« Aujourd’hui, en France, il y a énormément à faire en termes de campagnes de vaccinations et de préventions, » explique Jonathan Cohen. « Les cas de méningites fulgurantes étaient considérés jusque-là comme éradiqués en France, en tout cas suffisamment minimes pour ne plus justifier de campagnes massives de vaccinations. Mais cette année, il y a une recrudescence des cas. (…) Il ne faut pas le passer sous silence ».

Jonathan Cohen a perdu son fils Logan, âgé de 14 ans, emporté par une méningite fulgurante le 23 décembre 2016.

« C’était un ange tout simplement, explique-t-il d’une voix douce en décrivant Logan par téléphone au Times of Israël, un garçon affectueux et déconneur. Il nous a donné des leçons à nous, adultes. Logan était toujours présent pour les autres. A son enterrement, il y avait plus de 700 personnes : sa famille des EI et sa famille du judo. On a des témoignages tous les jours, des gens qui nous racontent : Logan a aidé notre enfant, il a protégé un tel. C’est une neshama (âme en hébreu) particulière ».

Logan laisse aussi un grand frère Sasha qui a 18 ans. « Il a perdu sa moitié » dit-il. « On était fier qu’ils soient soudés tous les deux ». Suite au décès de son frère, Sasha a découvert qu’il a le même déficit immunitaire trouvé chez son frère Logan. Il lui manque « un gène qui protège de la méningite, » explique son père. Sasha doit à partir d’aujourd’hui se rendre chez le médecin tous les ans pour se mettre à jour des derniers vaccins adaptés à l’évolution des virus.

Aujourd’hui Jonathan Cohen soutient la pétition des 200 grands médecins, parue dans le Parisien le 29 juin, qui veut justement rétablir l’obligation, entre autres, du vaccin contre les infections au méningocoque C.

« Mais il ne suffit pas de vacciner, ajoute-il, cela n’est pas tout ». Il insiste : « il faut assurer le suivi des rappels. Logan a été vacciné à l’âge de 3 ans ». Mais les rappels n’ont pas été effectués.

« Nous avons toujours vacciné nos enfants, mais nous ignorions qu’il y avait un principe de rappel tous les 3 ans, il y a un manque de suivi. Les médecins n’en parlent pas. Au niveau médical, il y a un manque d’information important au niveau de cette maladie. Un médecin de famille a rétorqué à des amis [qui ont voulu faire vacciner leur enfant suite au décès de Logan-Ndlr] qu’il n’y avait pas de vaccins contre ce méningocoque ».

M. Cohen et son épouse, étaient un peu réfractaires « à la vaccination massive suite à l’échec de la campagne de la grippe A. Plusieurs problèmes d’effets secondaires avaient été rapportés ». Mais aujourd’hui, ajoutent-ils, « on sait que ces problèmes sont minimes par rapport aux nombres de personnes que l’on sauve. Si Logan avait été vacciné et qu’il avait eu les rappels de vaccins, il serait toujours là ».

En écho des paroles que martèle M. Cohen, la pétition parue dans Le Parisien vient insister sur deux points : le manque coupable d’information à la disposition du public, et les campagnes très efficaces des « antis ».

« La communication officielle insuffisante de ces dernières années, et les hésitations de certains médecins, se sont conjuguées pour égratigner l’image de la vaccination dans le public, et laisser libre cours aux spéculations sur son efficacité ou sa toxicité, » dénonce la pétition. Elle pointe « les lobbys anti-scientifiques et anti-vaccination et adeptes des médecines dites naturelles, [qui] manipulent l’opinion en jouant sur la peur sans apporter la moindre preuve de leurs allégations ».

La récente décision de la ministre de la Santé d’élargir le nombre de vaccins obligatoires a suscité de grandes discussions sur les réseaux sociaux.

Logan, bientôt 15 ans, participait à un camp de formation du mouvement scout des EEIF quand s’est déclaré le mal qui l’a emporté. Une vague de tristesse a alors déferlé sur la famille Cohen, et les amis scouts et judokas de Logan.

Les obsèques de ce garçon costaud, décrit par ses proches comme jovial, ouvert et chaleureux furent suivies par près de 700 personnes : sa famille, ses amis des Éclaireurs israélites de France qui se mobilisèrent en nombre, et ceux du club de judo de Sucy. Dans la foule, discret, le grand rabbin de France, Haïm Korsia, est venu apporter un dernier hommage.

Logan est mort d’une infection invasive à méningocoque, appelée couramment méningite fulgurante. Une forme aux symptômes parfois difficiles à détecter, que le service d’urgence où il a été transporté n’a pas su diagnostiquer.

Ce vaccin contre l’infection due au méningocoque C, et 10 autres (coqueluche, la rougeole, les oreillons, la rubéole, l’hépatite B, bactérie haemophilus influenza, pneumocoque) sont au cœur de cette pétition lancée le 29 juin. 200 médecins français signent dans Le Parisien cet appel en soutien au « projet de la ministre de la Santé, Agnès Buzyn, d’élargir la couverture vaccinale à onze pathologies » dont celle qui a emporté Logan.

Selon Jonathan Cohen « il ne faut pas laisser la vaccination au jugement de chacun ». Un avis partagé par les signataires de la pétition. « La vaccination n’est pas seulement un choix personnel n’ayant de bénéfices que pour la personne vaccinée mais (..) elle vise la protection de la population, en particulier enfants, personnes âgées ou fragiles, » affirment les 200 médecins. On ne se vaccine par que pour se protéger, mais à chacun incombe la responsabilité de ne pas contaminer une autre personne.

Sans colère, mais infiniment triste, son père pense aujourd’hui que ce qui est arrivé à Logan aurait pu être évité.

La cousine du garçon, Cyrielle, journaliste à Paris nous racontait les événements quelques jours après la mort de Logan : selon les médecins, Logan « aurait contracté le virus le 13 décembre 2016. Et puis dans la nuit du 22 au 23, alors qu’il était en stage de formation, les cadres des EEIF l’ont amené « dans un hôpital qui a fait une erreur de diagnostic ».

« Mais, s’empresse-t-elle d’ajouter c’est une maladie très dure à diagnostiquer ». Logan « pouvait baisser la tête » alors que la rigidité de la nuque est l’un des symptômes de la méningite. Le père de Logan lui-même ne souhaite pas accabler le service d’urgence.

« Mais, ajoute-elle, s’ils avaient examiné son foie, ils auraient constaté qu’il était attaqué ». Le foie, comme le cerveau sont ciblés par le virus, et un examen approfondi permet de détecter sa présence.

« Il était hospitalisé à Rambouillet, précise M. Cohen. Le médecin urgentiste a choisi de faire une prise de sang sommaire, car les symptômes de la méningite ressemblent au syndrome grippal violent. Dans ce dernier cas, on ne fait qu’une prise de sang sommaire, sans l’étude du foie, qui aurait pu changer les choses. A ce moment-là, l’antibiotique pouvait encore faire effet ».

Les symptômes de Logan sont même contradictoires : il présentait une nuque souple et des diarrhées, alors que la méningite se reconnaît d’ordinaire par une nuque raidie et une absence de diarrhée.

« Et les urgences l’ont laissé rentrer à la colo’… » regrette Cyrielle Cohen. Le soir même, Logan extrêmement faible se sent partir. « Quoiqu’il se passe, dis à ma mère que je l’aime, demande-t-il à un copain qui le veille. L’état du garçon se dégrade, et son père vient le chercher. Ils retournent à l’hôpital.

Les symptômes de la méningite étaient cette fois clairement reconnaissables : des tâches rouges, un purpura, apparaissent sur sa peau. « Le signe d’une urgence absolue » prévient-on sur le site de l’association Petit Ange.

Agnès Buzyn, nouvelle ministre de la Santé (Crédit: Conseil économique social et environnemental)

Agnès Buzyn, nouvelle ministre de la Santé (Crédit: Conseil économique social et environnemental)

« Il a été transféré sous assistance cardiaque à l’hôpital Trousseau, mais c’était déjà trop tard. les médecins ont été exemplaires, explique le père de Logan. Sous le choc, son épouse a du être hospitalisée.

L’Agence régionale de santé (ARS) d’Île de France mène alors une enquête épidémiologique auprès de ceux qui ont eu des contacts prolongés avec Logan entre le 12 décembre et le jeudi 22 décembre 2016, et leur enjoint de se faire prescrire les antibiotiques adéquats.

L’Île de France connaît chaque année « près de 70 à 90 cas par an, » explique l’ARS au Times of Israël.

L’Agence précise qu’en « 2015, dernière année pour lesquelles les données consolidées sont disponibles, l’incidence des infections invasives à méningocoque était légèrement inférieure en Ile de France (0,65 pour 100 000 habitants) à celle observée dans l’ensemble de la France (0,72 cas pour 100 000 habitants). » Elle affirme également que ces dernières années ce type d’infections n’a pas connu « d’augmentations significatives ».

« La France connaît 600 à 800 cas par an, explique l’association Petit Ange, qui se bat contre la méningite, et s’insurge qu’on « ne parle même pas de prévention sur cette maladie par la vaccination » et qu’après un décès on se contente de la prise d’antibiotiques. Sur ces centaines de cas, « 10 % [sont] mortels et 30 % [entraînent] des séquelles lourdes, » explique Petit Ange. La méningite fait donc approximativement entre 60 et 80 morts par an.