Le directeur du grand rabbinat a reconnu lundi que des réformes étaient nécessaires dans l’industrie de la supervision de la casheroute. Il a ajouté que le processus était traité par une commission spéciale, et a déclaré aux députés qu’il était « attentif aux critiques » sur le sujet.

Pendant une session de la commission de l’Economie de la Knesset qui s’est à plusieurs reprises transformée en match de boxe, le rabbinat et les députés ultra-orthodoxes ont catégoriquement affirmé que l’institution n’avait pas de « monopole » sur l’industrie casher, et ont refusé les chiffres du ministère des Finances, qui estime le coût de la casheroute supervisée par le rabbinat à plus de 600 millions de shekels par an.

D’autres députés des partis Koulanou et Yesh Atid ont accusé le rabbinat de nuire aux commerçants en leur demandant des prix élevés pour ses services, et en exigeant des conditions scandaleuses pour l’obtention de la certification casher.

Le député Elazar Stern, du parti Yesh Atid, a affirmé que le mot « casher » était devenu synonyme de « corruption ».

Moshe Dagan, le directeur du grand rabbinat, a cependant souligné qu’il était « attentif aux critiques. Nous sommes conscients que des choses doivent changer. »

Dagan a aussi rejeté la caractérisation de « monopole », déclarant que le rabbinat recevait par la loi le pouvoir lui permettant d’être l’autorité centrale contrôlant la supervision de la casheroute en Israël. Il a déclaré que le rabbinat avait mis en place une commission pour proposer des réformes du processus d’autorisation des certificats.

L'entrée de l'immeuble du grand rabbinat d'Israël à Jérusalem, en juillet 2013. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

L’entrée de l’immeuble du grand rabbinat d’Israël à Jérusalem, en juillet 2013. (Crédit : Yonatan Sindel/Flash90)

« Avec tout mon respect, je pense que ces solutions doivent venir d’experts, de professionnels, de rabbins qui travaillent dans ce domaine », a-t-il déclaré. La commission du rabbinat a lancé un appel ouvert aux suggestions, et des invitations ont été faites à la députée de Koulanou Rachel Azaria et au groupe de lobbying Neemanei Torah VaAvodah pour qu’elles présentent leurs idées, a déclaré Dagan.

La commission a été formée après que la Haute cour de justice a estimé en juin que les commerces pouvaient se présenter comme casher que s’ils possédaient un certificat du grand rabbinat orthodoxe. Le jugement de la cour a cependant souligné les vastes critiques du système actuel, et a donné deux ans au rabbinat pour s’améliorer.

En Israël, les certificats de casheroute des commerces sont accordés par les autorités rabbiniques locales de l’Etat, les commissions de casheroute. Elles dépendent du grand rabbinat. Des inspecteurs de casheroute rendent visite aux candidats, et supervisent leurs cuisines pendant la préparation de la nourriture, pour garantir que leurs méthodes répondent aux critères de la loi juive [halakha].

Cependant, la communauté ultra-orthodoxe gère différentes commissions de certification, appelées « Badatz », qui fournissent un service à ceux qui exigent des critères de casheroute plus stricts.

Dagan a appelé à l’unification des normes juives en matière de casheroute au sein de toutes les commissions qui proposent une approbation de la casheroute, y compris avec les commissions des ultra-orthodoxes quasi privées.

« Nous devons établir deux niveaux de casheroute : basique, et mehadrin (strict), et je suis certain que tout le monde sera d’accord avec ça », a-t-il déclaré.

Le débat de lundi était en partie concentré sur un rapport préliminaire du ministère des Finances, qui affirme que l’industrie de la casheroute en Israël coûte 2,8 milliards de shekels par an. Les dépenses du rabbinat représentent 600 millions de shekels, selon le rapport. Le rapport préliminaire, publié il y a près d’un an, affirme que l’industrie entraîne une hausse du prix des produits alimentaires.

Pendant la réunion, Azaria a brandi une bouteille d’eau gazeuse portant trois certifications de casheroute différentes, une du rabbinat, et les deux d’associations ultra-orthodoxes privées.

Rachel Azaria, députée de Koulanou, pendant une réunion de la commission de l'Economie de la Knesset, le 16 janvier 2017. (Crédit : autorisation)

Rachel Azaria, députée de Koulanou, pendant une réunion de la commission de l’Economie de la Knesset, le 16 janvier 2017. (Crédit : autorisation)

« Le coût de la casheroute du rabbinat sur le marché est de 2,8 milliards de shekels par an », a-t-elle déclaré, citant le rapport des Finances, qu’elle a décrit comme une estimation « conservatrice ».

« Donc si chaque produit a trois certifications, les coûts sont bien plus élevés, sans aucune raison, est c’est un fardeau pour la population israélienne. »

Le Centre d’information et de recherche de la Knesset a cherché à reproduire l’étude du ministère des Finances. Il a conclu que le rabbinat récoltait 30 millions de shekels par an en frais de certification auprès de quelque 15 000 entreprises.

Il a cependant souligné que les données sur les superviseurs de casheroute étaient « insuffisantes » et que, par conséquent, il ne pouvait établir une relation directe entre les prix des aliments et l’industrie de la casheroute, selon un représentant du Centre. Le directeur du rabbinat, Dagan, a rejeté le rapport du ministère, basé selon lui sur des données « partielles », « sans aucune coordination avec le rabbinat ».

« Nous nous en tenons à ces chiffres », a déclaré pendant la réunion Maayan Nesher, des Finances. Elle a annoncé que le ministère des Finances publierait dans les prochaines semaines un rapport complet, avec une ventilation détaillée.

Presque tous les députés présents respectent la casheroute. Ceux qui ont sévèrement critiqué le rabbinat ont précisé que leur plainte portait sur les aspects bureaucratiques et institutionnels, et pas religieux.

La plupart des critiques exprimées par les députés pendant la réunion se sont concentrées sur les règles du rabbinat, qui empêchent par exemple les hôtels de servir des épis de maïs et des fraises par crainte des insectes, et le coût élevé de l’emploi d’un superviseur de casheroute.

Azaria a cité l’exemple d’un restaurant du nord d’Israël, à qui le rabbinat a affirmé qu’il devait employer deux superviseurs, l’un de 7h00 à 16h00 et l’autre de 16h00 à minuit, pour un coût mensuel prohibitif pour le restaurant, s’il voulait garder sa certification.

La députée de Yesh Atid, Aliza Lavie, a déclaré que quand son frère avait ouvert une pizzeria à Netanya, il lui avait été dit qu’il ne pouvait acheter de la laitue qu’à un seul vendeur du marché local.

Contrant les accusations de frais exorbitants, Amichai Filber, le directeur du département de la casheroute du ministère des Affaires religieuses, a déclaré à la commission que 30 % des commerces payaient moins de 600 shekels par an pour l’approbation de la casheroute.

Environ 60 % des entreprises paient plus de 1 200 shekels par an, a-t-il affirmé. En ce qui concerne les plaintes sur le coût des superviseurs de casheroute, Filber a affirmé qu’ils étaient la plupart du temps payés au salaire minimum.

Si vous allez dans un restaurant et achetez un fallafel, vous avez couvert la majorité des frais quotidiens de casheroute de l’établissement, a-t-il affirmé.

Les députés des partis ultra-orthodoxes Shas et Yahadout HaTorah ont eux aussi rejeté les accusations de monopole. Ils ont souligné que des dizaines de certifications ultra-orthodoxes privées agissaient indépendamment du rabbinat, et rappelé que personne ne forçait les hôtels et les restaurants à choisir ces options plus strictes.

La députée du Meretz Tamar Zandberg a cependant déclaré que la « concurrence est unilatérale », puisque qu’elle ne permet que des alternatives plus strictes à la casheroute du rabbinat.