La mise à l’écart d’une chaîne d’information du polémiste Eric Zemmour pour des propos controversés sur l’islam suscite un nouveau débat autour du chroniqueur, phénomène de librairie avec Le suicide français, mais aussi sur la censure dans les médias en France.

La chaîne iTELE a diffusé vendredi soir un communiqué laconique précisant que l’émission dans laquelle intervenait M. Zemmour depuis 2003 ne le reprendrait pas en janvier, celui-ci indiquant ne pas vouloir « réagir pour le moment ».

Mais, politiques de tous bords ou associations antiracistes se sont aussitôt emparés du sujet, soutenant la décision de la chaîne ou la pourfendant au nom de la liberté d’expression.

Eric Zemmour, qui travaille aussi pour le quotidien Le Figaro et la radio RTL, est connu pour ses prises de position contre l’Europe, l’immigration ou les élites politiques, économiques, médiatiques et intellectuelles qu’il accuse d’avoir bradé les valeurs de la France.

Juif originaire d’Afrique du nord, véritable bête médiatique que s’arrachent les émissions de talk show, M. Zemmour est au centre d’une nouvelle polémique depuis la diffusion d’un entretien au quotidien italien Corriere della Sera dans lequel il déclarait que les musulmans « vivent entre eux, dans les banlieues » et que « les Français ont été obligés de les quitter ».

Si le journaliste italien a reconnu avoir ajouté le mot « déporter » (cinq millions de musulmans français) dans une de ses questions en retranscrivant l’entretien, la controverse n’a pas faibli en France autour des propos de M. Zemmour.

Dans un communiqué, la Société des journalistes (SDJ) de la chaîne s’est « félicitée » de cette « prise de position forte. Les déclarations d’Eric Zemmour dans le Corriere della Sera ont profondément choqué les membres » de la SDJ.

L’association SOS Racisme s’est « félicitée » de la décision d’iTELE et « attend de RTL, de Paris Première (autre chaîne de télévision) et du Figaro qu’ils prennent la même décision ». D’autres associations antiracistes avait appelé les médias à cesser leur collaboration avec le polémiste.

« Le laisser dire ses insanités ? »

Plusieurs députés de gauche ont soutenu iTELE, parlant de « bonne » ou de « courageuse » décision. Le député socialiste Jean-Louis Gagnaire a lui estimé : « Suis complètement OK avec liberté expression… mais quand #Zemmour veut faire de la politique, ce n’est pas aux TV de le payer ».

Sur ce sujet de la liberté d’expression, l’ancien député européen Daniel Cohn-Bendit, ex-leader étudiant des célèbres manifestations de 1968 en France, a lui déclaré qu’il se devait de soutenir la présence de Zemmour dans le champ médiatique.

« Comme je défends la proportionnelle et le droit du FN (Front national, parti d’extrême droite) à être représenté à l’Assemblée nationale, je me dois de défendre la présence de Zemmour dans l’espace public que cela me fasse mal ou pas », a-t-il déclaré à l’AFP.

« Faut-il le laisser dire ses insanités ? Je pencherais à dire oui, même si j’avoue que souvent c’est insupportable. Au nom de la liberté et de la diversité dans les médias », a conclu M. Cohn-Bendit, également chroniqueur sur Europe 1.

Plusieurs personnalités de la droite et d’extrême droite ont protesté contre la mise à l’écart.

« La censure de #Zemmour par @itele est détestable! », a tweeté la présidente du FN Marine Le Pen tandis que Louis Alliot, vice-président du parti, a annoncé « Je raye iTELE dés a présent de mes sources d’information. J’invite les démocrates à en faire de même! ».

« L’éviction d’Eric Zemmour (…) n’est pas une bonne nouvelle pour la démocratie #policedelapensée », a pour sa part jugé le député Eric Ciotti, de l’Union pour une majorité populaire (UMP) parti de l’ancien président Nicolas Sarkozy.

Pour Nicolas Dupont-Aignan, président du petit parti de droite souverainiste Debout la France, « la pensée unique est bien faible pour interdire Zemmour. Plus que jamais besoin de débat et de liberté en France! »