Le père du soldat israélien Elor Azaria, jugé coupable d’avoir tué un terroriste palestinien blessé, a imploré mardi à Tel Aviv la clémence du tribunal militaire qui juge son fils.

Le sergent Azaria, 20 ans, a été jugé coupable par le tribunal militaire d’homicide le mois dernier pour avoir tué Abdel Fattah al-Sharif à Hébron le 24 mars 2016.

Un Azaria souriant est arrivé mardi au tribunal militaire, situé au siège du ministère de la Défense à Tel Aviv, où il a été applaudi par sa famille. Sa mère, Oshra, visiblement éprouvée, l’a pris dans ses bras.

Charlie Azaria a dit à la cour qu’il pensait que son fils et le reste de la famille avait assez souffert depuis l’arrestation du soldat il y a dix mois.

Il a décrit les mois de procès et d’attention publique comme une épreuve très difficile.

Un soldat de l'armée israélienne charge son arme avant qu'il ne paraisse tirer sur un Palestinien désarmé et blessé qu'il atteindra à la tête, après une attaque au couteau perpétrée le 24 mars 2016 à Hébron. (Crédit : capture d'écran : : B’Tselem)

Un soldat de l’armée israélienne charge son arme avant qu’il ne paraisse tirer sur un Palestinien désarmé et blessé qu’il atteindra à la tête, après une attaque au couteau perpétrée le 24 mars 2016 à Hébron. (Crédit : capture d’écran : : B’Tselem)

« Cette punition de 10 mois, cela suffit. Cela fait 10 mois que nous ne vivons plus, nous souffrons. Après tout ce que j’ai donné au pays, c’est de l’abus physique et psychologique », a dit, en sanglots, celui qui est venu vivre en Israël en 1975 et qui a servi 33 ans dans la police.

« L’armée israélienne a rejeté mon fils. L’armée israélienne ne nous a prêté aucune attention », a-t-il déclaré.

Il a décrit comment, pendant la période précédant le tir, son fils avait subi de plus en plus de pression en raison de ses devoirs militaires, et qu’il perdait courage.

« J’ai vu Elor perdre la joie de servir comme paramédic’ de la compagnie. J’ai compris qu’il avait un problème avec ses commandants. Elor m’a dit deux jours avant l’incident que ‘c’est de plus en plus dur pour moi, papa, ils ajoutent de plus en plus d’objectifs et se plaignent de moi après’. »

Dans les jours qui ont suivi le tir, « la famille s’est effondrée, j’ai eu une crise cardiaque, et après la rééducation j’ai réussi à me tenir debout pour Elor ». Sa femme a perdu énormément de poids.

Il a ajouté que la famille avait reçu des menaces annonçant que le Hamas tuerait son fils. « Après la décision de la cour, nous avons reçu des menaces, que seuls les Palestiniens le condamneraient et qu’ils s’assureraient de le tuer. »

Il y a quelques jours, a déclaré le père, une balle de fusil a été laissée dans la boite aux lettres de la famille.

Elor Azaria, soldat israélien jugé pour homicide, et son père Charlie, devant la Cour militaire de Jaffa, le 6 juillet 2016. (Crédit : Flash90)

Elor Azaria, soldat israélien jugé pour homicide, et son père Charlie, devant la Cour militaire de Jaffa, le 6 juillet 2016. (Crédit : Flash90)

Parlant des qualités de son fils, Charlie Azaria a dit à la cour qu’Elor « illumine tous les endroits où il passe. »

Décrivant Elor comme un « enfant potelé », son père a dit que son fils a réussi à servir dans une unité de combat grâce à « une détermination incroyable pour protéger l’Etat d’Israël. »

L’audience a commencé avec les arguments de procédure. Les juges se sont alors irrités que les avocats de la défense aient cherché à convoquer le colonel Guy Hazut, qui dirige la Brigade Kfir où sert Azaria.

Il y a deux semaines, Hazut a vu le père d’Azaria et l’a encouragé à renvoyer ses avocats et à ne pas faire appel, ce qui violerait le protocole. Des enregistrements de la conversation ont été diffusés par la Deuxième chaîne.

Les juges ont répondu à la demande d’appeler Hazut en conseillant à la défense de se concentrer sur leur client.

« Qu’est-ce qui est plus important : diriger la défense ou couper quelques têtes ? », a demandé le lieutenant colonel Carmel Vahavi, un des juges du procès.

Les trois juges et le procureur sont entrés dans la salle d’audience accompagnés de gardes du corps, une précaution prise après avoir été menacés de violence par les partisans d’Azaria suite au verdict du 4 janvier. Des menaces ont également été proférées contre le chef d’Etat-major, et plusieurs personnes ont été arrêtées dans les jours suivant le verdict.

A l’extérieur du tribunal, une cinquantaine de sympathisants, tenus à distance par des policiers, ont rappelé combien l’affaire divise l’opinion, entre ceux qui défendent le procès au nom du respect nécessaire de valeurs éthiques par l’armée et ceux qui invoquent le soutien dû aux soldats confrontés aux attaques palestiniennes.

« Voilà un soldat qui a tué un terroriste pour nous protéger », a dit l’un des leaders du rassemblement, Ran Buzaglo, auprès d’une banderole proclamant : « Le peuple soutient et salue le soldat et héros Elor Azaria ».

Le soldat risque jusqu’à 20 ans de prison, mais les procureurs pourraient ne demander que trois à cinq ans. La défense cherche à éviter la prison à son client et fait déposer son père, son ancienne maîtresse d’école, et surtout plusieurs de ses officiers et camarades qui ont dressé de lui un tableau très éloigné du soldat exécutant froidement un Palestinien.

Yuval Levi, le maire de Ramle, la ville du centre d’Israël où habite Azaria, a notamment témoigné.

« Dans les opérations les plus dures, on le choisissait lui, le meilleur paramédic’ de l’unité », a témoigné un de ses anciens officiers sous couvert de l’anonymat.

Cela « aurait pu arriver à n’importe lequel d’entre nous », a dit en pleurs Ori Elon, un soldat de son unité, « soyez indulgents. Au bout du compte, on est des soldats, on s’occupe des autres, on est confronté à des situations difficiles. »

Ces dix derniers mois, Azaria était en détention à régime ouvert, confiné sur sa base à Nachshonim, le siège de son bataillon.

Des militants manifestent devant la Kirya en soutien à Elor Azaria pendant la lecture de son verdict, à Tel Aviv, le 4 janvier 2017. (Crédit : capture d'écran Deuxième chaîne)

Des militants manifestent devant la Kirya en soutien à Elor Azaria pendant la lecture de son verdict, à Tel Aviv, le 4 janvier 2017. (Crédit : capture d’écran Deuxième chaîne)

Selon Haaretz, il n’a pas passé qu’une semaine en prison avant d’être libéré par le directeur de la cour d’appel militaire. Le temps passé sur sa base ne diminuera pas sa peine éventuelle, même si les juges pourraient la prendre en considération, selon l’article.

Le processus de condamnation doit se poursuivre mardi prochain.