Lors de sa dernière saison de fouilles, le projet d’excavation de Gezer a probablement mis la main sur l’une de ses découvertes les plus impressionnantes jusqu’à maintenant – une preuve matérielle de la destruction complète de la ville par les Egyptiens telle qu’elle a été dépeinte dans le livre des Rois, dans la bible.

Trois squelettes brûlés ont été découverts cet été sur le site archéologique de Tel Gezer par une équipe de ce projet d’excavation.

Ce consortium d’institutions fouille les lieux depuis le mois de juin 2006, avec à sa tête Steve Ortiz du SWBTS (Southwestern Baptist Theological Seminary), un séminaire théologique baptiste, et Sam Wolff, de l’Autorité des antiquités israéliennes.

Les précédentes fouilles ont permis de trouver des trésors cachés cananéens et un palais datant de l’époque du Roi Salomon.

« L’adulte reposait sur le dos avec les bras au-dessus de la tête. L’enfant, qui portait des boucles d’oreilles, était placé aux côtés de l’adulte, sur sa gauche. La pièce où ils se trouvaient était remplie de cendres et de briques en boue effondrées », a déclaré Ortiz à Haaretz dans un article détaillé consacré à cette découverte.

Dans une seconde zone, d’autres restes de squelette humain ont été découverts sous une pile de gravats. « Ce cas individuel atteste de la nature violente de la destruction car il est clair qu’il a vécu le traumatisme de l’événement », a expliqué Ortiz.

Les restes incendiés d'un squelette adulte, issu probablement de la destruction de Gezer par le pharaon égyptien Merneptah il y a 3200 ans (Crédit : Institut Tandy d'archéologie)

Les restes incendiés d’un squelette adulte, issu probablement de la destruction de Gezer par le pharaon égyptien Merneptah il y a 3200 ans (Crédit : Institut Tandy d’archéologie)

Dans le premier livre des Rois, 9:15-16, il y a un récit du roi Salomon appelant les travailleurs à reconstruire Gezer et d’autres villes, qui avaient été brûlées par le pharaon égyptien : « Pharaon, roi d’Egypte, était monté et s’était emparé de Gezer. Après l’avoir incendiée et avoir tué les Cananéens qui habitaient dans la ville, il l’avait donnée en dot à sa fille, femme de Salomon » (le règne du toi Salomon est habituellement daté entre l’an 970 et l’an 931 avant l’ère commune).

Dans Haaretz, Ortiz indique que les Egyptiens préféraient généralement soumettre les villes vassales et continuer leurs sources de revenu. L’important embrasement et les « destructions lourdes suggèrent que le pharaon égyptien a rencontré une grande résistance chez les habitants de Gezer ».

Dans un article de suivi paru dans la presse baptiste, Ortiz a souligné la signification de ce niveau de résistance, établissant qu’il « est conforme à ce que nous savons sur Gezer dans la bible ».

Selon Ortiz, qui en plus de son travail au SWBTS est professeur d’archéologie et directeur de l’Institut Tandy, la destruction par l’Egypte de la ville est survenue durant ou presque immédiatement avant la période de la conquête d’Israël. Des spécialistes ont soutenu que cette conquête pouvait avoir eu lieu au 14e, 13e, ou 12e siècle avant l’ère commune.

Un sceau en cylindre dépeint le Dieu Levantin  Reshef (avec une tête de gazelle)  en train de manier un arc en direction de 12 ennemis et de deux captifs à genoux (Crédit : Institut Tandy d'archéologie)

Un sceau en cylindre dépeint le Dieu Levantin Reshef (avec une tête de gazelle) en train de manier un arc en direction de 12 ennemis et de deux captifs à genoux (Crédit : Institut Tandy d’archéologie)

Parmi les autres objets trouvés dans les pièces incendiées, une amulette datant du 13e siècle avant l’ère commune et des sceaux cylindriques dépeignant la guerre qui, selon Ortiz, apportent également la preuve des campagnes militaires entreprises par l’Egypte à la fin de l’âge de bronze.

Ces nouvelles découvertes semblent confirmer une inscription mentionnant la capture de Gezer qui a été trouvée sur la fameuse stèle de Merneptah, ou stèle d’Israël. Cette stèle de la victoire, qui contient la première mention du mot « Israël », remonte à l’an 1208 avant l’ère commune.

La stèle de Merneptah, datant d'à peu-près l'an 102 avant l'ère commune, a été découverte en 1896 et se trouve dorénavant au musée égyptien du Caire (Crédit : CC-BY-SA, via wikipedia)

La stèle de Merneptah, datant d’à peu-près l’an 102 avant l’ère commune, a été découverte en 1896 et se trouve dorénavant au musée égyptien du Caire (Crédit : CC-BY-SA, via wikipedia)

Le texte inscrit sur ce bloc de granit noir, exposé dorénavant au musée égyptien du Caire, salue les victoires remportées par Merneptah sur ses ennemis de Libye et leurs alliés des peuples de la mer. Les deux lignes finales décrivent une autre campagne durant laquelle le gouvernant a vaincu et détruit Ashkelon, Gezer, Yanoam et Israël.

« Les Cananéens ont été dépouillés de tout mal.
Ashkelonlon a été vaincu.
Gezer a été saisie.
Yenoam n’existe plus.
Israël est détruit, sa semence même n’est plus. »

Gezer était situé au carrefour des routes commerciales reliant l’Egypte à la Syrie et l’Anatolie à la Mésopotamie. Et la route menant à Jérusalem et Jéricho était également proche. Comme le montrent des correspondances diplomatiques entre l’Egypte et ses vassaux, retrouvées dans les tablettes d’Amarna, les Egyptiens ont gouverné Canaan pendant des centaines d’années. Selon les spécialistes, la stèle d’Israël offre un témoignage des germes de la révolte des Cananéens dans la région.

Cette révolte pourrait-elle être reliée à la description de Gezer dans le livre de Josué, où elle est présentée comme l’une des villes les plus importantes de la région ?

« Le roi de Gezer était apparemment l’un des chefs [de la région]. Dans les récits de conquête, nous le voyons gérer d’autres rois cananéens. Ainsi, le récit biblique garde ce souvenir de Gezer en tant que ville importante », a dit Ortiz.

Une lettre cunéiforme akkadienne trouvée à  Amarna. (Crédit : Domaine public)

Une lettre cunéiforme akkadienne trouvée à Amarna. (Crédit : Domaine public)

Maintenant que les fouilles sont achevées sur le site, l’équipe d’archéologues devrait commencer des recherches intensives sur ses objets d’art et ses trouvailles.

Au vu des squelettes récemment découverts, Ortiz a d’ores et déjà de nombreuses questions sans réponses, certaines auxquelles il espère pouvoir répondre en approfondissant son étude.

« Nous ne pouvons que présumer de ce qu’ils faisaient dans la construction à la veille des destructions. Est-ce qu’ils se cachaient ? Est-ce qu’ils fuyaient les soldats égyptiens ? Est-ce qu’ils sont rentrés dans les bâtiments pour récupérer leurs objets de valeur ? » s’est interrogé Ortiz.