Dimanche, le président de l’Autorité palestinienne Mahmoud Abbas a réuni ses conseillers à la Muquata à Ramallah pour préparer la visite aux Etats-Unis du négociateur Saeb Erekat et du chef des renseignements Majed Faraj.

L’équipe doit bientôt partir pour rencontrer le Secrétaire d’Etat John Kerry et lui présenter la nouvelle proposition diplomatique d’Abbas.

Pendant la réunion, la question des relations tendues entre l’AP et le Hamas a été abordée, tensions qui ont certainement perduré après la fin du conflit de 50 jours à Gaza.

Il est devenu clair pour le leader palestinien et ses proches collaborateurs que, malgré les civilités et les compliments des dirigeants du Hamas envers l’unité palestinienne et les efforts de réconciliation, les paroles et les actions sont deux choses différentes.

Même pendant le conflit entre Israël et le Hamas, les forces de sécurité du Hamas ont continué de mettre la pression sur les militants du Fatah à Gaza.

On a assisté à des arrestations, des intimidations de membres du Fatah et même eu des exécutions « de collaborateurs présumés » – certaines de ces personnes exécutées étaient des membres du Fatah qui croupissaient dans les prisons du Hamas ces six dernières années.

En outre, pendant le week-end, les membres du Hamas ont empêché l’inauguration prévue de bureaux de 5 « gouverneurs » d’Abbas. Ces 5 personnes avaient été nommées à l’aube du conflit pour prouver que le leader de l’AP avait encore un peu d’autorité dans l’enclave côtière.

L’AP n’est pas restée sans rien faire non plus. Ces deux derniers jours, les services de sécurité de l’AP, les services des renseignements généraux et les forces de sécurité préventive ont mené des vagues d’arrestation de militants du Hamas en Cisjordanie.

En d’autres termes, c’est le train-train habituel entre Hamas et le Fatah : si le conflit de Gaza contre Israël aurait pris fin, celui entre les organisations palestiniennes se poursuit.

Et cette rivalité menace la reconstruction de Gaza. Les proches d’Abbas affirment qu’il ne veut pas jouer au jeu de dupes du Hamas.

Il ne tolèrera pas les agissements du Hamas qui fera des discours sur l’unité mais qui par derrière fera tout son possible pour miner le travail du gouvernement d’unité de l’AP.

Le dirigeant palestinien a mis en place un comité, composé de 5 leaders du Fatah censés négocier avec les leaders du Hamas sur les prochaines étapes de la reconstruction de Gaza.

L’une des demandes de ce comité sera la liberté d’action à Gaza du gouvernement Fatah-Hamas du Premier ministre Rami Hamdallah. Il est de notoriété publique que Hamdadallah appartient ostensiblement du Fatah.

Ce comité exigera la fin des attaques sur les responsables du Fatah à Gaza. Les représentants d’Abbas indiqueront clairement que si le Hamas n’accepte pas ces demandes, les salaires des fonctionnaires du Hamas ne seront pas payés et la responsabilité de la reconstruction de Gaza redeviendra au Hamas.

Mais le Hamas, on peut le supposer, ne se précipitera pas pour abandonner le contrôle de Gaza et laisser la place libre à l’entourage d’Abbas.

Alors qu’il est aux prises avec les tensions avec le Hamas, le dirigeant palestinien entend renouveler sa pression diplomatique sur Israël. Ses plans de paix, qui seront soumis à l’approbation de la Ligue arabe à la fin de cette semaine, comprennent aussi une requête faite conjointement avec les Américains dans les prochains jours pour obliger Israël à proposer un plan du futur Etat palestinien qui servira de base aux négociations.

Une fois qu’Israël proposera ce plan, Abbas compte demander un calendrier pour un retrait israélien de la Cisjordanie et la mise en place d’un Etat palestinien avec Jérusalem comme capitale.

Si Israël refuse ce plan, ou n’y répond pas, l’Organisation de libération de la Palestine projetterait, dans les trois mois, d’obtenir une résolution du Conseil de sécurité de l’ONU qui reconnaîtrait l’établissement d’un Etat palestinien dans les frontières d’avant 1967.

Vu que les Palestiniens s’attendent à ce que les Américains posent un veto à cette résolution, ils comptent donc aussi faire la même requête à l’Assemblée générale. Ensuite, l’OLP projette d’adhérer à différentes organisations internationales, et de faire campagne pour la reconnaissance de la Palestine comme une nation occupée selon les conventions de Genève.

En dernier recours, le plan ambitieux d’Abbas est de mettre fin aux opérations de sécurité avec Israël, si essentielles au calme récent en Cisjordanie, et de confier la responsabilité de la gouvernance des villes palestiniennes à l’armée israélienne.

Mettre fin aux opérations de sécurité n’est encore qu’une vague éventualité, à cette étape. Il pourrait encore avoir des changements, de nouveaux développements et des restructurations dans les plans d’Abbas.

Mais, pour Abbas et ses proches, les choses sont claires : Israël a jusqu’à la fin de l’année pour présenter un plan pour une future Palestine. Si la réponse est négative, une confrontation entre l’AP et Israël sera inévitable, et mènera à la fin de la coopération sécuritaire.