L’autorité britannique de régulation de l’audiovisuel a rejeté les plaintes liées à une série d’investigations d’Al-Jazeera, qui montre un employé de l’ambassade d’Israël tentant d’influencer des membres du Parlement britannique.

Ofcom a reçu plusieurs plaintes contre le documentaire en quatre épisodes, « The Lobby », qui affirmait que le reportage était antisémite et prenait un parti-pris injuste, a annoncé Al-Jazeera sur son site internet.

Shai Masot, un employé de l’ambassade israélienne qui a ensuite démissionné, a été filmé par un journaliste d’Al-Jazeera en caméra cachée en train de conspirer pour « faire tomber » des élus, notamment le secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères Alan Duncan – qui était perçu comme hostile à Israël.

L’ambassadeur d’Israël à Londres, Mark Regev, avait appelé Duncan pour s’excuser après la diffusion de l’émission. Un porte-parole israélien avait rapportait que selon Regev: « l’ambassade considère que ces propos sont totalement inacceptables. »

Un employé de l'ambassade israélienne en Grande-Bretagne, Shai Masot filmé en caméra cachée en janvier 2017. (Crédit : capture d'écran YouTube)

Un employé de l’ambassade israélienne en Grande-Bretagne, Shai Masot filmé en caméra cachée en janvier 2017. (Crédit : capture d’écran YouTube)

Ofcom a rejeté toutes les plaintes et n’a « pas considéré que cet aspect des plaintes méritait une enquête plus approfondie. »

L’autorité britannique a ajouté que montrer le comportement inapproprié du personnel de l’ambassade n’était pas un acte antisémite.

« Le fait que ces programmes aient révélé des preuves d’un comportement inapproprié par ceux agissant au nom du gouvernement israélien, ou par ceux appartenant à un petit nombre d’organisations qui font la promotion de la politique d’Israël, ne signifie pas qu’ils soient antisémites, a déclaré Ofcom.

Le groupe médiatique qatari a salué cette décision.

Le bureau de la chaîne qatarie Al-Jazeera à Jérusalem, le 31 juillet 2017. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

Le bureau de la chaîne qatarie Al-Jazeera à Jérusalem, le 31 juillet 2017. (Crédit : Ahmad Gharabli/AFP)

« Nous sommes extrêmement ravis de ce verdict, » a dit Clayton Swisher, directeur du journalisme d’investigation d’Al-Jazeera. « Toute notre équipe entière a pris d’importantes précautions pour faire ce tournage, en examinant l’ensemble des aspects juridiques. Cela justifie totalement notre travail et c’est un verdict formidable pour tous les journalistes qui dénoncent des malversations. »

Swisher a ajouté que la chaîne continuera à tourner des programmes similaires.

« Nous nous sentons renforcés par le jugement et encore plus engagés dans la dénonciation des violations des droits de l’Homme par qui que ce soit – sans prendre en compte la géographie, la religion, ou la puissance des lobbys », a-t-il dit.

L’organe de régulation des médias britanniques a expliqué que « l’opinion de certains plaignants était que « The Lobby » véhiculait des stéréotypes blessants sur les Juifs contrôlant ou cherchant à contrôler de puissantes organisations. Ces plaignants considèrent que c’était antisémite et offensif. »

Ofcom a rejeté ces plaintes, affirmant que « les allégations du programme n’étaient pas fondées sur le fait que les participants soient juifs et a noté qu’il n’était fait aucune mention de leur religion. Nous n’avons pas considéré que le programme véhiculait des stéréotypes négatifs contre les Juifs cherchant à contrôler ou à essayer de contrôler les médias ou les gouvernements. »

Al-Jazeera a récemment fait face à des critiques et des sanctions internationales.

Elias Karram, journaliste d'Al Jazeera, en 2016. (crédit : capture d'écran YouTube)

Elias Karram, journaliste d’Al Jazeera, en 2016. (crédit : capture d’écran YouTube)

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu a annoncé en juillet vouloir expulser la chaîne qatarie du pays, l’accusant d’incitation à la violence. Le bureau de presse du gouvernement avait suspendu la carte de presse d’un journaliste de la chaîne avant de faire marche arrière.

D’autre part, l’Arabie saoudite, le Bahreïn, l’Egypte et les Emirats Arabes Unis ont rompu les relations diplomatiques avec le Qatar, pays hôte de la coupe du monde de football en 2022, et fermé leurs frontières terrestres, maritimes et aériennes à la petite nation péninsulaire. Ils ont également demandé la fermeture d’Al Jazeera.