GENÈVE – Israël a respecté et même dépassé les exigences du droit international pendant la guerre de Gaza avec le Hamas en 2014, ont déclaré lundi des experts militaires de premier plan devant le Conseil des droits de l’Homme des Nations Unies.

Les experts militaires ont mis en garde que le rapport des Nations Unies publié récemment sur la guerre, qui conclut qu’Israël et les groupes terroristes palestiniens ont peut-être commis des crimes de guerre pendant le conflit de 50 jours, risque d’inciter les terroristes à travers le monde à s’intégrer au sein des populations civiles dans des conflits futurs.

S’exprimant lors d’un panel organisé par les organisations pro-israéliennes UN Watch and NGO Monitor, à Genève, les membres de deux équipes militaires indépendantes qui ont étudié le conflit au cours des derniers mois ont fustigé la commission d’enquête de l’ONU dirigée par Mary McGowan Davis pour avoir omis d’avoir suffisamment consulté des experts militaires de la guerre, se fiant plutôt à des témoignages recueillis par des organisations non gouvernementales locales, et pour ne pas connaître les défis sans pareil posés par des organisations terroristes dotées de capacités militaires importantes.

Selon le général (à la retraite) Mike Jones, ancien commndant de l’United States Central Command (CENTCOM) et membre du groupe de travail d’évaluation sur le conflit de Gaza en 2014, lequel a présenté un rapport sur la guerre commandé par le Jewish Institute for National Security Affairs (JINSA), le rapport Davis a insuffisamment considéré la nature évolutive des conflits, qui a mené des acteurs non étatiques tels que le Hamas à acquérir des capacités militaires jusqu’ici réservées aux armées régulières.

« Le Hamas et d’autres groupes armés ont intensifié les opérations militaires sans intention de vaincre militairement l’armée israélienne », a expliqué Jones lors du panel.

« Au contraire, il est clair pour nous que l’objectif stratégique était de gagner la guerre de l’information, avec des opérations et des activités militaires soutenant l’effort d’information. »

« Participer à cette évaluation sans une base solide d’expertise militaire opérationnelle pour informer votre jugement … on aurait pu penser que la commission aurait un appétit vorace pour des points de vue de gens comme le général Jones et les généraux qui l’accompagnent », a déclaré le lieutenant-colonel (à la retraite) Geoffrey Corn, professeur de droit international à la faculté de droit du Texas du Sud.

Corn a conseillé au groupe de travail d’évaluation de Gaza des généraux américains à la retraite dans le rapport JINSA publié en mars.

Le lieutenant colonel Geoffrey Corn, un professeur de droit qui a conseillé le comité JINSA, parle devant le Conseil des droits de l'homme des Nations Unies le 29 juin 2015 (Photo: Autorisation UN Watch / Oliver O'Hanlon)

Le lieutenant colonel Geoffrey Corn, un professeur de droit qui a conseillé le comité JINSA, parle devant le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, le 29 juin 2015 (Photo: Autorisation UN Watch / Oliver O’Hanlon)

Le rapport, intitulé “2014 Gaza War Assessment : the new face of conflict » (« Evaluation sur la guerre de Gaza de 2014: le nouveau visage de conflit »), a démontré que la retenue d’Israël dans l’exercice de ses capacités militaires a « involontairement permis au Hamas de dénaturer à la fois la loi et les faits à leurs propres fins au détriment ultime de la sécurité des civils, pour laquelle le Hamas est seul responsable ».

Le rapport de l’ONU risque d’avoir de graves répercussions sur les futurs combats livrés par l’armée américaine contre les organisations terroristes, fait valoir le rapport

Le rapport de 75 pages du JINSA se réfère au Hamas comme un « adversaire hybride », un acteur non-étatique possédant des systèmes d’armes avancés, mais choisissant d’adopter une doctrine de « guerre sans restriction » d’une manière « susceptible d’être étudiée par d’autres pays et organisations terroristes ».

Réalisant qu’Israël possède des systèmes d’alerte et de défense anti-missiles le rendant largement à l’abri de roquettes en provenance de Gaza, le Hamas a cyniquement travaillé pour forcer Israël à frapper des cibles civiles – ce qui serait légitime au regard du droit des conflits armés -, provoquant une pression internationale qui a pour but de mener à des concessions politiques israéliennes, ont fait valoir les experts.

Un obus sur le sol de l'école Sobhi Abu Karsh fortement endommagé dans le quartier Chajaya de la ville de Gaza, un bastion du Hamas, le mardi 5 août 2014 (Crédit photo: Mohammed Abed / AFP)

Un obus sur le sol de l’école Sobhi Abu Karsh, dans le quartier Chajaya de la ville de Gaza, un bastion du Hamas, le mardi 5 août 2014. (Crédit photo: Mohammed Abed / AFP)

A lire rapport de l’ONU, ont estimé les experts militaires, le stratagème du Hamas semble avoir fonctionné.

Plutôt que de juger Israël selon les principes de nécessité, d’humanité, de précaution, de distinction et de proportionnalité prescrites par les lois des conflits armés, la commission Davis a eu recours à une condamnation a posteriori « fondée sur les effets », accusant Israël sur la base des dommages collatéraux causés à grande échelle dans la bande de Gaza, ont conclu les experts.

Le rapport de l’ONU risque d’avoir de graves répercussions sur les futurs combats livrés par l’armée américaine contre les organisations terroristes, a fait valoir le rapport.

Les groupes armés utilisant les « tactiques illégales » du Hamas « saperont la légitimité des opérations américaines, encourageront les acteurs internationaux à condamner les États-Unis et à faire pression sur eux et mineront leur volonté de poursuivre de telles campagnes », y lit-on.

« Lorsqu’on fait face à un tel adversaire, une grande retenue inutile dans les opérations militaires américaines n’apportera pas la victoire », affirme le rapport.

Des commandos marins américains s'entraînant à la guerre urbaine en 1998 (Photo illustrative: Sergent David J. Ferrier, US Marine Corps / DOD)

Des commandos américains s’entraînant à la guerre urbaine, en 1998. (Photo illustrative: Sergent David J. Ferrier, US Marine Corps / DOD)

Pendant ce temps, les résultats préliminaires d’une deuxième enquête militaire indépendante, commanditée par la Friends of Israel Initiative dirigée par l’ancien président espagnol Jose Maria Aznar, ont été publiés le mois dernier et transmis à la commission Davis pour examen.

Dirigée par le général Klaus Naumann, ancien chef d’état-major de l’armée allemande (Bundeswehr) et président du Comité militaire de l’OTAN, et comprenant des experts de sécurité des États-Unis, d’Espagne, d’Italie, d’Australie, de Grande-Bretagne et de Colombie, le groupe international de militaires de haut niveau a dit qu’il avait bénéficié d’un « accès sans précédent au gouvernement israélien et à l’armée israélienne » lors d’une visite en Israël du 18 au 22 mai dernier.

« Nous n’avons aucun doute que ce n’était pas une guerre qu’Israël a voulu », écrivait le groupe le 31 mai

« Nous n’avons… aucun doute que ce n’était pas une guerre qu’Israël a voulu », a écrit le groupe à Davis, dans une lettre datée du 31 mai.

« En réalité, Israël a cherché à éviter le conflit et exercé une grande retenue sur une période de plusieurs mois avant la guerre, lorsque ses citoyens étaient visés par des tirs de roquettes sporadiques en provenance de Gaza. Une fois que la guerre avait commencé, Israël fit des efforts répétés pour mettre fin aux combats. La guerre qu’Israël a finalement été contraint de mener contre le Hamas et d’autres extrémistes de Gaza fut une guerre légitime, nécessaire pour défendre ses citoyens et son territoire contre une attaque soutenue au-delà de ses frontières ».

Le colonel Richard Kemp, un officier britannique à la retraite et membre du Groupe des militaires de haut niveau, a eu lundi un langage moins diplomatique pour décrire son indignation à propos de la comparaison faite par le rapport de l’ONU entre l’armée israélienne et le Hamas dans le conflit de l’année dernière.

Le colonel Richard Kemp parle devant le Conseil des droits de l'homme des Nations Unies le 29 juin 2015 (Photo: Autorisation UN Watch / Oliver O'Hanlon)

Le colonel Richard Kemp devant le Conseil des droits de l’homme des Nations Unies, le 29 juin 2015 (Photo: Autorisation UN Watch / Oliver O’Hanlon)

« C’est une faillite morale », a-t-il dit à l’auditoire.

« Il n’y a pas de comparaison entre les deux. L’armée israélienne est l’armée légitime d’un gouvernement démocratique dans une démocratie libérale occidentale combattant pour défendre son peuple. Le Hamas est une organisation terroriste impitoyable … déterminée à supprimer et réprimer brutalement le peuple de Gaza.

« Quel est le rapport ? C’est comme comparer l’armée américaine et l’État islamique », a-t-il conclu.