Le premier affrontement entre l’armée et l’EI envoie un message : ‘ne jouez pas avec nous’
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Analyse‘Je suis heureux qu’ils en aient payé le prix immédiatement’, dit un expert

Le premier affrontement entre l’armée et l’EI envoie un message : ‘ne jouez pas avec nous’

Pendant des années, l’armée a mis en garde contre des attaques de groupes syriens ; l’affrontement de dimanche dans lequel 4 terroristes ont été tués a été bref, “productif”, et ne marque probablement pas une nouvelle ère

Judah Ari Gross est le correspondant militaire du Times of Israël.

Soldats israéliens sur le plateau du Golan, le 19 janvier 2015. (Crédit : Basal Awidat/Flash90)
Soldats israéliens sur le plateau du Golan, le 19 janvier 2015. (Crédit : Basal Awidat/Flash90)

Un court échange de tirs entre un groupe terroriste affilié à l’Etat islamique (EI) et des troupes israéliennes dimanche matin, qui s’est terminé par une frappe de l’aviation israélienne qui a tué quatre terroristes, a été le premier affrontement notable entre les deux groupes.

Les experts ne pensent cependant pas qu’il annonce une transformation majeure de la dynamique de la région.

Dimanche matin, vers 8h30, des soldats de l’unité de reconnaissance de la brigade Golani avaient traversé dimanche la clôture de sécurité qui sépare Israël de la Syrie pour mener une « opération d’embuscade ».

Tout en restant en territoire israélien, les soldats ont été attaqués par l’Armée Khalid ibn al-Walid, autrefois connus sous le nom de brigade des martyrs de Yarmouk, a déclaré un porte-parole de l’armée.

Les soldats ont répliqué, mais ont peu après été attaqués par des obus de mortiers. L’incident a pris fin quand l’aviation israélienne a ciblé un camion « qui était équipé à son sommet d’une sorte d’arme automatique » et tué les quatre terroristes qui étaient à bord.

« C’était un échange court, mais il a été productif », a déclaré le lieutenant colonel Peter Lerner, porte-parole de l’armée israélienne.

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (au centre) entouré des ministres de la Sécurité intérieure Gilad Erdan (à droite) et des Finances Moshe Kahlon pendant la réunion hebdomadaire du cabinet organisée à Haïfa après les incendies, le 27 novembre 2016. (Crédit : AFP/Pool/Dan Balilty)
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu (au centre) entouré des ministres de la Sécurité intérieure Gilad Erdan (à droite) et des Finances Moshe Kahlon pendant la réunion hebdomadaire du cabinet organisée à Haïfa après les incendies, le 27 novembre 2016. (Crédit : AFP/Pool/Dan Balilty)

Pendant une réunion du cabinet peu après l’incident, le Premier ministre Benjamin Netanyahu a juré qu’Israël « ne laissera pas des éléments de l’EI ou d’autres éléments hostiles utiliser le prétexte de la guerre en Syrie pour s’établir à nos frontières. »

L’Armée Khalid ibn al-Walid et le groupe Jabhat Fateh al-Sham, autrefois Front al-Nosra, qui est lié à Al-Qaïda, sont cependant présents à la frontière israélienne depuis des années.

Malgré une période relativement longue de relation de « vivre et laissez vivre » avec ces organisations, l’armée israélienne a mis en garde contre un conflit potentiel, inévitable selon certains, contre eux, et s’est préparée à répondre aux attaques transfrontalières.

Membres de la Brigade des martyrs de Yarmouk en Syrie, un groupe affilié à l'Etat islamique. (Crédit : capture d'écran YouTube)
Membres de la Brigade des martyrs de Yarmouk en Syrie, un groupe affilié à l’Etat islamique. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Dimanche, il s’agissait de la première fois qu’un affilié de l’EI attaquait délibérément des troupes israéliennes en Israël. (De nombreux obus de mortiers sont déjà tombés en Israël, dont certains ont pu être tirés par ces groupes terroristes, mais il s’agit probablement de tir perdu des combats en Syrie plutôt que d’attaque dirigée.)

L’incident a pris fin relativement rapidement et sans faire aucun blessé israélien, un succès selon le général de brigade (de réserve) Nitzan Nuriel, qui s’est adressé aux journalistes dans le cadre d’une conférence de presse organisée par The Israel Project.

« Je suis heureux qu’ils en aient payé le prix immédiatement. Je pense que le message était assez fort et assez simple : ‘ne jouez pas avec nous’. Nous ne traversons pas la frontière. Nous prenons des mesures sur le côté israélien, et par conséquent vous ne pouvez pas ouvrir le feu contre nous. Si vous le faites, vous en paierez le prix », a déclaré Nuriel.

« Je ne pense pas que quelqu’un va prendre la décision d’ouvrir un nouveau front contre nous. C’est la dernière chose dont l’EI a besoin »
Le général Nitzan Nuriel

Selon Nuriel, qui a été officier opérationnel au Commandement du Nord et a dirigé le bureau du contreterrorisme rattaché au bureau du Premier ministre, les opérations comme celle de dimanche ont pour but d’empêcher les forces ennemies de s’installer trop près de la frontière israélienne.

« Les forces spéciales israéliennes et d’autres forces prennent des mesures de temps en temps dans ce que nous appelons la ‘zone grise’, l’espace entre la clôture et la frontière officielle avec [la Syrie] », a déclaré Nuriel.

Généralement, ces campagnes des troupes israéliennes près de la frontière se déroulent sans être perturbées par les différents groupes impliqués dans la guerre civile syrienne, qui cherchent à rester éloignées de l’armée israélienne et à se concentrer sur leur conflit.

« Je ne pense pas que quelqu’un va prendre la décision d’ouvrir un nouveau front contre nous. C’est la dernière chose dont l’EI a besoin », a-t-il ajouté.

Amos Yadlin, former director of military intelligence, Jan 2012. (photo credit: Gideon Markowicz/FLASH90)
Amos Yadlin, ancien dirigeant des Renseignements militaires de l’armée israélienne, en 2012. (Crédit : Gideon Markowicz/Flash90)

Selon le major-général (de réserve) Amos Yadlin, ancien responsable des Renseignements militaires, cet affrontement pourrait indiquer un changement de position de l’EI et de ses affiliés, qui pourraient chercher à compenser leurs pertes sur le champ de bataille par une victoire en relations publiques, c’est-à-dire par une attaque contre Israël.

« Nous ne savons pas encore s’il s’agit d’un changement de la politique de Daesh ou simplement un échange de feu occasionnel et imprévu », a-t-il déclaré en utilisant l’acronyme arabe de l’Etat islamique.

« Comme nous le savons, ils sont sous pression partout », a-t-il déclaré, en faisant référence aux campagnes contre le groupe terroriste en Syrie et en Irak. « Alors c’est peut-être un moyen de dire ‘nous combattons Israël, venez avec nous’. »

Cependant, Yadlin et Nuriel pensent que cette explication est moins probable que l’autre, une décision sur le moment d’un commandant de bas niveau.

« C’est peut-être un moyen de dire ‘nous combattons Israël, venez avec nous’ »
Le général Amos Yadlin

« Je pense aujourd’hui que ce n’était pas une stratégie prévue, mais nous devons attendre et voir », a déclaré Yadlin, qui dirige le think-tank de l’Institut pour la recherche en sécurité nationale.

« Je pense que la décision d’ouvrir le feu contre nos soldats était une décision locale. Ce n’est pas quelque chose que venait d’un échelon important du quartier général », a ajouté Nuriel.

L’analyse de Yadlin était en partie fondée sur le type d’attaque menée à la frontière : un échange à petite échelle d’armes légères et d’obus de mortier, loin du scénario apocalyptique d’un affrontement entre l’Etat juif et l’Etat islamique.

« Ce n’est pas le pire [scénario]. L’attaque de style Daesh est normalement un camion chargé d’explosifs ou de terroristes kamikazes : ce n’est pas ce que nous avons vu ce matin », a-t-il déclaré.

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