Le président de l’Autorité des titres israélienne (ISA), Shumel Hauser, a demandé au procureur général de lui accorder l’autorité de fermer l’industrie des options binaires d’Israël.

La demande et d’autres commentaires dénonçant les entreprises de fraude constituent la déclaration en date la plus forte et la plus directe du chef de la régulation sur le besoin de fermer des compagnies en Israël qui vendent frauduleusement des options binaires à des clients basés à l’étranger par téléphone et internet, dans une arnaque qui dure depuis des années et dans laquelle des victimes du monde entier sont excroquées de larges sommes d’argent.

« Parce que l’Autorité de l’ISA est actuellement limitée à la régulation et au contrôle des organismes qui offrent des options binaires aux Israéliens (et pas à des personnes à l’étranger), Hauser a contacté le procureur général d’Israël (Avichai Mandelblit) en lui demandant d’élargir l’autorité de l’ISA et de changer la loi afin qu’elle puisse également interdire le marketing des options binaires d’Israël vers des clients étrangers », a déclaré l’ISA dans un communiqué, qui a été présenté le 19 octobre dans programme Laila Calcali (la Nuit économique) de la Dixième chaîne.

Hauser, a déclaré l’ISA, considère que l’industrie des options binaires frauduleuses d’Israël constitue « un phénomène terrible qui fait du tort à des personnes innocentes et attise les braises de perceptions négatives des Israéliens et des Juifs ».

Citant le livre biblique d’Isaïe, Hauser a fustigé les fournisseurs israéliens d’options binaires comme « les destructeurs et les responsable du gâchis qui a lieu parmi vous (Isaïe, 49 :17). Le verset, visant les peuple biblique d’Israël, est souvent interprété en hébreu moderne pour faire référence aux ennemis de l’intérieur qui apportent la ruine sur une société qui les a élevés ».

Dans l’un des messages les plus durs qu’il a prononcés jusqu’à présent, Hauser a ajouté que « nous devons prendre toutes les mesures possible pour éradiquer ce phénomène [des options binaires] ».

La fraude exposée

Au cours des derniers mois, le Times of Israel a détaillé la fraude massive des entreprises israéliennes d’options binaires, à partir de mars dans un article intitulé « Les Loups de Tel Aviv« .

Si toutes les entreprises qui proposent des options binaires ne sont pas frauduleuses, beaucoup d’entre elles qui affirment proposer à leurs clients de faire des investissements lucratifs à court terme utilisent en réalité diverses ruses, y compris de la désinformation, en manipulant des plate-formes de commerce truquées et en refusent ouvertement de rendre les dépôts afin de voler l’argent de leurs clients.

Des milliers d’Israéliens travaillent dans l’industrie des options binaires, dont une bonne partie est frauduleuse, avec un chiffre d’affaires annuel estimé à des centaines de millions de dollars, si ce n’est des milliards.

Toutes les entreprises d’options binaires israéliennes ne sont maintenant pas autorisées par l’ISA à cibler des clients israéliens, mais elles restent libres de démarcher des clients à l’étranger. L’ISA a aussi rejeté les demandes des licences pour des nombreuses entreprises étrangères.

Les Etats-Unis ont interdit aux compagnies étrangères d’options binaires de cibler ses citoyens, et de nombreux pays, y compris les Etats-Unis, le Canada et la France, enquêtent sur des fraudes aux options binaires basées en Israël parce que leurs citoyens ont été excroqués. En août, la Belgique a été le premier pays européen à interdire l’industrie.

Hauser a déclaré au Times of Israel en août qu’en « tant que régulateur, sioniste, et père » l’industrie frauduleuse « me semble horrible ». Il a qualifié les entreprises basées en Israël de « dégoûtantes » et un problème d’importance nationale, et il a promis de modibliser tous les secteurs juridiques pour traiter cette question.

Il y a quelques semaines, Haim Toledano et Sa’ar Pilosof, deux hommes associés à l’entreprise israélienne d’options binaires Toyga, qui vend les marques UFX et Ubinary, ont été arrêtés pour des suspicions d’évasion fiscale après que leurs noms soient apparus dans l’affaire des Panama Papers, une fuite de 11,5 millions de documents qui révèlent l’information financière sur des clients pour plus de 200 000 entités offshore.

Les documents ont été créés par le cabinet d’avocat panaméen Mossac Fonseca. Un porte-parole de l’Autorité des Finances d’Israël a déclaré au Times of Israël à l’époque que d’autres entreprises impliquées dans les Panama Papers sont visées par des enquêtes et plus d’arrestations sont attendues. Le porte-parole n’a pas commenté pour préciser si d’autres arrestations liées à des options binaires étaient imminentes. Des centaines de marchés de change, des détenteurs et bénéficiaires israéliens d’options binaires sont nommés dans les Panama Papers.

Dans un entretien récent avec le Times of Israël, Itzik Shurki, le directeur du Département de la Supervision des Plate-formes de Commerce et d’Echange de l’ISA, a encouragé les personnes qui pensent avoir été les victimes de fraudes par des entreprises d’options binaires avec une présence en Israël à se faire connaître.

« Il est important de se faire connaître. Nous sommes heureux et nous voulons encourager les victimes à se faire connaître, a-t-il déclaré. Ils devraient contacter leur régulateur local qui nous contactera ».

L’ISA autorise 5 marchés de change et entreprises CFD

Alors que l’ISA a interdit les entreprises d’options binaires de cibler des clients israéliens en mars dernier, elle a récemment accordé des licences à cinq des plus de 20 entreprises qui travaillent dans un domaine similaire, des marchés d’échange ou des entreprise de commerce en ligne CFD, qui ont demandé une autorisation pour soliciter des Israéliens.

D’autres pays, comme la Belgique, qui ont interdit les marchés de change importants et les entreprises CFD en plus des entreprises d’options binaires, affirment que les marchés de change et les CFD peuvent également poser un problème aux clients.

Des entreprises dont la demande de licence a été rejetée par l’ISA ou qui ont retiré leur demande incluent FCIG Capital, Trade Marker, AGM Markets Ltd., Easy Trade, imarkets, Etrader, Prime Broker, iforex Israel, USG Capital, itrader, Smart Capital, General Trade et Etoro.

Le Times of Israel a appris que l’ISA a rejeté les demandes de plusieurs de ces entreprises après avoir entendu leurs conversations avec des clients. Certains des propriétaires des entreprises qui n’ont pas réussi à obtenir une licence israélienne gèrent des marques qui ciblent des clients étrangers.

Les cinq entreprises ayant obtenu des licences israéliennes sont Atrade, FXCM Israel, First Index, Real Forex and Plus500.

Interrogé pour savoir s’il pense que le modèle de soi-disant bureau de contrepartie qui caractérise la plupart des entreprises israéliennes de marchés de change et CFD, dans lequel « l’investisseur » parie contre l’entreprise, est bon pour les investisseurs, Shurki a répondu :

“Il y avait des législateurs israéliens qui voulaient totalement proscrire le Forex mais la Knesset a décidé de l’autoriser. C’est une industrie qui opère partout, pas seulement en Israël. Mais l’ISA a demandé la restriction sévère de l’effet de levier. Si aujourd’hui, l’effet de levier permis pour les devises est de 1/100 alors que pour d’autres produits, il est de 1/40 ou 1/20, divisez ces nombres par quatre et c’est ce que nous proposions à l’origine. Mais le comité des Finances de la Knesset a décidé de permettre un effet de levier supérieur.

Concernant les entreprises de trading forex et de CFD qui ont reçu des permis israéliens, Shurki a indiqué que l’ISA avait interrogé à leur sujet des régulateurs étrangers et qu’aucune d’entre elles n’auraient, selon eux, commis de violations flagrantes à l’étranger. Et si un tel cas devait se présenter, la licence israélienne de l’entreprise pourrait être abrogée, a-t-il expliqué.

Interrogé sur le fait que Plus500 ait utilisé comme organisme de paiement une entreprise nommée Counting House, qui a été récemment placée sur la liste noire du Département du Trésor américain en tant qu’organisation criminelle transnationale ayant trempé dans le blanchiment d’argent, Shurki a rappelé que « Plus500 Israel est une entreprise israélienne. Tous les traitements des cartes de crédit et tous les transferts d’argent sont effectués au niveau local. Les entreprises que nous régulons ici ne travaillent pas avec les investisseurs étrangers ».

Toutefois, si la maison-mère d’une entreprise locale devait rencontrer des problèmes à l’étranger, la licence israélienne pourrait être révisée, a-t-il indiqué.

Counting House figure maintenant sur la liste Specially Designated Nationals (SDN) de l’Office of Foreign Assets Control (OFAC) du Département américain du Trésor. Tout Américain ou toute entité soumise à la juridiction des Etats-Unis est dans l’obligation de bloquer les avoirs ou la participation aux avoirs d’un SDN. Cela peut inclure un compte bancaire ou les fonds d’un SDN et/ou tout actif ou propriété appartenant à un SDN ou dans lequel un SDN possède un intérêt situé aux Etats-Unis ou détenu par un ressortissant américain.

On ignore si Plus500 possède des actifs qui ont été gelés dans des comptes détenus par Counting House. Shurki a ajouté que ces entreprises à qui des licences ont été octroyées pour opérer en Israël seront dorénavant sujettes à plus de contrôle.

“Ce n’est pas comme un permis de conduire, vous ne l’obtenez pas pour ensuite faire ce que vous voulez. Vous serez maintenant sous la supervision continue de l’ISA. Chaque mois, les entreprises doivent soumettre 5 à 6 rapports, ainsi que des rapports trimestriels et annuels. Nous prévoyons de les surveiller étroitement ».

Tandis qu’elle a licencié les cinq entreprises de Forex et de CFD, l’ISA n’a octroyé aucun permis aux entreprises israéliennes d’options binaires.