Qu’ont Mozart, Michel Ange et Picasso en commun ? Comme les jeunes artistes qui exposent cette semaine dans le hall des Nations unies à New York, ils sont liés par l’autisme.

L’exposition Speaking Colours a été inaugurée le 10 juin. Le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a participé à l’évènement. Elle est composée de 25 peintures d’enfants israéliens atteints d’autisme.

« Les artistes présentés ici prouvent par leurs ‘speaking colours’ [couleurs parlantes] » que n’importe qui peut atteindre et toucher une autre personne », a déclaré Ban dans son allocution d’ouverture. « Les personnes atteintes d’autisme et d’autres handicaps veulent participer, s’engager et contribuer [à la société] ».

L’exposition coïncide avec le premier jour d’une conférence sur la Convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées, avec un accent particulier cette année sur les jeunes handicapés. Israël a signé la convention en 2012.

« Derrière chacune des peintures que vous voyez, c’est l’histoire d’un enfant qui aspire à s’exprimer », a déclaré Ron Prosor, ambassadeur d’Israël de l’ONU et vice-président de la conférence des Nations unies.

« Il est urgent de sensibiliser au sujet des handicaps, particulièrement ceux qui sont invisibles comme l’autisme qui sont souvent mal compris et mal diagnostiqués », a déclaré Prosor.

Les troubles du spectre autistique (TSA) – un groupe de troubles du développement, qui inclut le syndrome d’Asperger – est caractérisé par des déficiences dans la communication, le comportement et l’interaction sociale. Il devient généralement apparent au cours des trois premières années de vie.

Certains enfants montrent des signes dès la naissance, tandis que d’autres semblent grandir normalement au premier abord, et développent soudain des symptômes quand ils sont âgés de 18 à 36 mois.

Selon la Société israélienne pour les enfants autistes – connue sous son acronyme hébreu, ALUT – plus de 8 000 personnes en Israël ont été diagnostiquées avec un autisme ; 1 sur 100 bébés, avec plus de 250 enfants diagnostiqués chaque année.

Parmi eux, Guy et Nir, les fils jumeaux du pilote d’El Al Dubi Ofer, qui ont été diagnostiqués quand ils avaient deux ans. Les garçons semblaient normaux à la naissance jusqu’à ce que les signes aient prouvé le contraire – ils ne développaient pas de compétences linguistiques, il y avait un manque de contact visuel et d’autres indicateurs associés à la déficience intellectuelle.

« Élever un enfant atteint d’autisme n’est pas facile », a déclaré Ofer à ceux qui ont assisté à l’inauguration de l’exposition. « Mais avec un diagnostic et une intervention précoce, avec une bonne éducation et de bons services, et surtout, avec de la compréhension et l’acceptation de la société, ils peuvent être heureux et en sécurité ».

Alors que Guy a réussi à parler à 5 ans et a appris à lire et à écrire dans une classe ordinaire, Nir, encore aujourd’hui à l’âge de 22 ans, a encore besoin de supervision à temps plein. Il lui faut quelqu’un pour s’assurer qu’il se brosse les dents, prend ses médicaments et reçoit de l’aide pour accomplir les nombreuses autres activités quotidiennes.

« Bien que nous estimions que Nir était un garçon intelligent qui ne pouvait tout simplement pas s’exprimer et ne pouvait pas communiquer avec les autres, nous n’avons pas trouvé un bon moyen de communiquer avec eux », a déclaré Ofer.

Mais cela a changé lorsque ses parents ont découvert qu’il pouvait s’asseoir pendant des heures pour colorier et peindre.

« Avec les bons conseils et surtout la bonne attitude, Nir peut s’exprimer, ce qui montre qu’il comprend beaucoup plus que nous le pensions », a expliqué fièrement le père.

Une peinture de Nir, utilisant des graphiques numériques, fait partie des tableaux exposés.

Des organisations comme ALUT développent de plus en plus le côté artistique de leurs services, qui ont prouvé que cela pourrait être thérapeutique pour les personnes atteintes d’autisme.

« Beaucoup d’enfants autistes ont des difficultés à communiquer leurs sentiments et leurs pensées, mais à travers la peinture et d’autres formes d’œuvres d’art, ces enfants ouvrent une fenêtre sur leur monde intérieur, un monde qui n’est souvent pas accessible », a déclaré Rachel Rosenman, la directrice de développement des ressources d’ALUT.

« Traditionnellement, le seul traitement disponible pour les enfants et les adultes autistes en Israël était l’admission dans les hôpitaux psychiatriques », a-t-elle ajouté. « Aujourd’hui, nous travaillons pour faire progresser les droits des personnes autistes et améliorer les services qui leur sont offerts, à eux et à leurs familles», a déclaré Rosenman.

Depuis 40 ans, ALUT a offert une gamme de programmes – de centres de formation professionnelle à des activités éducatives dans les écoles – conçus pour aider les enfants atteints d’autisme et leurs familles à partir du diagnostic à l’âge adulte.

ALUT recevra la Médaille présidentielle des bénévoles du président Shimon Peres la semaine prochaine lors de l’une des dernières fonctions officielles avant la fin de son mandat le mois prochain.

L’organisation a obtenu récemment le statut consultatif auprès du Conseil économique et social (ECOSOC) des Nations unies, le niveau le plus élevé accordé par l’ONU pour les organisations non gouvernementales.

Cela permettra aux représentants d’ALUT de contribuer aux délibérations de la réunion de cette semaine de la Convention relative aux droits des personnes handicapées, ainsi que d’autres organismes des Nations unies tout au long de l’année.

« Promouvoir les droits des personnes handicapées est une priorité pour Israël », a souligné Prosor. « En braquant une lumière dans les recoins les plus sombres de la société, chaque personne sera en mesure de prendre sa place légitime en tant que membre estimé de nos familles, de nos communautés et de nos nations ».