Amsterdam – D’après l’enquête mondiale sur l’antisémitisme d’ADL – selon laquelle une personne sur quatre a des opinions profondément antisémites – l’Europe de l’Est reste une zone peu lugubrement touchée. Les Pays-Bas sont le deuxième pays après la Suède à être les moins touchés.

En voyant la ligne d’attente de deux heures à l’extérieur de la maison d’Anne Frank le week-end dernier, on peut se demander si l’exposition, qui a ouvert ses portes 54 ans auparavant, n’a pas aidé à développer quelques-unes de ces comportements positifs des Hollandais.

L’« annexe secrète » au Prinsengracht 263, qui a fourni une cachette à huit Juifs pendant deux ans durant la Seconde Guerre mondiale, a été sauvée de la démolition dans les années 1950, et est devenue un musée grâce aux inlassables demandes du père de la chroniqueuse, Otto, le seul des huit a avoir survécu à la guerre. [Les personnes cachées ont été trahies, et Anne est assassinée à Bergen-Belsen en mars 1945]

Sur l’insistance d’Otto, la maison est en grande partie non meublée et est tout sauf kitsch.

Ce n’est pas ainsi qu’Hollywood aurait cherché à éveiller des émotions. De cette façon, cependant, il n’y a pas de distraction, pas d’échappatoire à l’intériorisation des mesures désespérées et forcée que les Juifs cherchant à survivre au génocide nazi ont dû prendre.

Annemarie Bekker, qui a travaillé pendant dix ans au département de la communication du musée, affirme que le nombre annuel de visiteurs a atteint 1,2 million et ne cesse de croître. 11 à 12 % d’entre eux sont néerlandais.

« Nous avons pensé qu’il diminuerait au fil du temps, mais cela n’a pas été le cas », dit-elle autour d’un café dans la petite cafétéria du musée.

L’enquête ADL constate que, même en Hollande, pays relativement éclairé et tolérant, 17 % pensent que les Juifs ont trop de pouvoir dans le monde des affaires ;
16 % pensent que les Juifs ne se soucient que de ce qui arrive à leurs semblables et 11 % pensent que les gens détestent les Juifs à cause de leur comportement.

Anne Frank, age twelve, at her school desk in Amsterdam, 1941.

Anne Frank, à l’âge de 12 ans à l’école à Amsterdam, en 1941

Bekker préfère sagement ne pas généraliser sur la façon dont les Néerlandais se réfèrent généralement à l’Holocauste de nos jours, ni sur la perception décalée du comportement de la Hollande.

Un pays qui a été initialement considéré comme bon pour les Juifs, mais qui plus tard s’est révélé avoir été si bien organisé que cela a facilité une proportion étonnamment élevée de déportations et ainsi de décès.

Elle pense que le Journal d’Anne Frank est devenu une sensation et qu’il continue de l’être en grande partie, bien sûr, en raison de son contenu, l’introspection, l’aisance d’expression et la maturité de sa jeune auteure, mais aussi parce que c’était le premier journal de ce genre à être publié – en 1947.

« Avec Otto comme force motrice, à une époque où les gens voulaient oublier ce qui s’était passé pendant la Seconde Guerre mondiale ». Puis vint la pièce de théâtre, le film, le musée, et un phénomène persistant est né.

La Maison d’Anne Frank, soucieuse de donner une grande leçon sur les dangers de l’extrémisme et de l’intolérance, dispose d’une salle à la fin de l’exposition où les visiteurs – les groupes scolaires, en particulier – vont décider, via les bureaux de vote, de la ligne d’équilibre qui devrait être établie entre les libertés individuelles et la nécessité d’interdire l’extrémisme.

Certains des dilemmes posés dans cette section du musée sont en effet angoissants.

Selon l’enquête ADL, 20 % des personnes aux Pays-Bas pensent que les Juifs parlent encore trop sur ce qui leur est arrivé durant l’Holocauste.

Cette dernière pièce de l’exposition Anne Frank offre un moyen sophistiqué et instructif pour ceux qui craignent que – alors que le monde cherche à avancer et que les derniers survivants disparaissent – les leçons des années 1930 et 1940 disparaissent avec eux.