La déclaration spectaculaire du Hamas dans la matinée de dimanche, lorsque le mouvement terroriste a annoncé qu’il démantèlerait son gouvernement dans la bande de Gaza, est particulièrement significative dans la mesure où elle survient quelques jours avant la rencontre prévue entre le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas et le président américain Donald Trump et le discours du chef de l’AP devant les Nations unies.

L’établissement par le Hamas au mois de mai d’un « comité administratif » pour diriger la bande de Gaza en lieu et place du gouvernement d’Abbas, à Ramallah, avait mené l’Autorité palestinienne à réduire drastiquement les financements versés à l’enclave côtière, entraînant la plus importante crise énergétique jamais connue dans la bande.

Même si on peut poser un regard cynique ou sceptique sur l’engagement pris par le Hamas de démanteler le comité administratif – et en effet, il n’augurerait pas, en fin de compte, la fin du groupe terroriste ou son départ de la bande – il faut reconnaître qu’il s’agit tout de même d’une concession majeure.

Depuis de nombreux mois maintenant, le Hamas a fait savoir qu’il ne démantèlerait ce comité administratif qu’une fois que l’Autorité palestinienne mettrait un terme à ses sanctions financières à l’encontre de la bande, notamment en ce qui concerne les coupes draconiennes effectuées dans les versements alloués pour l’électricité au sein de l’enclave.

Et aujourd’hui, sans conditions préalables, le Hamas a changé son approche et a annoncé qu’il démantèlerait l’instance, qui a été le principal catalyseur de la récente escalade dans la crise entre les deux factions.

De plus, l’annonce du Hamas – faite par sa délégation réunie au Caire – a précisé que l’organisation s’apprête à organiser des élections générales dans les meilleurs délais pour conduire les négociations avec Abbas et son mouvement du Fatah et former un gouvernement d’unité nationale.

 Yahya Sinwar, à droite, nouveau chef du Hamas dans la bande de Gaza, et Ismail Haniyeh pendant l'enterrement de Mazen Foqaha, dans la bande de Gaza, le 25 avril 2017. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)

Yahya Sinwar, à droite, nouveau chef du Hamas dans la bande de Gaza, et Ismail Haniyeh pendant l’enterrement de Mazen Foqaha, dans la bande de Gaza, le 25 avril 2017. (Crédit : Mahmud Hams/AFP)

A première vue, le Hamas a cédé à toutes les demandes d’Abbas et le moment choisi peut difficilement être plus significatif qu’il ne l’est.

Une délégation du Hamas formée de son chef Ismail Haniyeh et du dirigeant du groupe à Gaza Yahya Sinwar se trouve au Caire depuis le début de la semaine pour s’y entretenir avec les agences égyptiennes de renseignement au sujet de l’unité palestinienne. Vendredi, une délégation du Fatah avec à sa tête le haut-responsable Azzam al-Ahmad a rejoint le Caire pour y rencontrer des intermédiaires égyptiens qui font la liaison entre les deux parties.

Le principal problème, du point de vue du Fatah, c’est que dans trois jours, Abbas doit rencontrer Trump en marge de l’Assemblée générale des Nations unies à New York.

On peut s’imaginer comment l’entretien d’Abbas avec le président des Etats-Unis sera perçu si le chef de l’AP vient tout juste de souscrire à l’idée de la formation d’un gouvernement d’unité nationale avec un groupe terroriste et en particulier s’il évoque seulement la réconciliation avec le Hamas dans son allocution à l’ONU.

Abbas va vouloir obtenir des réponses de la part de Trump concernant l’engagement encore non établi de l’administration américaine envers la solution à deux états. Il serait étrange pour Abbas de parler d’un état palestinien après avoir accepté de partager le pouvoir avec un groupe qui appelle à la destruction d’Israël.

Et il est donc probable que la semaine prochaine au moins, le Fatah va tenter de faire traîner les négociations avec le Hamas pour éviter de trouver un accord dans l’immédiat, ne serait-ce seulement que pour permettre à la rencontre avec Trump de bien se passer.

Ce récent appel majeur à l’unité n’est pas le premier de la décennie qui vient de s’écouler, depuis que le Hamas a pris le pouvoir lors d’un violent coup d’état. Les accords ont ensuite tous invariablement échoué s’agissant des problèmes essentiels.

Quel que soit l’accord passé entre le Fatah et le Hamas, le diable se trouve dans les détails. Qui, en pratique, dirigerait Gaza ? Qu’arriverait-il aux forces de sécurité du Hamas et aux passages frontaliers ? Ce ne sont que quelques-unes des questions les plus déterminantes qui attendent des réponses.

Et pourtant, il est important de répéter que la direction du Hamas d’aujourd’hui, avec Haniyeh et Sinwar, diffère fondamentalement de ce qu’était celle du prédécesseur des deux hommes, Khaled Mashaal.

Sinwar a déjà prouvé à plus d’une occasion que l’ascension au pouvoir modifie significativement les perspectives et les priorités.

Mohammad Dahlane (Crédit : Capture d’écran YouTube)

Mohammad Dahlane (Crédit : Capture d’écran YouTube)

Il s’est avéré être un leader pragmatique, réfléchi dans ses initiatives et extrêmement précautionneux, s’écartant spectaculairement de sa réputation passée de radical.

Sinwar s’est rapproché de l’ancien homme fort du Fatah à Gaza, Mohammad Dahlane, qui déteste le Hamas, et qui a accepté de prendre des initiatives importantes pour apaiser l’Egypte, notamment avec l’arrestation de membres de l’Etat islamique et en mettant un terme aux trafics transfrontaliers.

Haniyeh, de son côté, mène les mêmes politiques qu’il avait maintenu durant les nombreuses années au cours desquelles il a dirigé le Hamas dans la bande. Il a été nommé à la tête du bureau politique du groupe il y a quelques mois en tant qu’homme du peuple, qu’il représente donc dans une large mesure.

Il avait déjà montré cette tendance durant la guerre contre Israël, en 2014, lorsqu’il s’était dressé contre le bureau politique en faisant pression pour un cessez-le-feu – et c’est la même approche qu’il adopte aujourd’hui.

Haniyeh comprend que, alors qu’il ne reste que peu d’espoir à l’horizon, la crise économique grave à Gaza peut se terminer de deux manières : Une guerre contre l’Etat juif, qui décimerait les responsables du mouvement et retournerait la population contre le groupe terroriste, ou bien un « printemps de Gaza » qui aurait des résultats similaires.

Et la meilleure chose à faire dans ces circonstances reste le compromis. Même si d’autres pourront estimer qu’il a cédé.