WASHINGTON — Dans le passé, les informations concernant l’ordre du jour du Comité américain pour les affaires publiques israéliennes (AIPAC) pour le dernier jour de sa conférence politique valaient leur pesant d’or.

Les journalistes se penchaient pour glaner des miettes d’informations avant que des milliers d’activistes de l’AIPAC n’atteignent le Capitole.

Mais cette année, à moins d’un mois de la date butoir des négociations entre l’Iran et les six puissances mondiales, les citoyens lobbystes de l’AIPAC ont reçu le message sur des écrans géants dans une salle remplie par 16 000 personnes. Et ce n’était pas seulement sur les écrans, mais c’était accessible avec des projets de loi et des documents de soutien sur la demande de participation à la conférence de l’AIPAC.

Pour les milliers de personnes attendues pour visiter les bureaux du Congrès mardi, quelques heures après le discours très controversé du Premier ministre Benjamin Netanyahu devant le Congrès, les « demandes » politiques de l’AIPAC vont être difficiles.

Avec un veto présidentiel promis pour deux des trois principales questions à l’ordre du jour, les soutiens du groupe vont devoir se battre s’ils veulent que les projets de loi qu’ils soutiennent soient effectivement transformés en lois.

La politique du lobby de l’AIPAC a trois directions, selon l’écran géant et les grands chefs législatifs de l’AIPAC qui l’ont présenté sur scène : un soutien diplomatique en augmentant la pression, insister pour l’obtention d’un bon accord et vérifier l’accord final. Le nom absent des trois points était, bien sûr, l’Iran.

Au cours des précédentes années, l’Iran a toujours fait partie des missions du lobby, mais il était loin d’être la seule préoccupation.

En 2014, par exemple, une question fondamentale concernait le Projet de loi de Partenariat stratégique américain et israélien qui a finalement été approuvé au Congrès.

Le deuxième principal élément cette année-là était le Projet de loi Iran sans nucléaire, représenté cette année comme le premier élément d’une stratégie totalement focalisée sur l’Iran.

Cette législation, proposée par les sénateurs Mark Kirk (R-IL) et Robert Menendez (D-NJ), qui s’exprimeront à la conférence plus tard cette semaine, imposerait des sanctions supplémentaires à Téhéran si les négociations sur le nucléaire devaient échouer.

Ce projet de loi a été officiellement déposé en janvier, mais les démocrates du Sénat ont promis d’attendre jusqu’au 24 mars pour un vote final.

L’administration Obama s’oppose fermement au projet de loi, qui propose de lourdes sanctions si aucun accord global sur le nucléaire avec l’Iran n’était atteint à la date butoir actuelle, déjà prolongée à deux reprises, du 1er juillet.

Les rapporteurs déclarent que la legislation aidera à faire pression sur l’Iran pour obtenir un accord, mais les opposants considèrent que cela donnera de la matière à ceux qui affirment que les Etats-Unis ont négocié de mauvaise foi.

Netanyahu peut s’exprimer devant le Congrès pour soutenir le projet de loi mardi, mais, déjà en janvier, le président américain Barack Obama avait utilisé un précieux temps de parole lors de son discours sur l’état de l’Union pour garantir qu’il apposerait son veto. Alors les militants de l’AIPAC savent qu’ils doivent obtenir une super majorité protégeant du veto afin de conserver la viabilité du projet de loi.

La stratégie du lobby appelle les soutiens à souligner le fait que le projet de loi ne viole pas les conditions de l’accord intérimaire avec l’Iran connu comme le Plan conjoint d’action, dans lequel Washington s’est engagé à ne pas imposer de nouvelles sanctions lors des négociations.

L’objectif du lobby est de faire la promotion du Projet de loi de révision du Congrès proposé par les sénateurs Corker (R-TN) et Menendez.

Le projet de loi, qui était attendu depuis longtemps et a été finalement déposé vendredi, établirait un processus par lequel le Congrès serait capable de revoir n’importe quel accord avec l’Iran.

Obama a aussi promis de faire valoir son veto sur ce projet de loi, mais cela sera peut-être plus simple à faire passer pour une majorité protégeant du veto.

Contrairement au premier projet de loi, cette législation ne cherche pas à imposer ou à brandir la menace d’autres sanctions supplémentaires. Corker explique que cela donne au Congrès le même pouvoir démocratique que celui que Parlement iranien, le Majlis, possède d’approuver ou de rejeter tout accord sur le nucléaire.

Bien que la base de l’AIPAC va demander à ses représentants de rejeter un « mauvais » accord avec l’Iran, les militants sont encore un peu dans le doute sur ce qu’un « mauvais » ou même un « bon » accord signifierait. C’est ce qui ressort de certains paramètres énoncés dans un projet de lettre à Obama que les membres de l’AIPAC vont faire circuler, et sur lesquels ils veulent recueillir des signatures.

« Un accord nucléaire global final doit restreindre l’infrastructure nucléaire de l’Iran afin que l’Iran ne puisse pas avoir accès à une bombe, et un tel accord doit être durable », lit-on dans la lettre.

Elle exhorte également les négociateurs à « obtenir le maximum d’engagements de transparence de l’Iran » et fait valoir que « tout système d’inspection et de vérification doit permettre l’accès aux emplacements suspects au pied levé, et que les contraintes vérifiables sur le programme nucléaire de l’Iran doit durer des décennies. »

Cette dernière phrase place la lettre en contradiction avec la politique de l’administration Obama, qui semble soutenir un cadre limité avec une clause d’extinction.

De telles clauses stipulent que tous les termes de l’accord global expireront à un certaine date, au-delà de laquelle l’Iran ne ferait face à aucune limitation sur son projet nucléaire, hormis celles qui s’appliquent à toutes les nations nucléaires.