La Fédération protestante de France (FPF) a transmis lundi soir aux autorités du judaïsme français une « déclaration fraternelle » inédite, qui célèbre leur attachement mutuel à la République, en « point d’orgue » aux célébrations des 500 ans de la Réforme.

« Jamais auparavant un tel texte n’avait été rédigé, présenté en amont au judaïsme, afin qu’il puisse être en mesure de l’accueillir et d’y apporter sa réponse », a souligné la FPF, principal organe représentatif des quelque 2 millions de protestants français.

Cette déclaration, présentée lundi soir à la Maison du protestantisme à Paris et intitulée « Cette mémoire qui engage », n’élude pas les blessures du passé, dont celles remontant à la Réforme initiée par le moine antisémite Martin Luther à l’automne 1517.

« A de rares exceptions près, les réformateurs ont reproduit la pensée anti-juive séculaire qui s’enracinait dans une certaine lecture du Nouveau Testament. Ils n’ont pas su s’extraire de l’opposition à Israël dans laquelle l’Église s’était installée », reconnaît le texte.

La FPF « rejette » les propos violemment anti-juifs consignés par Luther dans des écrits de 1542-1543 et « continue à dénoncer avec la plus grande fermeté l’exploitation qui a pu en être faite ».

La déclaration note a contrario de forts points de convergence entre les deux confessions, notamment le fait que « le judaïsme et le protestantisme ont chacun une riche tradition interprétative des Écritures ».

En outre, « la situation sociologique de religion minoritaire » des protestants et « la mémoire de leur propre persécution » par les forces catholiques au 16e siècle ont renforcé leur « identification » au destin juif.

La déclaration souligne une « culture républicaine » commune : « Dès son origine, les communautés juives et protestantes ont défendu le principe de laïcité comme garant de la liberté de conscience et de la liberté religieuse ».

Haïm Korsia, grand rabbin de France. (Crédit : Fred Dufour/AFP)

« La déclaration fraternelle que nous avons souhaité adresser au judaïsme français veut être un signe irréfragable de la confiance que Dieu nous offre aux uns et aux autres », a déclaré le président de la FPF, le pasteur François Clavairoly, selon le texte transmis à la presse.

« Je veux souligner la spécificité des relations judéo-protestantes dans le spectre plus large des relations judéo-chrétiennes », a dit pour sa part le grand rabbin de France, Haïm Korsia.

« Le partage du Livre est commun à toutes les religions abrahamiques, mais la capacité d’interprétation de ce texte sacré rapproche plus encore les juifs et les protestants », a ajouté le chef spirituel de la première communauté juive d’Europe, forte d’un demi-million de membres.