« Aujourd’hui, le président Reuven Rivlin a pris la décision de rejeter la demande de grâce présentée par (le soldat) Elor Azaria », selon un communiqué de la présidence.

Membre d’une unité paramédicale, le soldat franco-israélien avait été filmé le 24 mars 2016 alors qu’il tirait une balle dans la tête d’Abdel Fattah al-Sharif à Hébron en Cisjordanie.

Le terroriste palestinien venait d’attaquer des soldats au couteau. Atteint par balles, il gisait au sol, apparemment hors d’état de nuire quand Elor Azaria l’a tué. La vidéo s’était propagée sur les réseaux sociaux.

Lors d’un procès qui avait profondément divisé ses compatriotes, le soldat israélien avait affirmé avoir craint qu’Abdel Fattah al-Sharif ne dissimule une ceinture d’explosifs sous ses vêtements, mais les juges avaient rejeté cette théorie, le condamnant à 18 mois de prison pour « homicide volontaire ».

Selon Rivlin, gracier Azaria aurait nui à la « résilience » de l’armée.

Le président Reuven RIvlin assiste aux célébrations de la fête de l’indépendance américaine à la résidence de l’ambassadeur des États-Unis en Israël à Herzliya, le 30 juin 2016 (Crédit : Mark Neyman / GPO / Flash90)

Voici le texte de la décision prise par Rivlin de rejeter la demande de grâce d’Azaria, telle qu’elle a été présentée dans une lettre à Azaria lui-même :

« Le président a donné son opinion concernant les délits que vous avez commis et leurs circonstances, le contenu de votre demande écrite, et tous les éléments et avis dont il a disposé, et il a pris la décision de rejeter votre requête.

De l’examen de ce qui lui a été soumis, le président a appris qu’en donnant son jugement, le tribunal militaire a pris en compte les circonstances que vous avez vous-même avancées – et qui apparaissent en partie dans cette demande de grâce – pour faire preuve de clémence, et il a noté qu’il les avait prises en considération en statuant en faveur d’une condamnation plus légère.

De plus, au mois de septembre 2017, le chef d’Etat-major a jugé approprié d’alléger encore un peu plus votre peine et de réduire la condamnation de prison qui vous a été imposée de quatre mois, pour des raisons de compassion et en prenant en considération votre service militaire en tant que soldat en zones d’opérations. [Fin septembre, le chef d’état-major de l’armée, le général Gadi Eisenkot, avait réduit de quatre mois la peine d’Elor Azaria qui a terminé en juillet son service militaire.]

A ce titre, le président a conclu, en prenant tous ces éléments en compte et à la lumière de ce qui est écrit ci-dessus, qu’alléger encore une fois votre peine nuirait à la résilience des forces armées israéliennes et de l’Etat d’Israël. Les valeurs de l’armée israélienne avec, parmi elles, la pureté des armées, sont un fondement au coeur de la force de Tsahal, et sont toujours restées fortes pour nous tous dans le juste combat de notre droit à un foyer national sûr, et à la construction d’une société robuste.

Dans sa décision, le président a également pris en compte le fait que vous rencontrerez une commission dans approximativement trois mois qui réfléchira à votre libération. »

Dans un communiqué, le ministre de la Défense Avidgor Liberman, explique que s’il apprécie le président, il souhaite « exprimer sa tristesse » sur la décision.

Rivlin, continue-t-il, « avait l’opportunité de mettre un terme à cet épisode, qui a divisé la société israélienne ».

« En plus du prix personnel payé par le soldat et sa famille », explique-t-il, il était « dans l’intérêt public dans ce cas unique de considérer également l’intérêt public, le besoin d’apaiser la société israélienne, et l’impact que le procès avait eu sur les soldats de Tsahal et les jeunes qui devaient bientôt faire leur service militaire ».

Il conclut en notant qu’Azaria était « un soldat remarquable » qui a tué « un terroriste ».

Début novembre, Liberman avait recommandé au président d’accepter la demande de grâce.

Avigdor Liberman, ministre de la Défense et président du parti Yisrael Beytenu, pendant la réunion de son groupe parlementaire à la Knesset, le 20 mars 2017. (Crédit : Hadas Parush/Flash90)

Le ministre de l’Education Naftali Bennett a également critiqué Rivlin pour avoir refusé la demande de grâce d’Azaria.

Dans une conversation téléphonique avec la mère du tireur de Hébron, Oshra, Bennett a déclaré : « Je regrette la décision de ne pas grâcier Elor ».

« Transmettez à Elor et [son père] Charlie tout mon amour. Nous n’avons pas d’autre pays et nous ne pouvons pas perdre l’espoir. Nous devons tenir nos têtes droites et être forts ».

Amnesty international avait dénoncé une peine « qui ne reflète pas la gravité » des faits commis par cet ancien soldat tandis qu’un comité de l’ONU la qualifiait « d’inacceptable » pour « ce qui « paraît être une exécution extra-judiciaire ».