Le président conservateur polonais Andrzej Duda a condamné lundi les accents nationalistes, xénophobes et antisémites d’une marche à Varsovie organisée samedi par l’extrême droite à l’occasion de la Fête de l’Indépendance.

Les images de ce rassemblement de plusieurs dizaines de milliers de personnes, avec des explosions de pétards, des fumées colorées de torches fumigènes et des slogans violents ont provoqué une vague de commentaires critiques, y compris dans des médias étrangers, certains dénonçant une « marche fasciste ».

Le ministère israélien des Affaires étrangères et le Comité juif américain ont appelé les autorités polonaises à « agir » à la suite de ce rassemblement, « utilisé pour propager des slogans des partisans de la suprématie de la race blanche et de la rhétorique néo-nazie », selon un communiqué de CJA.

Lundi, au cours d’un déplacement dans le sud de la Pologne, M. Duda a déploré la présence de « bannières apportées par des personnes irresponsables, dont le message est inacceptable pour toute personne honnête en Pologne, parce qu’on ne peut pas mettre un signe d’égalité entre le patriotisme et le nationalisme ».

« Dans notre pays, il n’y a ni place ni accord pour la xénophobie, pour un nationalisme maladif, pour l’antisémitisme », a tonné le président.

Manifestation pour l’anniversaire de l’indépendance de la Pologne, le 11 novembre 2017. (Crédit : AFP/Janek Skarynski)

Le chef du parti conservateur nationaliste au pouvoir Droit et Justice (PiS), Jaroslaw Kaczynski, a déclaré de son côté que parler de « 60 000 nazis » dans les rues de Varsovie, comme ont fait certains commentateurs, c’est « insulter des gens honnêtes, même s’il y a eu des incidents extrêmement malheureux et absolument inadmissibles ».

« C’était une marge d’une marge », a-t-il affirmé à la télévision publique TVP Info.

M. Kaczynski n’a pas exclu une « provocation » de « ceux qui veulent nuire à la Pologne », sans préciser qui il visait.

De son côté, la porte-parole du parti conservateur nationaliste au pouvoir Droit et Justice a admis qu’une telle situation « n’aurait pas dû avoir lieu ».

Beata Mazurek a souligné que son parti avait célébré la Fête de l’Indépendance dans une autre ville (à Cracovie) et n’avait pas participé officiellement à la marche à Varsovie organisée, quant à elle, par un mouvement d’extrême droite, la Jeunesse de la Grande Pologne.

Samedi, des jeunes gens de noir vêtus, mais aussi des familles avec des poussettes et des personnes âgées ont marché en rangs serrés sur quelque trois kilomètres dans le centre de Varsovie sous une forêt de drapeaux polonais.

Le mot d’ordre officiel et rassembleur était « Nous voulons Dieu ! », une expression rappelant un chant catholique interprété parfois aujourd’hui comme un rejet de l’islam.

Outre les « Dieu, honneur et patrie ! » et « Gloire à nos héros ! », des slogans xénophobes et antisémites y ont été entendus comme « JUIfs hors de Pologne », « La Pologne pure, la Pologne blanche ! » et « Foutez le camp avec vos réfugiés ! ».