Mardi, le Times of Israël a publié le texte intégral de l’accord de compromis concernant le mur Occidental, un document exceptionnel qui marque des années de réunions et de visites du site conçues pour assurer aux Juifs non orthodoxes un droit garanti à la prière mixte dans un espace alternatif à proximité du mur Occidental.

Cet accord, qui prévoit que six représentants non orthodoxes nommés par le Premier ministre siégeront à un conseil de surveillance de 13 membres, se heurte aujourd’hui à 15 000 messages franchement stupéfiants. Les parties impliquées tentent cependant de faire un effort pour réconcilier les différentes sensibilités de tous les courants religieux du judaïsme, alors même que le mur principal est toujours contrôlé de facto par la communauté juive ultra-orthodoxe.

Tant et si sérieux qu’il soit dans son élaboration, cet accord, solennellement approuvé par le gouvernement israélien en janvier 2016, a pourtant été rejeté par ce même gouvernement lors d’un vote qui n’était même pas prévu par l’agenda du cabinet, dimanche 25 juin.

Une semaine et demie plus tard, une nouvelle décision a mis le feu aux poudres, faisant l’étalage de six mois de législation qui aurait cimenté le monopole ultra-orthodoxe sur les conversions au judaïsme en Israël. Mais, pour ce qui concerne la crise sur le compromis du mur Occidental, aucun progrès significatif n’a été réalisé.

Pourtant, ce qui n’est visiblement pas une priorité pour le Premier ministre constitue rien de moins qu’une tragédie juive.

Lors d’une interview donnée la semaine dernière, Natan Sharansky, le président de l’Agence juive, qui a joué un rôle essentiel dans la formulation de l’accord, a estimé qu’une solution serait trouvée pour permettre sa réelle mise en œuvre. Mais il était loin d’être certain que la confiance entre les dirigeants israéliens et les représentants de la Diaspora qui travaillaient si diligemment sur l’accord puisse être restaurée.

Il a raison de s’inquiéter. En effet, je crains que le dommage ne soit grave et qu’il ne s’étende bien au-delà des dirigeants de la Diaspora choqués par le revirement du gouvernement israélien.

Prime Minister Benjamin Netanyahu stops off at the Western Wall with his son Avner, after casting his vote at a polling station in Jerusalem, Tuesday, January 22, 2013. (photo credit: Yossi Zamir/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avec son fils Avner au mur Occidental, le 22 janvier 2013. (Crédit : Yossi Zamir/Flash90)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu – qui a mis sur orbite ce projet d’accord de zone de prière mixte du mur Occidental est aussi celui qui l’a si négligemment laissé tomber et mis de côté. Il a plaidé lundi soir pour « la patience et la persévérance » afin de résoudre la crise et a insisté sur son engagement « à faire que chaque Juif se sente à la maison en Israël, y compris au Kotel (mur Occidental) ».

Mais la crédibilité de Netanyahu est entachée. Le Premier ministre a évoqué la patience et la persévérance pour faire justement parvenir les différentes parties à un compromis, mais ce sont sa hâte et son irrésolution qui l’ont détruit.

C’est peut-être un acte somme toute routinier pour lui – en effet, il est ordinaire en politique, en Israël ou ailleurs – de retourner sa veste, de faire des promesses non tenues et encore des promesses. Mais le compromis pour une zone de prière mixte au mur Occidental n’a pas été perçu par ceux qui y ont travaillé comme un accord qui allait de pair avec une promesse politique à court terme, ou avec un accord de coalition. Pour les dirigeants des différents courants du judaïsme, représentant des millions de Juifs, il s’agissait d’un accord avec le gouvernement de la patrie du peuple juif, qui était au cœur de leur identité juive.

L'une des nombreuses réunions de négociation ayant précédé l'accord du mur Occidental de janvier 2016. Sont présents le Premier ministre Benjamin Netanyahu, l'ancien secrétaire du cabinet Avichai Mandelblit (en veste noire), le rabbin Steven Wernick, dirigeant du mouvement Masorti, le directeur exécutif du mouvement Masorti Yizhar Hess (en lunettes) et la rabbin Julie Schonfeld, qui dirige l'Assemblée rabbinique du mouvement Masorti. (Crédit : Yizhar Hess)

L’une des nombreuses réunions de négociation ayant précédé l’accord du mur Occidental de janvier 2016. Sont présents le Premier ministre Benjamin Netanyahu, l’ancien secrétaire du cabinet Avichai Mandelblit (en veste noire), le rabbin Steven Wernick, dirigeant du mouvement Masorti, le directeur exécutif du mouvement Masorti Yizhar Hess (en lunettes) et la rabbin Julie Schonfeld, qui dirige l’Assemblée rabbinique du mouvement Masorti. (Crédit : Yizhar Hess)

Certains d’entre-eux l’ont peut-être craint. En effet, certains en ont peut-être eu peur. Mais ils ne s’attendaient pas vraiment à être traités comme un simple parti politique rival, ou comme un partenaire potentiel de la coalition pouvant être ignoré sans cérémonie, afin de laisser la place libre aux calculs mesquins de dernière minute.

Sharansky a déclaré qu’il ne pensait pas que la coalition de Netanyahu se serait effondrée si l’accord avait été entériné. Je suis sûr qu’il a raison. Le Premier ministre aurait pu tabler sur le bluff des parties ultra-orthodoxes. J’imagine qu’il voulait démontrer son engagement envers ces partis-là, même si les réalités immédiates de la coalition lui permettait de les affronter. Mais il a voulu s’assurer qu’ils ne seraient pas tentés d’aller chercher des partenaires alternatifs parmi ses nombreuses rivaux de l’aile droite.

Netanyahu et son gouvernement avaient donné leur promesse au peuple juif. Israël a donné sa parole.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avec le Premier ministre indien Narendra Modi lors de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques, COP21, au Bourget, le 30 novembre 2015 (Crédit : Amos Ben Gershom / GPO)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu avec le Premier ministre indien Narendra Modi lors de la Conférence des Nations unies sur les changements climatiques, COP21, au Bourget, le 30 novembre 2015 (Crédit : Amos Ben Gershom / GPO)

En renonçant, ce Premier ministre – qui lorgne vers de nouvelles amitiés pour Israël et souhaite créer de nouveaux liens avec des leaders mondiaux, et qui passera des heures cette semaine en compagnie du Premier ministre de l’Inde Narendra Modi – risque de perdre une partie de notre propre famille juive mondiale. Certes, cette alliance, cette alliance intra-juive, devrait être d’une importance primordiale pour le chef du seul État juif du monde.

Nous, les Juifs, avons toujours été un groupe à part entière. Cette blague à propos de deux juifs, trois synagogues est ironiquement amusante parce qu’elle contient plus qu’une once de vérité. Nous sommes un peuple qui aime argumenter. En perpétuel questionnement. Un peuple de la première ère biblique. En Israël, avec le luxe d’une majorité juive, nous nous sommes permis de devenir un peuple intolérant à l’intérieur de nos propres frontières, se divisant les uns des autres et s’opposant dans nos approches de notre foi, nous critiquant agressivement les uns les autres. Et ce, alors même que les Juifs de la Diaspora protestent contre ce type de traitement qu’ils subissent de leurs gouvernements.

Et nous avons permis ce mélange dangereux de religion et d’Etat de s’épanouir. Le pouvoir politique actuel a permis à une doctrine ultra-orthodoxe de plus en plus dogmatique et étroite de se durcir concernant les lois sur la naissance, le mariage, le divorce, la mort et maintenant même la prière.

Yair Lapid, député et président du parti Yesh Atid, pendant une réunion de faction à la Knesset, le 21 novembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

Yair Lapid, député et président du parti Yesh Atid, pendant une réunion de faction à la Knesset, le 21 novembre 2016. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« L’État d’Israël est le seul endroit dans le monde occidental où les Juifs n’ont pas la liberté de religion », a déclaré le chef de Yesh Atid, Yair Lapid, dans un discours de 2013 aux dirigeants de la Diaspora à Jérusalem. Le gouvernement d’Israël a maintenant rejeté son compromis convenu pour un culte pluraliste dans le lieu de prière le plus saint du judaïsme, car il n’a pas osé se heurter à des politiciens ultra-orthodoxes qui interdisent toute notion de statut formel pour le judaïsme religieux non orthodoxe. L’affirmation de Lapid est difficile à nier.

Pendant des années, en parlant d’Israël, à la maison et à l’étranger, et en étant confronté à des questions et des critiques latentes, j’ai souvent répondu en reconnaissant que, bien sûr, nous ne sommes pas tous d’accord sur ce que fait ce pays. Comment pourrait-il en être autrement ? Et j’ai préconisé que, en tant qu’amoureux d’Israël qui s’occupent de ce précieux pays notre obligation était de redoubler d’efforts pour tirer le meilleur du pays. Nous pouvons nous concentrer sur les domaines où nous pensons pouvoir faire la différence. (Cela semble sournois, je le sais, mais c’est comme un aperçu du début de notre travail, et de là, nous pouvons progresser vers le monde entier.)

Ce conseil ne résonne pas pour l’ensemble des Juifs de la Diaspora. Certains, en constatant la dernière capitulation du gouvernement envers les ultra-orthodoxes, redoubleront leurs efforts pour un Israël pluraliste. D’autres, cependant, de plus en plus troublés par la direction que prend Israël, vont consciemment ou inconsciemment faire un pas ou deux en arrière – repenser leur philanthropie, prendre des vacances ailleurs l’année prochaine, ou garder le silence là où ils auraient déjà parlé au nom d’Israël. Et d’autres encore deviendront plus critiques, de manière destructrice, en quittant la tente.

Le conflit du mur Occidental est un moment critique. C’est une catastrophe, pas une simple crise. Après avoir promis la légitimité la plus marginale, la plus limitée et non menaçante aux courants non-orthodoxes du judaïsme, l’État souverain des Juifs a trahi cette promesse.

Je crains que nous nous retrouvions suite à cet épisode dans le plus grand désarroi et dans le regret. Alors même que nous vivons un moment où les masses juives à l’étranger ont commencé à changer – car ceux qui étaient jusqu’alors des partisans se sont déplacés dans les rangs de ceux qui se taisent. Et certains de ceux qui étaient auparavant silencieux sont devenus quant à eux des critiques virulents.

Plusieurs fois, au cours des derniers jours, j’ai entendu des gens que je connais bien, des gens qui ont démontré leur amour pour ce pays, dire qu’ « Israël les perdait ».

Bon débarras ? En tout cas avec eux ?

Non, je ne le pense pas. C’est notre perte à tous.