuite inauguré l’ambassade palestinienne auprès du Saint-Siège.

La représentation diplomatique palestinienne se trouve dans un immeuble face au Vatican, qui abrite déjà les ambassades du Pérou et du Burkina Faso auprès du Saint-Siège.

Dans un communiqué publié ultérieurement, Abbas a remercié le Vatican pour le rôle qu’il joue dans l’obtention d’une « paix juste et durable en Terre Sainte » et pour l’ouverture de l’ambassade.

Il a ajouté que les Palestiniens étaient « fiers d’être le lieu de naissance du christianisme et de compter l’une des plus anciennes communautés chrétiennes au monde. »

En s’adressant brièvement aux journalistes devant l’immeuble, Abbas a réitéré son opposition au transfert de l’ambassade américaine en Israël de Tel Aviv à Jérusalem.

« On ne peut encore rien dire car cela ne s’est pas encore produit, mais si cela se produisait, ça n’aiderait pas le processus de paix. J’espère que cela ne se produira pas », a déclaré Abbas qui s’exprimait en arabe.

Le président américain élu Donald Trump à Bâton rouge, en Louisiane, le 9 décembre 2016. (Crédit : Don Emmert/AFP)

Le président américain élu Donald Trump à Bâton rouge, en Louisiane, le 9 décembre 2016. (Crédit : Don Emmert/AFP)

Le président élu américain Donald Trump a promis durant sa campagne électorale de reconnaître Jérusalem comme la capitale d’Israël et de déplacer l’ambassade américaine de Tel Aviv à Jérusalem.

Il romprait ainsi avec la politique historique des Etats-Unis qui est aussi celle de la très grande majorité de la communauté internationale, pour qui le statut de Jérusalem, également revendiquée par les Palestiniens comme capitale de leur futur état, doit se régler par la négociation.

Dans un communiqué publié ultérieurement, Abbas affirme « tendre la main au président élu Trump pour coopérer afin de parvenir à la paix basée sur les lois internationales ».

« Toute tentative de légitimer l’annexion illégale par Israël de la ville [Jérusalem] détruira les perspectives d’un processus politique, mettra un terme aux espoirs d’une solution fondée sur deux états et apportera de l’eau au moulin de l’extrémisme dans notre région et dans le monde », poursuit le communiqué.

Ce projet de transférer l’ambassade pourrait être « extrêmement lourd de conséquences », a averti dimanche le chef de la diplomatie française, Jean-Marc Ayrault.

« Je crois qu’il [Trump] sera dans l’impossibilité de le faire », a estimé Ayrault sur la chaîne télévisée France 3. « Ce serait extrêmement lourd de conséquences […]. Quand on est président des États-Unis, sur cette question on ne peut pas avoir une position aussi tranchée, aussi unilatérale, il faut chercher à créer les conditions de la paix », a-t-il ajouté.

Abbas a par ailleurs salué « le rôle du président [français François] Hollande et du gouvernement français » dans l’organisation de la conférence internationale qui réunit dimanche à Paris 75 pays pour discuter des moyens de parvenir à la paix au Proche Orient.

« Nous invitons tous les participants à prendre des mesures concrètes pour appliquer la loi internationale et les résolutions de l’ONU », a ajouté Abbas, cité par le communiqué.

Abbas avait rencontré auparavant pendant une vingtaine de minutes le pape François qui l’a accueilli chaleureusement.

L'entrée de l'église du Saint-Sépulcre, à Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

L’entrée de l’église du Saint-Sépulcre, à Jérusalem. (Crédit : Shmuel Bar-Am)

Parmi les cadeaux échangés, Mahmoud Abbas a offert au pape une pierre provenant de l’église du Saint-Sépulcre à Jérusalem, selon Greg Burke, directeur du Bureau de presse du Saint-Siège.

Selon un communiqué de l’AP, Abbas et le pape François ont discuté de leurs relations bilatérales, et de l’engagement de l’AP à « la liberté de culte et notre soutien aux travaux des églises en Palestine, la Terre Sainte. »

Un communiqué du Vatican a par la suite « exprimé l’espoir que des négociations directes entre les deux parties puissent reprendre afin de mettre un terme à la violence qui cause des souffrances inacceptables aux populations civiles et de parvenir à une solution juste et durable. »

« Il est souhaitable de prendre des mesures, avec le soutien de la communauté internationale, favorisant la confiance réciproque et contribuant à créer un climat permettant de prendre des décisions courageuses en faveur de la paix », selon la même source.

Cette audience privée représentait la troisième rencontre entre le pape et Abbas, après la visite de 2014 du souverain pontife en Israël et dans les territoires palestiniens et la venue d’Abbas au Vatican en 2015 pour la canonisation de deux religieuses palestiniennes.

Les relations entre le Vatican et les autorités palestiniennes avaient franchi une nouvelle étape en 2015 avec la signature d’un accord qui a abouti à la création d’une ambassade palestinienne auprès du Vatican.

Cet accord, qui est intervenu deux ans après la reconnaissance par le Vatican de la Palestine en tant qu’Etat, a provoqué la colère d’Israël, qui a aussi peu apprécié que le pape ait qualifié Abbas d' »ange de la paix » lors de leur rencontre en mai 2015.