Le débat du parlement écossais, lundi, sur la reconnaissance d’un Etat palestinien comme moyen pour relancer les négociations de paix a attiré d’acerbes condamnations de Jérusalem. Notant que la réunion s’est tenue à la veille du Jour du souvenir en Israël, un responsable israélien l’a qualifiée d’ « inutile » et « honteuse ».

Le parlement d’Edimbourg n’a pas voté au terme d’une session à laquelle assistaient peu de députés. Pourtant, la plupart des orateurs ont soutenu la motion, plusieurs d’entre eux accusant Israël d’exercer un régime « d’apartheid » et de pratiquer des politiques « inhumaines » vis-à-vis des Palestiniens.

Selon la motion, proposée par la députée de Glasgow Sandra White, le parlement « estime que la reconnaissance de l’Etat de Palestine aux côtés de l’Etat d’Israël, sur la base des frontières de 1967, pourrait être un stimulus pour obtenir une solution négociée à deux Etats au Moyen-Orient et prend en compte l’avis de nombreux Israéliens et Palestiniens vivant à Glasgow, dans le reste de l’Écosse et au-delà, selon lesquels cette résolution via des moyens pacifiques est la seule option ».

Habituellement, les débats des membres du parlement écossais durent environ 30 minutes et une poignée d’intervenants y prennent la parole. Mais en raison du nombre de députés inhabituellement élevé qui voulaient s’exprimer, la session a été prolongée à une durée d’une heure.

« Le seul moyen de parvenir à une paix durable est de reconnaître un Etat palestinien aux côtés d’un État israélien », a déclaré White, du Parti national écossais, dans son discours de présentation. « Soyons clairs : c’est le moment. Pas demain ou à un vague moment donné dans l’avenir. » Reconnaître la Palestine à l’heure actuelle serait un « énorme stimulus pour les efforts de paix », a-t-elle ajouté.

White a félicité la Chambre des communes de Londres d’avoir massivement voté en faveur de la reconnaissance de la Palestine en octobre. Elle a affirmé qu’elle espérait que le nouveau gouvernement du Royaume-Uni mettra en œuvre cette décision après les prochaines élections nationales.

Selon les sondages, le Parti national écossais – pro-palestinien – devrait enregistrer des gains importants aux élections du 7 mai.

« Nous ne pouvons pas continuer à nous enfoncer la tête dans le sable », a déclaré White. « 134 sur 193 Etats membres des Nations unies ont d’ores et déjà pris des mesures pour reconnaître l’Etat de Palestine et je crois qu’il est temps que le Royaume-Uni les imite. Je crois qu’il incombe moralement au Royaume-Uni de prendre cette mesure, compte tenu de son implication et de sa responsabilité dans la situation actuelle. »

D’autres députés se sont montrés ouvertement hostiles envers Israël dans leurs déclarations.

Israël « viole le droit international en exerçant ce qui est, en réalité, un régime d’apartheid qui traite la population palestinienne – y compris les enfants palestiniens – comme des citoyens de seconde classe, qui leur refuse les droits de l’Homme fondamentaux et qui estime que la vie d’un enfant israélien est plus précieuse que celle d’un enfant palestinien », a déclaré la députée travailliste Cara Hilton.

Jim Hume, démocrate libéral, a souligné que lors de sa dernière visite au Moyen-Orient, on lui a parlé de « bus exclusivement israéliens, interdits aux Palestiniens », et a accusé Israël de pratiquer des politiques inhumaines. « La situation en Palestine est intolérable. Gaza est toujours assiégée, l’apartheid est la norme et les prisonniers sont détenus sans accusations », a-t-il scandé.

Le ministère des Affaires étrangères à Jérusalem a condamné le débat, soulignant son timing maladroit.

« Un petit nombre de membres du Parlement écossais, parmi eux des ennemis dévoués et bruyants de la seule démocratie du Moyen-Orient, ont choisi de mener hier soir un débat anti-israélien inutile », a déclaré le porte-parole ministère des Affaires étrangères Emmanuel Nahshon. « Cela a eu lieu le Jour du Souvenir pour les soldats tombés et les victimes du terrorisme palestinien. C’est honteux et inutile. »

En septembre, l’Ecosse a voté contre son indépendance du Royaume-Uni. À l’époque, les responsables à Jérusalem avaient refusé de commenter le référendum écossais, mais avaient exprimé, dans des conversations privées, l’idée qu’une Ecosse indépendante pourrait encourager d’autres mouvements nationalistes – y compris les Palestiniens – à renforcer leur activisme.

L’Ecosse est connue comme étant plutôt pro-palestinienne. Pendant l’opération Bordure protectrice de l’année dernière, le gouvernement d’Edimbourg a émis plus d’une demi-douzaine de déclarations critiques d’Israël et aurait appelé à un embargo sur les armes contre l’Etat juif. Plusieurs conseils locaux ont fait flotter le drapeau palestinien en solidarité avec les victimes de Gaza.