Le père d’un adolescent palestinien qui aurait été tué par balles par un agent des Douanes durant une manifestation organisée en Cisjordanie en 2014 a indiqué lundi qu’il n’accepterait pas un arrangement qui vient d’être évoqué concernant son meurtre et a promis d’utiliser tous les moyens possibles pour faire appliquer la loi, dont un appel devant la Cour Pénale Internationale.

Selon les médias en hébreu, un accord avait été trouvé portant sur une accusation d’homicide abusive à l’encontre de l’agent de la police des frontières Ben Deri. L’homme est, dans cette affaire, accusé d’avoir utilisé des balles réelles plutôt que leur équivalent en caoutchouc, causant la mort de Nadeem Siam Nawara qui était âgé de 17 ans.

“Il y a une vidéo prouvant qu’il s’agissait d’un meurtre de sang-froid et toutes les preuves, ainsi que l’autopsie du corps, démontrent que Deri est le meurtrier”, a déclaré le père de Nawara sur la deuxième chaîne. « Nous n’avons pas besoin d’un arrangement, nous avons 70 témoins qui se trouvaient là et des preuves. »

Une enquête de police portant sur la fusillade avait établi que Deri, qui avait 21 ans à ce moment-là, avait utilisé des munitions létales plutôt que les balles non-mortelles que, conformément aux ordres, la police devait utiliser pour disperser une foule de manifestants au cours d’un mouvement de protestation qui s’était rassemblé le jour de la Nakba dans le village de Beitunia, situé à proximité de Ramallah en Cisjordanie.

Nawara avait trouvé la mort ainsi que Muhammad Abu Taher, 22 ans, qui manifestait lui aussi.

Deri avait alors été accusé d’avoir tué Nawara et une vidéo diffusée à la suite de l’incident avait paru montrer que les adolescents avaient été la cible des tirs alors que lui-même se trouvait à une certaine distance de la manifestation, ne posant aucune menace envers l’unité de police des frontières de Deri.

Ben Deri (centre), accusé d'avoir tué un jeune Palestinien de 20 ans en utilisant des balles réelles durant des affrontements à  Betunia en Cisjordanie, avec son avocat  Zion Amir (à droite), au cours de son audience devant le Tribunal de district de Jérusalem le 7 décembre 2014 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Ben Deri (centre), accusé d’avoir tué un jeune Palestinien de 20 ans en utilisant des balles réelles durant des affrontements à Betunia en Cisjordanie, avec son avocat Zion Amir (à droite), au cours de son audience devant le Tribunal de district de Jérusalem le 7 décembre 2014 (Crédit : Miriam Alster/Flash90)

Nidam a expliqué si l’arrangement devait ainsi suivre son cours, il viendrait ternir pour toujours le système judiciaire du pays.

“Cela prouvera qu’il n’y a pas de justice dans le système législatif israélien, que c’est une marque de Caïn sur Israël”, a-t-il déclaré. « Je vais personnellement essayer de gérer cette affaire par des moyens diplomatiques et je ferai appel devant la Cour Pénale internationale pour connaître la vérité. »

Israel ne fait pas partie du traité qui gouverne la Cour Pénale Internationale de la Haye, mais l’Autorité palestinienne en est membre pour sa part.

L’arrangement devrait être finalisé dans les jours à venir, une fois qu’un accord sera trouvé sur la condamnation de Deri, a indiqué la deuxième chaîne.

Deri, qui était commandant au sein de l’unité, avait initialement clamé qu’il avait utilisé seulement des balles en caoutchouc. Selon le rapport établi lundi, il devra maintenant admettre qu’il avait tiré à balles réelles mais de manière non-intentionnelle, et il sera inculpé alors d’homicide injustifié.

La nouvelle inculpation que les procureurs pensent soumettre affirmera qu’une balle est accidentellement tombée dans le magasin de l’arme à feu de Deri aux côtés des balles en caoutchouc, et que Deri pensait à ce moment-là ne tirer que des munitions non-létales.

Selon la version initiale donnée par Deri des événements, il aurait utilisé des balles en caoutchouc conformément aux ordres reçus.

Toutefois, l’accusation a trouvé des preuves que Deri aurait eu l’intention de tirer de vraies munitions dans le dos du défunt, même s’il ne représentait aucune menace, avec l’intention explicite de causer de graves blessures entraînant éventuellement la mort.

Deri est également accusé d’avoir couvert ses agissements à l’époque.

L’avocat de Deri, Tzion Amir, du groupe des droits juridiques Honenu qui défend les extrémistes de droite, a négocié cet arrangement.

Une autopsie réalisée par des médecins légistes palestiniens et israéliens en 2014 avait révélé que Nawara avait certainement été tué par des balles réelles, très probablement tirées avec une arme de Tsahal.

Deux médecins venus des Etats Unis et du Danemark avaient été présents durant cette autopsie, faite au sein de l’Institut Abu Dis de Médecine Légale en Cisjordanie.

Une blessure à l’entrée et à la sortie de la balle avaient été détectée sur le corps, et des éclats avaient été trouvés, selon l’agence d’information palestinienne Maan.