L’homme soupçonné d’avoir fabriqué la bombe qui a explosé à bord du vol 103 de Pan Am au-dessus de Lockerbie il y a 25 ans tient une page Facebook sur laquelle il a récemment publié des photos de l’attentat et promis d’écrire au sujet des circonstances de l’attaque.

Marwan Khreesat, qui vit aujourd’hui en Jordanie, avait été arrêté en Allemagne en tant que membre du Front Populaire pour la Libération de la Palestine – Commandement Général (FPLP-CG), alors qu’il se trouvait en possession de bombes destinées à faire exploser des avions de ligne. Mais il avait été relâché deux mois avant l’attentat.

Il écrit aujourd’hui des publications régulières dans lesquelles il condamne Israël et l’Autorité palestinienne (pour ses négociations avec Israël), le régime d’Assad et d’autres.

En fin d’année dernière, il s’en est également pris au chef du FPLP-CG Ahmad Jibril, pour qui il aurait construit plusieurs bombes ayant servi à faire exploser des avions dans les années 1970, l’accusant d’avoir abandonné la cause palestinienne et de faire cause commune avec le régime d’Assad.

La semaine dernière, Khreesat a publié un texte dans lequel il se vante de l’attentat commis par le FPLP-CG contre un vol El Al entre Rome et Tel Aviv en 1972, qualifiant l’attaque de « défi au agents de renseignement israéliens, chargés de vérifier les bagages et tout ce qui monte à bord d’un avion. »

Il a été établi que la bombe à bord du vol El Al de 1972 – censée exploser lorsque l’avion avait atteint une certaine altitude – a été cachée dans un tourne-disque confié à deux femmes britanniques par deux hommes arabes, qui ont été arrêtés plus tard.

Marwan Khreesat (Crédit : capture d'écran Youtube)

Marwan Khreesat (Crédit : capture d’écran Youtube)

La bombe a explosé, mais le pilote est parvenu à procéder à un atterrissage d’urgence. « Ce fut une explosion réussie contre l’ennemi israélien », a écrit Khreesat le 14 mars dans une publication Facebook, où il raconte également avoir passé du temps à Rome avec Jibril, alors que les deux hommes attendaient que l’attaque ait lieu.

Dans plusieurs publications récentes relatives à Lockerbie, Khreesat se remémore son arrestation deux mois avant l’explosion du 21 décembre 1988 et publie des photos du cockpit du 747 détruit après l’explosion, de la reconstitution minutieuse des débris de l’avion et d’un poste de radio, similaire à celui qui a caché la bombe.

Il pose une série de questions sans réponses au sujet de l’attentat. « Qui a mené l’opération », a-t-il demandé à l’occasion du 25ème anniversaire de l’explosion. « Israël ? L’Iran ? La Libye ? Qui transportait le système explosif [dans lequel la bombe était cachée] ? … Est-ce que le système venait de l’aéroport de Malte, comme le prétendent les agences de renseignement américaines ? … Quand ces énigmes seront donc résolues ? »

En octobre dernier, Khreesat a affirmé qu’il envisageait d’ « écrire au sujet du Pan Am 103 », et notamment de dire « qui était dans ce vol et quelles furent les circonstances de l’incident. »

Les enquêteurs britanniques et américains ont d’abord pensé que le FPLP-CG avait fait exploser l’avion, à bord duquel sont morts les 259 passagers ainsi que 11 personnes au sol.

Ils ont suggéré que l’attaque avait été commanditée par l’Iran pour venger le fait que le croiseur américain USS Vincennes ait abattu par erreur un avion de ligne iranien dans le Golfe persique six mois plus tôt, tuant 290 personnes.

Les soupçons se sont ensuite portés sur la Libye et un ancien officier des renseignements Abdel Baset al-Megrahi. Megrahi a été condamné et emprisonné en 2001 lors d’un procès dans lequel son complice supposé, Lamin Fhima, a été acquitté. Il est mort en 2012, après avoir toujours clamé son innocence.

Il écrit aujourd’hui des publications régulières dans lesquelles il condamne Israël et l’Autorité palestinienne (pour ses négociations avec Israël), le régime d’Assad et d’autres

En 2007, une commission écossaise a révélé une série d’éléments permettant d’envisager une erreur judiciaire. Le processus ayant permis l’identification de Megrahi a été très largement critiqué et l’authenticité du débris d’un minuteur, qui a servi d’élément central pour prouver l’implication de la Libye, a été remise en question.

Un documentaire d’Al Jazeera diffusé la semaine dernière met en cause le FPLP-CG. Un ancien officier des renseignements iraniens Abolghasem Mesbahi, qui s’est réfugié en Allemagne dans les années 1990, y soutient que l’Iran a commandité l’attentat pour « venger [la chute du vol 655] aussitôt que possible. La décision a été prise par l’ensemble du système iranien et confirmée par l’ayatollah Khomeiny. »

Selon les réalisateurs, Khreesat avait originellement donné son accord pour être interviewé dans le documentaire, mais il a ensuite décliné l’offre, indiquant que « tous ses problèmes viennent de Lockerbie. »